Scientific MOOCs follower. Author of Airpocalypse, a techno-medical thriller (Out Summer 2017)


Welcome to the digital era of biology (and to this modest blog I started in early 2005).

To cure many diseases, like cancer or cystic fibrosis, we will need to target genes (mutations, for ex.), not organs! I am convinced that the future of replacement medicine (organ transplant) is genomics (the science of the human genome). In 10 years we will be replacing (modifying) genes; not organs!


Anticipating the $100 genome era and the P4™ medicine revolution. P4 Medicine (Predictive, Personalized, Preventive, & Participatory): Catalyzing a Revolution from Reactive to Proactive Medicine.


I am an early adopter of scientific MOOCs. I've earned myself four MIT digital diplomas: 7.00x, 7.28x1, 7.28.x2 and 7QBWx. Instructor of 7.00x: Eric Lander PhD.

Upcoming books: Airpocalypse, a medical thriller (action taking place in Beijing) 2017; Jesus CRISPR Superstar, a sci-fi -- French title: La Passion du CRISPR (2018).

I love Genomics. Would you rather donate your data, or... your vital organs? Imagine all the people sharing their data...

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Concernant les fichiers son ou audio (audio files) sur ce blog : ce sont des fichiers Windows ; pour les lire sur Mac, il faut les ouvrir avec VLC (http://www.videolan.org).


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Champaign!...

http://www.uniqueglassgifts.net/hand_painted_girlfriend_wine_glass
... for my co-writer Isa. Don't we totally deserve it? ;-)

CHAMPAGNE audio file

(Lyrics)

Sooo beautiful and so true!...



Where shall we drink our champaign? At Macao, of course!!

Une e-rose pour Catrine

Mon amie Catrine (mon mari la connaissait depuis 25 ans) nous a quittés ... la veille de ses 54 ans. Son enterrement mouvementé a eu lieu mercredi 26/10/2011 (lire) ... Gros coup de déprime le samedi précédant son anniversaire ... Dans la nuit, après trop de médicaments et d'alcool, elle est tombée, a heurté un meuble avec sa tête et est décédée d'une hémorragie, seule chez elle ... Pendant ce temps, mon mari et moi, on était à un concert de rock donné par des amis ... Les collègues de Catrine ne la voyant pas arriver le lundi matin ont prévenu les pompiers, qui, à leur tour, ont dû prévenir la police ... Une mort accidentelle ...

Catrine, puisqu'Eric est tombé au cimetière en s'ouvrant le genou, nous n'avons pas pu aller déposer des fleurs sur ta tombe lors de la cérémonie de l'enterrement de l'urne (nous étions retenus aux urgences, plus de 4 heures). J'aurais choisi des roses rouges ... Alors en voici une spéciale pour toi, tu sais bien que je t'en chante et que je t'en écris régulièrement ... Pour celle-ci, je te préviens, mieux vaut te boucher les oreilles... J'ai choisi sur Internet une version karaoké de la chanson de Bette Middler, "The Rose", qu'ils ont passé lors de la cérémonie de la crémation ... Ta mère a demandé qu'est ce que c'était que cette chanson, elle ne la connaissait pas (clin d’œil) ...

Si cela peut te faire rire une petite seconde ... d'où tu es ... Voilà, c'est mon e-rose pour toi ... Je t'en enverrai d'autres, promis, car tu nous manques ... Tu m'aidais à accoucher de mes scénarios, avec ton langage direct, parfois "coup de pied au cul" ... Ton frère a pris la relève ... C'est mon doc'scénar favori ... Il m'aide (caprice du moment) à retrouver une "seconde jeunesse", merci à toi, Magic Olive ;-)

And one scleral buckle for retinal detachment, for my Daddy!

The surgery that awaits my father next week:



Ooopsie ... I'd be better off if I hadn't seen this ... The first time he suffered from retinal detachment, my father decided ... to wait and see ... for a few additional days (he was travelling abroad) ... Anyway, thanks to Dr. Frédéric Betis - Hôpital Princesse Grace, Monaco - he was able to recover a good visual acuity, even after retinal detachment involving the macula ... but he still had this macular fold causing him to see double, like he's had too much whisky ... One year passed, and he got used to it, for driving especially ... And then, two weeks ago, here we go again, retinal detachment beckons ... My father was travelling (again), but this time, lesson learned, he got to his surgeon in no time ... another emergency operation ... same procedure: Pneumatic retinopexy and vitrectomy ... meaning you're left with a gas bubble in you eye and must wait for several weeks, until no gas at all is left. Then (and only then) you can "see" if there is a visual loss or not, and if so, what kind of it (central, upper part, lower part) ... My father couldn't see straight lines, he saw them curved ... Pouring some water or wine in a glass was not easy ... But he was able to drive ... The first time he had the surgery, he had to keep looking upward, and sleep on a surelevated surface ... This time the retinal laceration occured on the exact opposite side of the eye, thus he had to do ... just the opposite ... Laying flat, looking on the right side only, and when sitting, keeping his face on his lap ... The week following the surgery has been challenging (no sleep at night, sleepy during the day, aching shoulder and back at all times) ... Last Monday, my father saw his surgeon again, for the first post-op visit ... It was supposed to be okay, keep up with the good job, said the surgeon to my dad ... but he wanted to follow up on him ... So, this morning, my parents are back in the surgeon's office. And this time, there is ... a retinal hole, nice and big ... Operation again. Scheduled next Monday ... This time, the procedure will be a scleral buckling, which I understand is the indication for retinal hole ... The surgeon said to my father he did hesitate during his last operation:  should he do the scleral buckling already?  He thought this was maybe inappropriate:  there was no retinal hole back then, and waking up after a scleral buckling is not very comfortable ... That's why Dr Betis wanted to spare him this, if possible ... Well, it won't be ... The thing is, this will be his second surgery with full anesthesia in less than four weeks ... The good thing is that this time, postop positioning will not be so challenging, in fact it won't even be an issue, because there will be no gas in the eye ... Mind you, he still has got some from the last procedure ... Well I do hope my mon won't get to watch this video - no chance, she's not reading my Blog, too busy for that ...

