Cet été j'écris un article version grand public de l'article sur la chirurgie esthétique publié dans le "Dictionnaire de la pensée médicale" (PUF 2004). Auteur : Pr. Bernard Devauchelle.
En matière de chirurgie esthétique, qu'est-ce qu'il y a comme désinformation, ma brave dame ... D'abord cette phrase coup-de poing dès que j'ouvre le livre du Dr. Patrick Knipper : (livre cité, page 14) : "Comme tant d'autres de mes confrères, je pratique évidemment des liposuccions et des actes de chirurgie basés sur l'esthétique pure pour ces personnes dites 'normales'. Celles-ci souhaitent améliorer ainsi leur silhouette, leur profil, supprimer une petite difformité, sans toucher à la fonction. La différence avec les 'anormaux' ? Je ne la vois pas vraiment. On joue sur les mots. La chirurgie esthétique est réparatrice comme la chirurgie réparatrice doit être esthétique. On pourrait donc se contenter d'un seul terme, chirurgie plastique, qui engloberait les dimensions esthétique et réparatrice d'un même geste thérapeutique."
Voilà, ai-je tout de suite pensé. Je le tiens, "mon" livre qui va m'aider à faire une version grand public sur l'article savant du Pr. Devauchelle ... car il ne dit pas autre chose que cela ... Un résumé brillant, en une phrase ... Il faut faire passer cela dans les moeurs ... Beaucoup de désinformation. J'étais choquée d'entendre récemment Christian Cabrol, pionnier de la transplantation cardiaque en Europe, critiquer -certes implicitement - la transplantation faciale : greffer des organes, cela sauve la vie, c'est bien ... mais greffer un visage ... Les organes, c'est vital ; le visage, c'est du luxe ?! Il me semble qu'on joue là sur les mots. Je me suis fait avoir moi aussi ... Quand, pour la première fois, j'ai entendu parler de la transplantation des tissus composites de la face, sur Isabelle Dinoire, défigurée par son chien, j'ai tout de suite pensé : "Quelle horreur !" ... sans trop savoir de quelle horreur il s'agissait : prélever des bouts de visage sur un patient se trouvant en "mort encéphalique", donc en coma dépassé, ou se retrouver défigurée et privée de toute vie sociale à cause de cette défiguration ... De là, j'ai commencé à soupçonner que la frontière entre chirurgie réparatrice et chirurgie esthétique - cette frontière, comme on l'entend traditionnellement, comme s'y référait Christian Cabrol pour émettre des réserves sur la transplantation faciale, alors qu'on peut aisément, selon lui, industrialiser le don d'organes pour greffer des reins - à mon tour d'émettre certaines réserves, sérieusement documentées depuis 6 ans que je me penche sur le problème, croyez-moi - cette frontière, dis-je, est ... artificielle, mythique, pipeautée, un cliché qui a la peau dure ...
Oui, je crois qu'il est urgent d'écrire cet article ... pour expliquer l'interaction continue entre chirurgie esthétique et réparatrice ...
"La chirurgie esthétique est réparatrice comme la chirurgie réparatrice doit être esthétique."
A méditer, donc : "La chirurgie esthétique véhicule une image culpabilisante, comme si elle devait entretenir la jalousie de ceux qui ne peuvent en profiter. Finalement, on s'en rend compte : les médias alimentent des a priori complètement faux. Je le répète, on stagne dans les idées reçues. Nombre d'émissions sur la chirurgie esthétique sont réalisées par des gens peu qualifiés. On interviewe toujours la femme mécontente, ce qui ne correspond pas à la majorité des patients. On veut du spectaculaire, du scandaleux. Chaque fois, le journaliste se couvre : 'Ecoutez, on ne l'a pas inventé, elle a bel et bien été opérée par tel chirurgien !' Cependant je ne suis pas sûr que les chirurgiens en question soient de vrais plasticiens ; à mon avis, ce seraient plutôt des commerçants qui abusent de la faiblesse de ces femmes." (Ouvrage cité, page 16).