I understand that with Pneumatic retinopexy and vitrectomy, you try to have the eyeball stick to the retina, according to Mother Nature's plan ... When it is not working any more (because of multiple lacerations and/or retinal hole), then you have to force the retina to stick to the eyeball, with the scleral buckling procedure ... The former procedure is less invasive than the latter (this is why the surgeon hesitated to perform it in the first place) ... I'm grateful that my dad's surgeon was honest and he told my dad about his hesitation and, now, his regret:  my father, 73 years old in just two days, will have to undergo two procedures with full anesthesia instead of one, in less than four weeks ...

Géolangues Chinois Mandarin : question à l'éditeur

Jeudi, jour des cours de chinois mandarin ...

Nous devons monter des mini-saynettes (petits dialogues de la vie de tous les jours) ... Ai déjà quantité de méthodes contenant des petits dialogues de la sorte à la maison, mais c'est en anglais et en mandarin ... Il me faut encore les adapter, car ces cours hebdomadaires de chinois se font en français (et de plus en plus en chinois) ... Tout en faisant des courses au Leclerc de Rueil-Malmaison, j'ai la surprise de trouver un rayon langues étrangères avec des méthodes de chinois ... Peut-être vais-je trouver un petit manuel ou un CD - aide de camp efficace pour cette tâche qui nous a été assignée ? Mon choix se porte sur une méthode "Géolangues". Compacte, petite, pas chère, mini-manuel et CD ... (Ne comptez pas que je vous parle ici des méthodes Assimil ... vu le peu de cas que j'en fais ...)

Et alors là, ô surprise :

Apprendre le chinois en 1.0 (papier) ou en 2.0 (livre augmenté, fichiers son, contenu sur le web) ?

Me revoici avec mes cours de chinois mandarin façon 1.0 ... et les devoirs fastidieux qui vont avec, à faire pour demain ...

Il faut que je vous explique : en chinois, je vis dans deux mondes différents : celui d'hier, et celui de demain. Ma prof de chinois vient de Chine et est comme un poisson dans l'eau dans les deux mondes. Pour ce qui est de la pédagogie et du manuel, nous sommes calés dans les années 60 en Chine : longues listes de vocabulaire, deux manuels distincts : un pour l'oral (Pin Yin), un pour l'écrit, séances de répétition (la prof dit, les élèves répètent en troupeau), exercices scolaires basés sur la répétition, traduction simultanée ... Cela, c'était pour les manuels de l'année dernière. Heureusement, nous avons changé de manuel ... Soulagement, allez-vous me dire ... Sauf que : il faut bien finir ce que l'on a commencé, n'est-ce pas. Interdiction, donc, de passer au nouveau manuel (pourtant très alléchant) tant que nous n'avons pas égrené toutes les leçons façon années 60 en Chine ... Ce n'est pas trop comme cela que je procède ... Il faut donc que je m'adapte ... "Quite the challenge" ... Tandis que je vis dans mes méthodes 2.0 (voir) et que je me régale (toute seule et en secret) avec le nouveau manuel, mini photos-reportage pour vous expliquer l'affaire ...

Chinois

Ai d'autant plus de mal à me concentrer sur l'infernal manuel 1.0 (apprendre dans la douleur et l'effort, tout comme Eve doit enfanter, pas trop mon programme de vie) que je pense à mon père, qui vient d'être opéré pour la seconde fois d'un décollement de la rétine (au même oeil) ... Il a donc ses habitudes à l'hôpital Princesse Grace de Monaco, depuis deux ans. Merci au Dr. Frédéric Betis, qui nous a expliqué l'affaire, et qui commence à bien connaître mon père ... On retire l'oeil pour mieux pouvoir le réparer ... ah, bon ... ah, ok ... On se sert d'une éponge avec de la colle pour permettre à la rétine d'adhérer au reste de l'oeil, on met des gaz aussi, pour repositionner la rétine sur l'ensemble de l'oeil (si cela ne marche pas bien, on aura une vision en double, ou bien deux images tandis qu'une seule sera "vraie", difficile de savoir laquelle, cela demande de l'entraînement) ... Mon père est immobilisé à l'hôpital ... C'est contraignant d'avoir des gaz dans l'oeil ... On ne sait pas le degré de vision qu'il va pouvoir récupérer tant que les gaz ne seront pas partis ... ce qui peut prendre deux à trois mois ... D'ici là, ne pas prendre l'avion, ne pas conduire, ne pas trop marcher et ne rien porter de lourd ... En espérant qu'il ne va pas se produire un pli rétinien (qui provoque une vision double), comme la dernière fois ... Les progrès en bioengineering ne permettent pas encore de faire des rétines artificielles. Par contre, les cornées artificielles, cela existe déjà ...

Quand apprendre le chinois mandarin devient aussi simple qu'une promenade ...

Suite de l'aventure des cours de chinois (lire) ... Ces cours, je les ai commencés en 2009 ... En tant que prof de langues (j'ai tout de même passé plus de 10 ans dans le métier), j'ai tendance à porter un regard critique sur certaines méthodes ... pas très chères et très grand public ... Le mandarin chinois est une langue accentuée. Il existe quatre tons. Si vous vous trompez simplement dans le ton d'un mot très court (une syllabe), vous pouvez par exemple traiter quelqu'un d'idiot au lieu d'évoquer le doux printemps ... ou encore (moins ennuyeux), dire "entendre" au lieu d'"aujourd'hui" (comme moi à mon test de chinois la semaine dernière) ... Se rappeler des tons, pour chaque mot, est donc important, si on ne veut pas trop fâcher (au pire) ou faire mourir de rire (au mieux) ses interlocuteurs de Shanghai ou de Beijing ...

Les méthodes Michel Thomas sont les meilleures. Ce sont des méthodes 100 % audio ...

Pour ne pas trop jouer à l'apprenti sorcier avec les quatre tons en chinois mandarin, la meilleure méthode, c'est Harrap's Innovation (Débutant). La méthode dite "Michel Thomas". Je vous conseille de jeter un oeil pour savoir qui c'était, ce gus ... C'est pas triste ... Immigré polonais issu d'une famille aisée (mais qui a entièrement péri dans des camps de concentration lors de la Deuxième Guerre mondiale), étudiant à la Sorbonne, puis prof de langues à Beverly Hills aux USA, Michel Thomas s'est fait un paquet d'argent en enseignant, entre autres, le français à Grace Kelly (qui devait épouser un certain prince sur un certain rocher et avait besoin de passer de la langue de Shakespeare à celle de Molière en un clin d'oeil) ... A sa mort, Mister Thomas parlait onze langues ... dont le chinois mandarin ... Quand, enfin, son éditeur a pu le convaincre de publier des méthodes de langues étrangères (une bonne vingtaine) fidèles à ses principes d'enseignement, cela a été le jackpot ... Les méthodes Michel Thomas sont plus chères que les autres, mais, comme on dit, la qualité reste et le prix s'oublie ... Je prends des leçons de chinois en quasi cours particulier (nous sommes trois étudiants maxi) chaque semaine, avec une prof chinoise très sympa, qui se décarcasse pour venir de l'autre bout d'une lointaine banlieue (le jeudi elle rentre chez elle, où elle peut enfin dîner, à minuit !) ... et franchement, je pense être la moins travailleuse de tous ses élèves (de loin) ... C'est pourtant moi qui ai (de loin) la meilleure prononciation. Ma prof me dit parfois que je prononce comme un "native speaker" ... Quel est ce mystère ? Elémentaire, mon cher Thomas ... L'innovation a du bon ...

Après Harrap's Innovation "Foundation Course" (initiation ou débutants), la suite directe, c'est Harrap's Innovation "Advanced Course".

Toujours dans la même série dite Michel Thomas, vous avez le "Mandarin Chinese Vocabulary Course" ...

Si je le dis en anglais, ce n'est pas pour faire genre, c'est parce que, une fois que vous avez fait l'initiation en mandarin avec des enseignants et des étudiants français en méthode 100% audio, pour les autres niveaux, il faut passer à l'anglais ... Les Gaulois n'ont pas prévu d'éditer ces méthodes innovantes dans leur langue ...

N'empêche, ces méthodes sont un régal, en français comme en anglais ... Il est d'ailleurs très intéressant de passer d'une langue source (le français ou l'anglais) à l'autre ... la langue cible demeurant le chinois mandarin ...

Ces méthodes Michel Thomas, je les ai achetées à la librairie Kinokunya au KLCC : centre commercial situé dans les Tours Petronas de Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie ... Je suis une habituée de cette librairie ... et ... euh ... du centre commercial ...

Hier, mon mari m'a enregistré les CD "Advanced Course" et "Vocabulary Course" sur mon iPhone, je puis donc apprendre en me baladant ...

C'est parti pour de nouvelles aventures ...

J'ai hâte de montrer à Mister Aw (Kun Sun de son prénom), un Chinois qui parle le cantonais, le malais, le mandarin et l'anglais - un collègue de mon frère - mes progrès ... Ne jamais appeler un Chinois par son prénom, même si vous le connaissez depuis des décennies. Ce serait lui manquer de respect ... Les Américains font le contraire ... Ah ces "petites" différences culturelles entre peuples ...

Après le râbaché "Do you speak English? Yes, I speak English. Wall Street English", on va voir de nouvelles pubs dans le métro et le RER :

"Do you speak Mandarin Chinese? Yes, I speak Mandarin Chinese. Michel Thomas Mandarin Chinese."

A mon avis, faudra un bout de temps avant de voir ces pubs dans les trains gaulois ...
 
Une question à poser aux Gaulois : "Do you speak innovation?"

Euh ...

Comment tomber au cimetière et passer tout le temps de l'enterrement de sa meilleure amie dans un petit service d'urgences en hôpital privé ...