Copyright passages cités : Michel Lafon, 2007, Neuilly-sur-Seine
La désinformation dénoncée ici se retrouve dans quantité d'autres domaines ... Tenez, rien que dans la presse d'hier et d'aujourd'hui, voici deux exemples :
1) celui de la greffe cardiaque (lire)
2) celui de la fin de vie : David Servan-Schreiber, le médecin auteur des best-seller "Anticancer" et "Guérir", auteur d'un livre paru en mai 2011 chez Robert Laffont - "On peut se dire au revoir plusieurs fois" (lire ici et ici), se serait éteint "dimanche à son domicile parisien" (source), ou encore "à l'hôpital à Fécamp (nord-ouest)" (souce) ... En fait, ma mère, qui est incollable sur la saga de la dynastie Servan-Schreiber, m'a expliqué que celui que j'appelle "The Doctor" s'est éteint entouré des siens dans la maison familiale normande (voir), tout en commentant : "Pourquoi avoir parlé de l'hôpital si c'est faux, c'est incompréhensible et cela démontre une fois de plus à quel point nous sommes continuellement désinformés, on parle de la présence de ses frères et de sa mère mais pas du tout de la mère de ses deux jeunes enfants ... Bizarre ..." "The Doctor" se serait éteint paisiblement, avec l'aide de médicaments pour traiter la souffrance psychologique et physiologique, entouré des êtres chers. N'était-ce pas cela, le message à faire passer ? On choisit bien sa vie, pourquoi ne pourrait-on pas choisir sa mort ? Si, comme le disait "The Doctor" dans son tout dernier livre, citant les paroles d'un philosophe : "philosopher, c'est apprendre à mourir", ne pas oublier que "la mort fait partie de la vie", alors, réussir sa mort (avoir une bonne mort) ne serait pas anodin ... Hommage à "The Doctor", merci à lui pour son oeuvre ...
Scientific MOOCs follower. Author of Airpocalypse, a techno-medical thriller (Out Summer 2017)
Welcome to the digital era of biology (and to this modest blog I started in early 2005).
To cure many diseases, like cancer or cystic fibrosis, we will need to target genes (mutations, for ex.), not organs! I am convinced that the future of replacement medicine (organ transplant) is genomics (the science of the human genome). In 10 years we will be replacing (modifying) genes; not organs!
Anticipating the $100 genome era and the P4™ medicine revolution. P4 Medicine (Predictive, Personalized, Preventive, & Participatory): Catalyzing a Revolution from Reactive to Proactive Medicine.
I am an early adopter of scientific MOOCs. I've earned myself four MIT digital diplomas: 7.00x, 7.28x1, 7.28.x2 and 7QBWx. Instructor of 7.00x: Eric Lander PhD.
Upcoming books: Airpocalypse, a medical thriller (action taking place in Beijing) 2017; Jesus CRISPR Superstar, a sci-fi -- French title: La Passion du CRISPR (2018).
I love Genomics. Would you rather donate your data, or... your vital organs? Imagine all the people sharing their data...
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Ca bouge à Cupertino
Suite des gaies chroniques (bioéthiques) de San Francisco (si vous me permettez ce petit clin d'oeil à l'un de mes auteurs favoris, Armistead Maupin) ...
Cupertino, c'est là où Steve fait construire les nouveaux bureaux d'Apple ... en forme de vaisseau spatial ... Ceci juste pour planter le décor de ce qui suit et qui est, évidemment, pure fiction (toute ressemblance avec des personnes ou des lieux ayant existé, existant ou allant exister ne serait que pure coïncidence ...)
Théâtre de la Huchette, Paris, 23h00 ... Mon mari et moi sortons du one-woman-show Peggy Guggenheim, femme face à son miroir (merci à l'équipe d'aufeminin.com pour l'invitation !) :
"Et ? ...", demande Steve, vaguement intrigué par ce que l'Europe, ce grand musée tout entier recroquevillé sur son passé, craignant l'instabilité bien plus que le chômage de ses jeunes (qui s'élève à plus de 40 pour cent dans toute l'Europe, ce que ces pays-musées considèrent comme une fatalité) peut trouver à dire en matière d'éthique et de transplantation d'organes ...