Hier mon mari et moi enterrions son amie de toujours, Catrine Cochet, décédée accidentellement la veille de son anniversaire ... Catrine a d'abord travaillé comme institutrice spécialisée dans l'enseignement pour enfants en difficulté ... puis mon mari, cadre informatique dans une multinationale (banque) depuis 25 ans, l'a aidée à se réorienter. Voilà Catrine partie pour une carrière d'un couple de décennies dans l'informatique, un peu partout dans le monde (USA, Tunisie, Suisse ...) Pour aller plus vite, il faudrait énumérer les pays où Catrine n'a pas vécu, plutôt que de faire l'inverse ... Nous devions fêter son anniversaire samedi dernier ; à la place, nous avons appris son décès ... accidentel ... Un gros coup de cafard la veille de son anniversaire (mon mari et moi on devait venir, on n'a pas pu, on a reporté ...), "un peu" trop bu, "un peu" trop de médicaments ... Catrine a toujours voulu vivre vite et tout tester-éprouver dans la vie : choses, gens, lieux et substances. Une démarche scientifique qui en vaut une autre ... L'entourage suivait et rattrapait le coup comme il pouvait ... pour cela personne n'était de trop ... Un esprit et un tempérament aiguisés comme un couteau à sushis japonais (sauf que pour elle les Japonais dévoreurs de mangas ont essentiellement du mou de chat dans le cerveau) ...

Bref on se préparait (tant bien que mal) à avoir un cercueil en lieu et place du gâteau d'anniversaire dans un sympathique Indiana Café de Paris ... Nous voilà partis à Champigny et Sucy-en-Brie pour son enterrement (programme guère folichon, pour mon mari qui avait pris sa journée) ... En rejoignant le funérarium où devait avoir lieu la cérémonie d'incinération, nous traversons un grand cimetière de la sympathique ville où vécut Georges Marchais, emblème aujourd'hui (hier déjà ?) d'un communisme au charme folklorique suranné ... C'est là que mon mari choisit de se gameler de tout son long au milieu d'une quarantaine de personnes qui devaient participer à un autre cortège de réjouissances et qui patientaient à l'extérieur du bâtiment ... Il se relève (ou plutôt : des bras de Shiva-des-cimetières le relèvent et l'époussètent), nous allons à la cérémonie ... Là, le "demi"-frère (plutôt un frère et demi) et la soeur de Catrine nous expliquent, très dignes, que la mort c'est comme un iris ... une histoire d'iris et de cordon ombilical qui ne se voit pas mais qui est là ... Le fil est cassé, mais le cordon ombilical qui nous relie, nous les iris, et elle, aussi iris je suppose, est intact ... Cela me rappelle ma maman : je ne supportais pas d'être séparée d'elle étant petite. Alors, avant de partir en colo ou en vacances chez une grand-mère, elle me parlait de ce cordon ombilical qui nous reliait toujours, toujours, elle et moi ... C'était évident mais il ne fallait pas en parler à mon frère ... C'était notre petit secret ... Bien sûr ce cordon existait aussi entre ma mère et mon frère ... Aujourd'hui encore, j'ai gardé cette image (ma mère est toujours de ce monde : elle coule une existence de rêve sur la côte d'Azur, si ce n'est ses ennuis de dos, mais passons ...)

Bref j'étais sur cette histoire de cordon plus que bienvenue (merci Olivier !), nous partons déjeuner ... pour parler de Catrine ... et là mon mari s'aperçoit qu'il s'est ouvert le genou. Hématome, le sang coule fort quand on presse l'hématome ... on s'aperçoit de tout cela en nettoyant la plaie ; faut pas tarder à montrer cela à un toubib ... Aller aux urgences à Créteil ? On va attendre 4 heures au bas mot et l'enterrement de l'urne prévu pour 16 heures se fera sans nous ... Nous nous rendons donc dans un sympathique hôpital privé de Sucy-en-Brie ... où mon mari est certes pris en charge tout de suite ... mais entre la radio pour vérifier qu'il n'y a rien de cassé et les soins, nous ressortons ... à 18h00 ... Pourtant les gestes techniques n'ont pas pris très longtemps ... Mais l'urgentiste (très compétente) oeuvre seule, avec une équipe d'infirmières ...

D'abord très frustrée (on a loupé l'enterrement), je me dis que mon mari avait trop de chagrin ... et que c'était mieux qu'il passe l'enterrement aux urgences, avec un personnel médical très attentionné pour prendre soin de lui ... Catrine, de là-haut, tu as dû bien rigoler : ces deux tir-au-flanc qui échappent aux corvées familiales (mon mari et moi on est effectivement des pros en la matière) ... D'habitude je m'habille en rose, mais là, pour ne pas choquer les Gaulois bien-pensants dans ta famille, j'ai mis une veste noire ... Cela nous a porté malheur et mon mari a fait une mauvaise chute ... avec une quarantaine de personnes autour de lui pour le plaindre (les gens qui attendaient au cimetière ; pas moi) ... Pour rétablir le bon sort, je m'installe dehors au soleil en attendant mon mari ... Il est 14h000 ... un chat noir se fait dorer au soleil ... je joue avec lui en attendant que me soit rendu mon "matou" ... Puis je reviens patienter à l'accueil ... Et là je regarde un peu ce qui se passe dans un petit service d'urgences ... Je vois des papiers, des papiers et encore des dossiers. Des archives, y en a partout ...

La secrétaire à l'accueil se bat avec la dame qui gère les archives : "Mon local d'archives ne s'est pas agrandi depuis la semaine dernière, quand tu m'as fait part de ta demande ... J'ai vraiment plus de place de chez plus de place, désolée" ... La gentille secrétaire, à bout, menace de poser ses archives 2010 (dont elle ne sait plus que faire : y en a déjà dans le couloir des toilettes, dans le local à matériel, etc., sans parler de celles de 2011) ... dans le hall d'entrée, là où les gens qui entrent (tant bien que mal) exposent ce-qui-leur-arrive ... j'ai ainsi vu défiler un ado étudiant planqué derrière ses cheveux avec un pied dans un sac poubelle ficelé autour de la cheville (il a marmonné une histoire de baignoire), un charpentier couvreur qui s'est reçu 50kgs de matériel sur le pied ... un jeune de 30 ans avec douleurs au thorax, une mamie à hospitaliser, les jambes entourées de bandelettes ... Tu as raison, Catrine, j'étais mieux aux urgences qu'au cimetière, avec une tata-de-service qui se lamente sur la "triste-vie-que-tu-as-eue" ... Vous avez vu une triste-vie ?!? Où ça ? On doit pas avoir connu la même fille, alors, ou bien on parle pas de la même ... Celle que j'ai connu a toujours fait ce qu'elle a voulu, quand et où elle a voulu, et avec qui elle a voulu ... Après, euh, je sais pas ? Y a peut-être un prix à payer pour ça ? On m'a dit qu'il n'y avait pas de vie sans risques ...

En parlant de vie sans risques, le "cloud computing" et l'hôpital zéro papiers, c'est pas encore pour aujourd'hui ... ni pour demain ... Pourtant la secrétaire à l'accueil qui galère avec tout un tas de paperasses à fourguer dans divers tuyaux avec diverses normes qui changent tout le temps et qui sont jamais les mêmes selon les tuyaux, et selon l'endroit où se trouvent lesdits tuyaux, tape au clavier plus vite que son ombre ...

Il ne me reste qu'à remercier mon mari pour m'avoir permis de vivre cette expérience - mon mari est un créatif (cerveau droit) avec, en prime, un excellent cerveau gauche (la construction rationnelle) ... moi, j'ai un double cerveau droit (du coup y a plus de place pour le gauche) ... également merci aux soignants qui se sont occupés de lui ... mais je constate que dans le privé on ne soigne pas plus vite que dans le public (les tuyaux "admin" du privé et du public doivent être cousins germains) ...

A Olivier, Marie-Hélène et sa compagne, à André, à Anne-Marie (mon mari connaît bien mieux l'univers d'amis de Catrine que moi) ... merci pour hier ... et pour avant ...

Catrine, j'espère te faire rire encore (cordon ombilical) avec mes histoires d'urgences et d'hôpital "1.0" à l'ère du "2.0" ... C'est que, vois-tu, nous sommes chez les Gaulois ... et ça, c'est une longue histoire ... A suivre donc, l'histoire au long cours ... Je te passerai des coups de cordon de temps en temps ...
Catherine

Purikura pour Ana

Purikura, en japonais, veut dire Photomaton ... fantaisie, comme ceci. Vous pouvez avoir votre photomaton japonais sur votre iPhone, l'appli existe désormais. Elle s'appelle, tout simplement, Purikura ...

Un petit Purikura (et un grand hourra) pour Ana, en espérant qu'elle va pouvoir bien manger maintenant (reprendre des forces, pour pas faire de crise d'hypoglycémie au bloc opératoire, on sait jamais, ça pourrait servir ...)

Cat

Ethique médicale : de la danse à l'écriture ...

Allez savoir pourquoi, sans danser au moins deux fois par semaine, il me serait impossible de trouver mes mots. Et me voilà avec une fracture du 3ème métatarse au pied gauche, dite fracture "de fatigue" ...
Des maux aux mots :
C'est l'occasion d'avoir plus de temps pour écrire. N'ai-je pas un roman et une trilogie en cours, sur l'éthique médicale ? Un mois en marchant le moins possible, voilà qui va passer vite dès lors que je serai attablée à mon ordinateur. L'occasion de finir cet article de fond que j'ai en cours sur le sang de cordon, d'écrire une recension de l'article (passionnant !!) sur la chirurgie esthétique (auteur : Pr. Bernard Devauchelle) dans le Dictionnaire de la pensée médicale (PUF, 2004), toujours aussi engagée dans la lecture du livre du Pr. Philippe Even : "La Recherche biomédicale en danger", éditions du Cherche-Midi, décembre 2010 ... Ma prochaine sortie sera pour le Salon du Livre à Paris, du 18 au 21 mars ... D'ici là, vais remplacer la paire de "cannes anglaises réglables" (sur prescription médicale) par mon clavier d'ordinateur ...  

Nouvel an chinois (3 février 2011)

En 2008 Beijing a accueilli les J.O. avec La chanson officielle :



C'est cette chanson qu'avec l'Association France-Chine de Rueil-Malmaison, où je prends des cours de chinois, nous chanterons à l'occasion des fêtes du Nouvel An chinois (février 2010). Ambitieux, vu mon niveau de chinois et mon peu d'aptitude au chant, si vous voulez mon avis. S'il pleut ce jour là (3 février 2011, inaugurant l'année du ... lapin, qui fait suite à l'année du tigre), vous saurez pourquoi ...

Bibliographie cours de chinois (Mandarin) débutant

Merci pour vos messages sur Facebook concernant les cours de chinois (Mandarin). Il est bien inutile de créer un blog pour raconter mes modestes progrès en chinois, voici donc un simple "Post" sur mes méthodes et autres supports favoris ...