Je lui envoie par e-mail via iPhone l'extrait suivant :
"Les réflexions sur l’élargissement du prélèvement d’organes post mortem d’un donneur décédé après arrêt cardiaque irréversible aboutissent à une mise en garde du CCNE. En effet, celui-ci note le danger d’élargir le prélèvement lorsque l’arrêt cardiaque a été provoqué par un arrêt des traitements. Ce critère, appelé 'Maastricht III', reconnu au niveau international pour justifier un prélèvement d’organe, n’est pas autorisé en France. Le risque, souligne le CCNE, est que 'l’arrêt de traitement ait été décidé en vue d’un prélèvement d’organe […] L’idée d’une intention de prélèvement qui puisse être mêlée au motif de l’arrêt de traitement suffit pour maintenir l’actuelle prudence de l’Agence de la biomédecine'. A ce titre, le CCNE rappelle que la loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des malades en fin de vie 'n’équivaut pas à une autorisation de prélèvement dans cette situation' avant d’ajouter que 'seule une compréhension en profondeur de cette loi peut retirer toute suspicion à son égard'." (source)
Steve ne comprend rien ... je résume : en gros, le don d'organes made in cocorico est l'inverse de celui made in Harvard : les Gaulois disent que le donneur d'organes est mort quand il est en mort encéphalique (qui équivaut à une incompétence du cerveau), tandis que les Yankees, en particulier les experts de Harvard, ne reconnaissent plus la mort encéphalique comme critère de mort ...
Steve comprend de moins en moins ... Je sors les rames ... Pour ce qui est des prélèvements à coeur arrêté, c'est-à-dire un prélèvement de reins et de foie (Steve a été greffé du foie voilà deux ans) à la suite d'un arrêt cardiaque dit contrôlé, les USA préconisent de prélever des organes vitaux sur des donneurs pour lesquels on a décidé l'arrêt des traitements, qui ne sont plus dans leur intérêt ... vu dans l'état où ils se trouvent, à ce moment-là, prélever leurs organes ne peut plus constituer un mal pour eux étant donné leur état neurologique irréversible ... Bien sûr, une anesthésie est prévue ... Cela s'appelle "Maastricht III" ... Et c'est précisément ce dont les Gaulois ne veulent pas entendre parler ... Pour eux, une situation d'arrêt cardiaque dit "non contrôlé" (quelqu'un s'écroule dans la rue, suite à un arrêt cardiaque, les manoeuvres de réanimation échouent) peut permettre un prélèvement d'organes (reins et foie) : on réanime le patient pour ses organes et on court au bloc ... Cela s'appelle "Maastricht I, II, IV", je vous passe les détails ...
Les Gaulois font Cocorico ! avec "Maastricht I, II, IV" et la "mort encéphalique" ; les Yankees font Booouuuuhhh !
Les Yankees font Yessss ! avec "Maastricht III" ; les Gaulois font Boooouuuhh !
En clair, un patient se trouvant en mort encéphalique n'est, en France, plus un patient : son constat légal de décès est signé ; aux USA en revanche, ce patient, dans un état identique, reste un patient, donc quelqu'un qui a les droits de la personne ... car on considère que cet état est distinct de l'état de mort, puisque la mort encéphalique est un coma dépassé ...
... ce qui est applaudi en matière de prélèvement d'organes aux USA (Maastricht III) est sifflé en France et ce qui est applaudi en France (mort encéphalique, Maastricht I, II, IV) est critiqué aux USA ... Happy globalization!
Steve s'impatiente ... "Ce CCNE, il pense quoi du séquençage du génome ?"
Je lis le message ... une pause ... Je voudrais pas me fâcher tout rouge avec le CCNE. Y en a des, y m'aiment pas (comme le grand chef à plumes), mais y en a des qui sont sympas (l'autre grand chef à plumes), pis y a le Professeur Bernard Debré, médecin député UMP qu'est au CCNE, je voudrais pas me les fâcher tout rouge ... Steve insiste : "Tu devrais leur demander ce qu'ils pensent des Français qui vont faire leur analyse génomique aux USA. Par ailleurs un séquençage complet du génome devrait coûter 100 USD en 2015. Qu'en pensent ces braves gens ?" Ca alors, ils se sont donnés le mot ou quoi ? J'en parlais avec M. Jean-Michel Billaut, auteur du Billautshow, il y a quelques semaines, dans le cadre d'une interview de 23&me à l'atelier e-santé ... Je tape une réponse pour Steve comme à regret : Ai déja posé la question en séance publique au CCNE fin janvier 2011. Ils n'ont pas aimé ... En juin 2011, ils n'aiment toujours pas ... ne se réjouissent guère de ces perspectives contraires à la déontologie médicale la plus élémentaire et seul fruit - pourri - de l'action des lobbies biotech ... Forcément malhonnêtes ... Leur credo : l'homme réparé c'est bien (cela fait vendre les médicaments immunosuppresseurs pour les patients greffés, comme quoi le lobby des labos existe déjà, pas besoin d'attendre celui des nano-biotechs) ; l'homme augmenté c'est mal ...