1.) La méthode Harrap's Innovation (dite "Michel Thomas") : 8 CD's audio, pour un apprentissage à l'oral exclusivement. Je n'ai rien trouvé de mieux ni de plus pédagogique. C'est comme un cours en "live", avec deux profs et quatre étudiants. Il ne vous reste plus qu'à trouver votre place dans ce petit groupe. La mémorisation s'effectue très facilement, l'apprentissage des quatre tons est appliqué au vocabulaire simple, largement réinvesti au fil des cours. Au bout des 8 CD's, on sait s'exprimer clairement pour dire des choses simples du quotidien, et on est compris par les "native speakers" Mandarins (j'ai testé, il y a des Chinois dans ma famille). Cette méthode m'a vraiment permis de démarrer l'apprentissage du chinois de la manière la plus efficace qui soit. Il ne reste plus qu'à construire sur des bases solides - car cette méthode est tout sauf du bricolage et franchement je n'aurais jamais imaginé pouvoir dire autant de choses en si peu de temps ...

2.-) Une fois terminée la méthode Harrap's Innovation, j'ai commencé avec ma méthode de l'INALCO (Langues O) : un manuel assez épais et 5 CD's. J'avance lentement car le niveau de complexité est supérieur : introduction très rapide de l'écrit !
Isabelle Rabut - Wu Yongyi - Liu Hong : Méthode de chinois premier niveau (Langues Mondes - l'Asiathèque, 2003). Cette méthode est plus rigoureuse que bien d'autres pourtant plus alléchantes et plus "light" (du genre : "Le chinois avant de partir", Harrap's), mais j'ai remarqué que ces petites méthodes très populaires ne permettent d'apprendre qu'approximativement, parce qu'on a mal appris, on doit faire plus d'efforts de mémoire, et cela marche mal ... Je préfère avancer pas à pas dans la méthode de l'Inalco (il faut dire que je suis linguiste de formation, peut-être que cela m'aide) ...

3.-) Un site internet excellent, dont nous nous servons en cours :

4.-) Mes indispensables "aides de camp" :
 - "Let's speak - Phrasebook of Mandarin Chinese" (China Intercontinental Press, 2008). Tout petit livre, acheté à Beijing en juin 2010.

- Bescherelle, le chinois pour tous, Hatier, juin 2010. Très pédagogique, conçu pour les lycéens apprenant le chinois en langue vivante 1 et 2, excellent ouvrage pour apprendre les caractères de base. Il faut quand-même pas mal de travail avant de venir à bout de ce manuel, la grammaire me paraît assez peu complexe, mais la logique est très différente et bien sûr ce manuel ne s'attarde pas à expliquer ces différences dans les détails. Un outil indispensable pour progresser sans se démoraliser ! 

5.-) Mes livres de cours (pas très sexy, plutôt façon ex-RDA, comme dans Goodbye, Lenin !) : "Le chinois à la portée de tous 1+2", Sinolingua, 2009. Ne comptez pas sur ces manuels pour une explication claire des phénomènes grammaticaux et phonétiques. Nous nous en servons comme livre de lecture et de vocabulaire, pour apprendre des saynettes.

Mon rythme de progression :  3 heures par jour sur 5 jours par semaine depuis juin 2010. Merci pour vos encouragements ! En espérant que ces quelques informations pourront vous être utiles. Merci de partager vos trucs et astuces !

"Passeport, s'il vous plaît !"


J'aime tellement la photo sur mon passeport, n'est-ce pas, cette caricature de citoyenne d'ex-RDA, que je l'emmène se promener au Sud de l'Inde et en Asie pour une dizaine de jours.
Ce "Post" pour vous remercier par avance pour votre compréhension si je ne réponds pas à vos messages avec la réactivité voulue. A très bientôt !

Catherine Coste

"Opéré à l'oeil !"

Mon rôle de médiation éthique dans le domaine des transplantations m'impose de rester en retrait. Ce sont les histoires des autres que je mets en avant, non les miennes. Alors, pour  tous ceux et celles qui depuis 2005 me confient leurs petits ou plus grands drames - le personnel de santé parle de "tableaux de chasse" - voici une petite histoire de famille. Pour les distraire, pour leur dire que chaque jour j'essaie d'être à l'écoute. Mon père s'est fait opérer hier en urgence pour un décollement de la rétine assez sévère, au Centre Hospitalier Princesse Grace à Monaco. Lacérations à plusieurs endroits de la rétine, nécrose partielle, macula soulevée. Avant l'opération, le chirurgien n'a pas voulu se prononcer. D'après lui, ce décollement serait récent. N'empêche que mon père m'a dit, au détour de la conversation l'autre jour, qu'il voyait des éclairs blancs à cet oeil depuis quelques jours, et des mouches noires depuis plus d'un an, mais que son ophtalmo lui disait que ces mouches noires, ce n'était rien. Evidemment il n'avait rien dit à ma mère, ce qui m'a permis d'assister à quelques scènes de ménage. Il aurait mieux fait d'avoir une maîtresse ...

Des mouches noires. Gloups.

Des mouches noires, ce n'est JAMAIS rien. Je ne suis pas médecin mais je le sais. Plus d'un accident vasculaire cérébral a commencé comme ça. Mon père a 72 ans. Fait-il de l'hypertension oculaire ? "Bah, non, je ne crois pas. L'ophtalmo me l'aurait dit. Je l'ai vu l'année dernière." OK. Mes parents sont de grands mondains monégasques. Leur agenda de nouveaux mondains rentiers (retraités) est plus chargé que celui de n'importe quel grand chirurgien qui dirige un service hospitalier de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. Il m'arrive de séjourner dans leur appartement avec immense terrasse vue mer-montagne à couper le souffle, mais en fermant les yeux j'ai l'impression d'être dans un call center en folie, made in Irlande ou Maroc. Le téléphone sonne non stop. Si mes parents étaient sur Facebook (qu'ils connaissent à peine de nom. "Il habite Monaco ? Est-ce qu'il connaît les XX ?"), on n'aurait qu'à se connecter sur leur page pour avoir tout le bottin mondain de l'Italie du Nord, de Monaco et de toute la Côte d'Azur. Inscrits à des clubs et associations où l'on rencontre ex-amiraux, nobles de Russie et d'ailleurs, ex-bras droit du Prince Rainier III de Monaco, etc. etc., leur agenda est un casse-tête permanent, un labyrinthe de sorties à l'opéra, de déjeuners et dîners, de voyages organisés, de cours de ceci et de cela à tuer Minotaure. J'appelle ma mère, j'ai des nouvelles de leur agenda. L'année dernière, mon père a été opéré de la prostate. Restée auprès de ma mère, j'ai dû répondre à près de 70 appels par demi-journée : des voix inquiètes, tendues, désolées, demandant des nouvelles de mon père. "Il va très bien ! ...", répondait patiemment le petit personnel (j'ai débuté en entreprise au standard d'une multinationale, ça m'a rappelé des souvenirs). Mon père est originaire d'un bled archi paumé des Pyrénées. Sa famille, ses encêtres : une longue lignée de marchands de vin, de paysans, d'aubergistes vivant et travaillant au milieu de nulle part. Lorsque ce problème de décollement de la rétine s'est fait pressant, mes parents visitaient l'Ile d'Elbe et la Toscane (qu'ils doivent connaître par coeur, opéras italiens inclus). Pas question de rentrer. Le premier jour du voyage, un membre de ce joyeux smart club de retraités s'est cassé le col du fémur. Deux jours plus tard, en faisant le pitre sur une table, une autre tombe et se casse le poignet. Du coup, mon père a fait preuve d'une qualité toute paysanne : la patience, la discipline. Pas question de broncher. L'année dernière, avant son opération de la prostate, il a exhibé un examen cardiologique qui datait de ses 40 ans au cardiologue ahuri, qui a fait un bond : "Monsieur, sur cet examen, il y a suspicion d'infarctus. Vous ne pouvez pas vous faire opérer demain. De quoi est mort votre père ?" "- Euh, d'un infarctus, à 60 ans." Mon père, avec son bon sens qui fleure bon la campagne, s'est dit que s'il était encore là en parfaite santé à 71 ans, c'est que l'histoire de la suspicion d'infarctus, s'appuyant sur un examen fait par un médecin du travail il y a plus de 30 ans, ne tenait pas debout. Visite d'un autre cardiologue en hyper-urgence (merci le super carnet d'adresses du médecin généraliste de mes parents), feu vert pour l'opération. Voilà qui me rappelle un souvenir. Je suis en entretien d'embauche à Latham et Watkins Paris, pour un super poste. Mais voilà, j'ai le moral dans les chaussettes et lutte pour ne pas m'effondrer en larmes. 15 jours que je ne dors plus. Mon frère, d'un an mon aîné, va mourir. Une complication pulmonaire gravissime, inattendue, mais les radios faites en clinique privée au Mexique, où il est expatrié pour la société Mapa, sont formelles. Et laissent peu d'espoir. Vu le décalage horaire entre Paris et le Mexique, je suis sur Yahoo Instant Messenger jour et nuit, pour être à l'écoute. Il fait de l'asthme, angoisse, a failli avoir un grave accident de voiture. Dans son bled paumé du semi-désert du Nord du Mexique, à Saltillo, on lui a donné un médicament contre l'asthme qui donne d'horribles emballements cardiaques et est contre-indiqué si le patient a le moindre problème cardiaque. Mon frère, fou d'angoisse, se rue aux urgences de l'hôpital de son bled, conduisant seul en pleine nuit. On ne veut même pas le garder. "Rentre immédiatement ! On te fait hospitaliser à Princesse Grace dès que tu es là ! Nous avons déjà une place pour toi, le chef du service de pneumologie est un des meilleurs de toute la région !" "- Peux pas, j'ai trop de travail ..." De fait, mon frère portait l'usine sur ses épaules, car ce gigantesque complexe avait été construit sans prendre en compte un point pourtant crucial pour la production de gants en caoutchouc : l'approvisionnement en eau pour l'usine. Mon frère, qui dirigeait dans cette usine la partie production, est devenu un grand spécialiste du recyclage de l'eau ... Nous avons attendu trois mois avant que mon frère ait l'autorisation (ou s'autorise) de rentrer en France pour se faire hospitaliser. Arrivé à 11h00 à l'aéroport de Nice, il est à 13h00 dans le service de l'excellent Docteur Michel Sioniac, qui dirige le service de pneumologie au centre hospitalier Princesse Grace. Tout le service est là à son arrivée, aux petits soins. Mes parents ont un médecin généraliste à l'excellent carnet d'adresse, je ne vais pas vous la refaire. Un patient si jeune, si gravement atteint ... Le service est rempli de gens âgés. Dans la chambre de mon frère, son voisin de lit est un sympathique monsieur âgé mourant, que sa fille ne quitte plus. Elle lui apporte tout le soleil du Midi qu'elle peut, une ultime fois. Immédiatement pris en charge pour toute une batterie d'examens, mon frère disparait. Nous le revoyons le lendemain, mais avant, nous sommes convoqués dans le bureau du Dr. Sioniac. Gloups. On fait comprendre à mon frère qu'il y a beaucoup de mourants à cet étage, les chambres ne sont pas équipées de salles de bain. Ces patients ont perdu leur autonomie. Il y a une salle de bain à l'étage, qu'utilisent quelques rares patients encore un peu valides. On s'excuse pour l'inconfort (on est à Monaco, n'est-ce pas). Mon frère leur répond, de retour de cette salle de bains : "- Mais c'est très confortable ! Moi j'habite dans une zone semi-désertique au Nord du Mexique." Les infirmières se regardent ... 