La réponse de Steve fuse. Sous forme de question. Impitoyable.
"Le CCNE : c'est des luddites ?" (message en français)
Là, vous ne pouvez pas comprendre si vous n'avez pas lu Google démocratie ... livre écrit par un médecin et un journaliste, et qui vient de sortir ... Les luddites, ce sont des conservateurs : les néo-luddites, luddites et le luddisme ainsi que le néo-luddisme sont autant de termes pour désigner une seule et même attitude : le refus des nouvelles technologies, celles qui font l'humain 2.0 : les nano-biotechnologies 2.0. Sus à l'homo-webicus, créature frankensteinoïde faite par et pour les pingouins transhumanistes, pour le malheur de l'humanité ... Le roman, "Google Démocratie", raconte le naufrage économique d'une Europe bioconservatrice face à deux méga-puissances qui se livrent une guerre sans merci dont le moteur économique, financier et politique est la nano-techno-bio-science : les USA et la Chine ... Google met la main sur le domaine des biotechnologies ; l'Europe, repère de bioconservateurs, est en plein naufrage économique ... Dans ce livre, les descriptions de la vie quotidienne dans des régions du Nord de la France en 2018 donnent froid dans le dos ... On est loin de "Bienvenue chez les Ch'tis" ... Il n'est pas déraisonnables d'affirmer que ce bio-techno-polar pose les bonnes questions ... Tout comme Steve ... qui continue avec ses questions :
"Et votre pionnier du Nord, celui de la transplantation faciale, il en pense quoi, de tout ça ?"
Je réponds : Il dit qu'il ne faut pas brider la recherche, et qu'ensuite il faut se demander comment appliquer les nouvelles découvertes scientifiques ...
Steve comprend vite : "Ce n'est pas un luddite ..."
Moi : certainement pas !
Steve : "Ni un pingouin transhumaniste" (webbicon smiley)
Moi : Certes (webbicon clin d'oeil)
Je crois bon d'ajouter, histoire de montrer qu'en Gaule il se passe tout de même des choses 2.0 grâce à nos jeunes : en ce moment même, y a un événement Sysdream à Disneyland : des gentils hackers (il en va des magiciens comme des hackers : y a la magie blanche, celle bien intentionnée ; y a la magie noire, celle pas du tout bien intentionnée ; y a les hackers à casquette blanche - white-hat-hackers - ; les hackers à casquette noire - black-hat-hackers), donc des hackers à casquette blanche, ceux qui aident les entreprises 2.0 à renforcer leur sécurité informatique, font leur show à Disneyland, façon Pirates des Caraïbes, j'imagine : les meilleurs hackers-à-caquette-blanche, ceux qui aident le mieux nos honnêtes entreprises 2.0, peuvent gagner une récompense de 3.000 EUR (c'est tout ?!) en exerçant leurs talents de hackers pour la bonne cause ... On se rappelle de Sony et de ses hackers appartenant à Security LOL ... qui jouent de méchants tours à Sony ... Y avait un gentil hacker qu'avait gentiment fait remarquer une faille de sécurité à Sony ... Franchement, une erreur de débutant au niveau de la confidentialité des données clients, à ce qu'il paraît ... C'était donc un Hacker bien intentionné ... Or Sony l'a mal pris, lui a mis tous les avocats du monde au cul et l'a mis à genoux ... Le malheureux a dû signer tout un tas de documents, comme quoi il n'approchera plus jamais un ordinateur ou tout autre device électronique à moins de 100 m ... Comme par hasard un groupe de hackers genre e-Robin des Bois joue de mauvais tours à Sony depuis ... Ils s'appellent ... Security LOL ... J'irais bien faire un tour à Disneyland, sur la galère des Pirates des Caraïbes, mon petit doigt me dit que ces e-pirates ont mis quelques matelots 1.0 de Sony à ramer à fond de cale ...
Cupertino, c'est là où Steve fait construire les nouveaux bureaux d'Apple ... en forme de vaisseau spatial ... Ceci juste pour planter le décor de ce qui suit et qui est, évidemment, pure fiction (toute ressemblance avec des personnes ou des lieux ayant existé, existant ou allant exister ne serait que pure coïncidence ...)
Théâtre de la Huchette, Paris, 23h00 ... Mon mari et moi sortons du one-woman-show Peggy Guggenheim, femme face à son miroir (merci à l'équipe d'aufeminin.com pour l'invitation !) :
"L'extravagante Peggy Guggenheim, aux prises avec ses contemporains, papesse de l'art moderne, balance ses humeurs, ses failles, ses vacheries, mêlant le cocasse et le tragique dans une même énergie débordante."Très intéressant, belle performance de l'actrice ... Au resto, alors que nous dégustons des tajines mouton-aubergines, texto de Steve : "Alors, quoi de neuf ?" ... Je ne vais pas raconter à Steve que je sors du théâtre de la Huchette ... Alors, au hasard, je dis : "Le comité d'éthique de l'Elysée (CCNE) vient de rendre son avis sur les transplantations d'organes : recommandations éthiques et pratiques pour le don d'organes post-mortem et de son vivant ..." (lire)
"Et ? ...", demande Steve, vaguement intrigué par ce que l'Europe, ce grand musée tout entier recroquevillé sur son passé, craignant l'instabilité bien plus que le chômage de ses jeunes (qui s'élève à plus de 40 pour cent dans toute l'Europe, ce que ces pays-musées considèrent comme une fatalité) peut trouver à dire en matière d'éthique et de transplantation d'organes ...
Je lui envoie par e-mail via iPhone l'extrait suivant :
"Les réflexions sur l’élargissement du prélèvement d’organes post mortem d’un donneur décédé après arrêt cardiaque irréversible aboutissent à une mise en garde du CCNE. En effet, celui-ci note le danger d’élargir le prélèvement lorsque l’arrêt cardiaque a été provoqué par un arrêt des traitements. Ce critère, appelé 'Maastricht III', reconnu au niveau international pour justifier un prélèvement d’organe, n’est pas autorisé en France. Le risque, souligne le CCNE, est que 'l’arrêt de traitement ait été décidé en vue d’un prélèvement d’organe […] L’idée d’une intention de prélèvement qui puisse être mêlée au motif de l’arrêt de traitement suffit pour maintenir l’actuelle prudence de l’Agence de la biomédecine'. A ce titre, le CCNE rappelle que la loi Leonetti du 22 avril 2005 relative aux droits des malades en fin de vie 'n’équivaut pas à une autorisation de prélèvement dans cette situation' avant d’ajouter que 'seule une compréhension en profondeur de cette loi peut retirer toute suspicion à son égard'." (source)
Steve ne comprend rien ... je résume : en gros, le don d'organes made in cocorico est l'inverse de celui made in Harvard : les Gaulois disent que le donneur d'organes est mort quand il est en mort encéphalique (qui équivaut à une incompétence du cerveau), tandis que les Yankees, en particulier les experts de Harvard, ne reconnaissent plus la mort encéphalique comme critère de mort ...
Steve comprend de moins en moins ... Je sors les rames ... Pour ce qui est des prélèvements à coeur arrêté, c'est-à-dire un prélèvement de reins et de foie (Steve a été greffé du foie voilà deux ans) à la suite d'un arrêt cardiaque dit contrôlé, les USA préconisent de prélever des organes vitaux sur des donneurs pour lesquels on a décidé l'arrêt des traitements, qui ne sont plus dans leur intérêt ... vu dans l'état où ils se trouvent, à ce moment-là, prélever leurs organes ne peut plus constituer un mal pour eux étant donné leur état neurologique irréversible ... Bien sûr, une anesthésie est prévue ... Cela s'appelle "Maastricht III" ... Et c'est précisément ce dont les Gaulois ne veulent pas entendre parler ... Pour eux, une situation d'arrêt cardiaque dit "non contrôlé" (quelqu'un s'écroule dans la rue, suite à un arrêt cardiaque, les manoeuvres de réanimation échouent) peut permettre un prélèvement d'organes (reins et foie) : on réanime le patient pour ses organes et on court au bloc ... Cela s'appelle "Maastricht I, II, IV", je vous passe les détails ...
Les Gaulois font Cocorico ! avec "Maastricht I, II, IV" et la "mort encéphalique" ; les Yankees font Booouuuuhhh !
Les Yankees font Yessss ! avec "Maastricht III" ; les Gaulois font Boooouuuhh !