Plantés debout et au garde-à-vous devant le Dr. Sioniac, mes parents et moi, celui-ci nous observe, avec une gentille perplexité, un à un. Son regard s'attarde sur moi. Je dois dire que je suis fascinée par ce que j'ai entr'aperçu la veille, mais ayant la tête ailleurs et pour cause ...

Victime, comme nous l'apprendrons plus tard, de graves brûlures au visage lorsqu'il était enfant, ce docteur a un physique tout à fait particulier. Un côté très maternel, plus que féminin, inattendu. Un regard qui semble vous lire à livre ouvert, comme s'il avait traversé tous les autodafés du monde pour en arriver là. Je suis happée dans une autre dimension espace-temps, où mon frère n'existe plus : boudin sur fleur de chagrin devient Bouddha sur fleur de lotus. On dirait que c'est le regard ou la main tendue par ce docteur qui m'invite à trôner telle une princesse de l'Egypte antique sur ma fleur de lotus ...

Les radios rapportées du Mexique par mon frère ne sont absolument pas fiables. Les taches visibles sont causées non par une maladie gravissime, mais par un dysfonctionnement majeur de cet équipement. Une clinique privée, pourtant hors de prix ... Mon frère n'a rien, absolument rien. Juste un asthme carabiné, très mal soigné depuis des mois, et un reflux gasto-oesophagien que l'on peut mettre sur le compte du stress ...

Mon frère n'a jamais oublié cette nuit de désespoir absolu, où même aux urgences on n'a pas voulu de lui. A son retour au Mexique, il s'est dépêché de se marier. Se marier pour ne plus être seul. Or la dulcinée s'est avérée du même tonneau que les appareils ayant servi à faire ses radios pulmonaires au Mexique. Mariage de 300 personnes, annulé le jour même des noces, un jour à peine après l'arrivée de mes parents sur place ...

Aujourd'hui mon frère va très bien, il vit en Malaisie et est toujours aussi passionné par son travail. Souhaitez-lui bon courage, il vient d'arriver chez mes parents et doit certainement faire standardiste à l'heure qu'il est. Comme il doit regretter sa charmante petite amie asiatique, sortie d'une prestigieuse école de design en Californie et travaillant depuis peu au service Marketing (packaging) de l'usine Mapa en Malaisie ... 

J'avoue que je suis plus inquiète pour ma mère que pour mon père : elle m'a appelée 5 fois depuis le début de la matinée sur mon portable en raccrochant brusquement au bout de quelques phrases d'un niveau de cohérence douteux. Elle me dit que tout le monde l'appelle en même temps et qu'elle a la tête à l'envers. Elle me paraît un peu désorientée. Heureusement qu'elle verra les infirmières cet après-midi en allant voir mon père. J'espère que ça va la calmer et la rassurer, car là elle popcorn sec ... Comme je comprenais pas grand chose au fatras contradictoire qu'elle me déversait avant de raccrocher sans crier gare, j'ai appelé mon père pour avoir des nouvelles cohérentes. Entre deux soins ou examens, il me raconte, tranquille comme Baptiste : "Une fois descendu au bloc, avant qu'on m'anesthésie, je me suis vanté de me faire opérer gratuitement. Toute l'équipe soignante m'a demandé : 'Comment ça ?' Je leur ai répondu : 'Ben oui, je suis opéré à l'oeil !'"

Lorsque la rétine se décolle, c'est qu'il y a des micro-lacérations qui laissent passer l'eau qui se situe en-dessous et qui va la décoller. Si la macula n'est pas touchée, tout va bien, le patient va récupérer son acuité visuelle au mieux et au plus vite. L'opération doit bien sûr se faire sans tarder ! Si la macula est touchée, comme dans le cas de mon père, alors il faut s'attendre à ce que le patient perde une partie de son acuité visuelle ... Le chirurgien met du gaz pour recoller la rétine, il faut attendre que ce gaz se fixe et que le trop-plein s'évacue de l'oeil, en évitant toute vibration et certains mouvements. Petit à petit, la vue revient, il faut entre trois et huit jours de convalescence. Dans le cas de mon père, c'est plutôt huit jours, vue la quantité de gaz (super-glue) employé ... Pour le moment, il est "passé de la 3D à la 2D", et muni d'un bandeau de pirate (blanc) sur l'oeil. Je vous laisse imaginer les plaisanteries douteuses qu'il va lancer aux infirmières ...