En clair, un patient se trouvant en mort encéphalique n'est, en France, plus un patient : son constat légal de décès est signé ; aux USA en revanche, ce patient, dans un état identique, reste un patient, donc quelqu'un qui a les droits de la personne ... car on considère que cet état est distinct de l'état de mort, puisque la mort encéphalique est un coma dépassé ...
... ce qui est applaudi en matière de prélèvement d'organes aux USA (Maastricht III) est sifflé en France et ce qui est applaudi en France (mort encéphalique, Maastricht I, II, IV) est critiqué aux USA ... Happy globalization!
Steve s'impatiente ... "Ce CCNE, il pense quoi du séquençage du génome ?"
Je lis le message ... une pause ... Je voudrais pas me fâcher tout rouge avec le CCNE. Y en a des, y m'aiment pas (comme le grand chef à plumes), mais y en a des qui sont sympas (l'autre grand chef à plumes), pis y a le Professeur Bernard Debré, médecin député UMP qu'est au CCNE, je voudrais pas me les fâcher tout rouge ... Steve insiste : "Tu devrais leur demander ce qu'ils pensent des Français qui vont faire leur analyse génomique aux USA. Par ailleurs un séquençage complet du génome devrait coûter 100 USD en 2015. Qu'en pensent ces braves gens ?" Ca alors, ils se sont donnés le mot ou quoi ? J'en parlais avec M. Jean-Michel Billaut, auteur du Billautshow, il y a quelques semaines, dans le cadre d'une interview de 23&me à l'atelier e-santé ... Je tape une réponse pour Steve comme à regret : Ai déja posé la question en séance publique au CCNE fin janvier 2011. Ils n'ont pas aimé ... En juin 2011, ils n'aiment toujours pas ... ne se réjouissent guère de ces perspectives contraires à la déontologie médicale la plus élémentaire et seul fruit - pourri - de l'action des lobbies biotech ... Forcément malhonnêtes ... Leur credo : l'homme réparé c'est bien (cela fait vendre les médicaments immunosuppresseurs pour les patients greffés, comme quoi le lobby des labos existe déjà, pas besoin d'attendre celui des nano-biotechs) ; l'homme augmenté c'est mal ...
La réponse de Steve fuse. Sous forme de question. Impitoyable.
"Le CCNE : c'est des luddites ?" (message en français)
Là, vous ne pouvez pas comprendre si vous n'avez pas lu Google démocratie ... livre écrit par un médecin et un journaliste, et qui vient de sortir ... Les luddites, ce sont des conservateurs : les néo-luddites, luddites et le luddisme ainsi que le néo-luddisme sont autant de termes pour désigner une seule et même attitude : le refus des nouvelles technologies, celles qui font l'humain 2.0 : les nano-biotechnologies 2.0. Sus à l'homo-webicus, créature frankensteinoïde faite par et pour les pingouins transhumanistes, pour le malheur de l'humanité ... Le roman, "Google Démocratie", raconte le naufrage économique d'une Europe bioconservatrice face à deux méga-puissances qui se livrent une guerre sans merci dont le moteur économique, financier et politique est la nano-techno-bio-science : les USA et la Chine ... Google met la main sur le domaine des biotechnologies ; l'Europe, repère de bioconservateurs, est en plein naufrage économique ... Dans ce livre, les descriptions de la vie quotidienne dans des régions du Nord de la France en 2018 donnent froid dans le dos ... On est loin de "Bienvenue chez les Ch'tis" ... Il n'est pas déraisonnables d'affirmer que ce bio-techno-polar pose les bonnes questions ... Tout comme Steve ... qui continue avec ses questions :
"Et votre pionnier du Nord, celui de la transplantation faciale, il en pense quoi, de tout ça ?"
Je réponds : Il dit qu'il ne faut pas brider la recherche, et qu'ensuite il faut se demander comment appliquer les nouvelles découvertes scientifiques ...
Steve comprend vite : "Ce n'est pas un luddite ..."
Moi : certainement pas !
Steve : "Ni un pingouin transhumaniste" (webbicon smiley)
Moi : Certes (webbicon clin d'oeil)
Je crois bon d'ajouter, histoire de montrer qu'en Gaule il se passe tout de même des choses 2.0 grâce à nos jeunes : en ce moment même, y a un événement Sysdream à Disneyland : des gentils hackers (il en va des magiciens comme des hackers : y a la magie blanche, celle bien intentionnée ; y a la magie noire, celle pas du tout bien intentionnée ; y a les hackers à casquette blanche - white-hat-hackers - ; les hackers à casquette noire - black-hat-hackers), donc des hackers à casquette blanche, ceux qui aident les entreprises 2.0 à renforcer leur sécurité informatique, font leur show à Disneyland, façon Pirates des Caraïbes, j'imagine : les meilleurs hackers-à-caquette-blanche, ceux qui aident le mieux nos honnêtes entreprises 2.0, peuvent gagner une récompense de 3.000 EUR (c'est tout ?!) en exerçant leurs talents de hackers pour la bonne cause ... On se rappelle de Sony et de ses hackers appartenant à Security LOL ... qui jouent de méchants tours à Sony ... Y avait un gentil hacker qu'avait gentiment fait remarquer une faille de sécurité à Sony ... Franchement, une erreur de débutant au niveau de la confidentialité des données clients, à ce qu'il paraît ... C'était donc un Hacker bien intentionné ... Or Sony l'a mal pris, lui a mis tous les avocats du monde au cul et l'a mis à genoux ... Le malheureux a dû signer tout un tas de documents, comme quoi il n'approchera plus jamais un ordinateur ou tout autre device électronique à moins de 100 m ... Comme par hasard un groupe de hackers genre e-Robin des Bois joue de mauvais tours à Sony depuis ... Ils s'appellent ... Security LOL ... J'irais bien faire un tour à Disneyland, sur la galère des Pirates des Caraïbes, mon petit doigt me dit que ces e-pirates ont mis quelques matelots 1.0 de Sony à ramer à fond de cale ...
De la chirurgie (f)utile ...
Dans le "Dictionnaire de la pensée médicale" (PUF, 2004), il y a un article sur la chirurgie esthétique - chirurgie de la face, liposuccion, reconstruction plastique, etc ... signé par le Professeur Bernard Devauchelle (CHU d'Amiens), pionnier de la transplantation faciale. Il y est dit que chirurgie utilitaire (réparatrice) et esthétique sont soeurs jumelles, que l'une ne va pas sans l'autre, de même que le chirurgien a deux mains, deux yeux ... Ôter une tumeur, c'est réparer. Qui dit réparation dit considération d'ordre esthétique. Cet article nous fait voyager dans l'histoire de la chirurgie plastique ou esthétique pour se rendre compte jusqu'à quel point cette vérité se laisse toucher du doigt : chirurgies réparatrice et esthétique sont indivisibles. Intéressant, très documenté, mais pas très grand public. Je popose donc de vous concocter une version "grand public" de cet article (euh j'avoue avoir eu à chercher pas mal de mots dans le dico ...)
Un chirurgien cardiaque m'expliquait en 2004 qu'en matière de ventricule cardiaque, ce qui est beau, c'est ce qui fonctionne ... c'est pareil, disait-il, dans l'aéronautique ... et donc, cela vaut aussi pour la chirurgie de la face, qui concerne la peau (téguments), les graisses, les glandes, les muscles et nerfs, mais aussi la structure du squelette. La peau, tout comme les organes, ne serait donc pas un simple revêtement de surface, que l'on pourrait retendre et remonter (et dégraisser) en incisant à peine. La chirurgie de la surface serait un mythe. La peau, profonde comme les organes ... pour travailler en surface (lifting), il faudrait s'enfoncer profondément dans les chairs ...
La transplantation faciale n'a rien à voir avec une simple chirurgie esthétique, c'est de la chirurgie utile - si je dis futile, c'est que je fais référence à la combinaison face + utile ... et non à l'adjectif futile ... Il est évident que des gens très défigurés ne peuvent pas avoir de vie sociale, leur visage se transforme en organe défaillant ... qu'il faut réparer, quitte à le remplacer ... les méthodes d'aujourd'hui, en ce qui concerne la transplantation faciale (micro-chirurgie), ne seront peut-être pas celles de demain (imprimantes en 3D pouvant produire de la peau, et pourquoi pas des nerfs et muscles ; cellules souches permettant de régénérer organes et tissus) ... Il nous faut à la fois s'occuper des patients d'aujourd'hui et préparer demain activement, sans brider la recherche ni l'économie ... On a déjà plus de 40 pour cent de nos jeunes au chômage en Europe ...
Il y a quelques jours un chirurgien me demandait d'où venait mon intérêt pour la transplantation faciale et la chirurgie esthétique. Je vois au moins deux points :
1) C'est un sujet très riche sur le plan des sciences humaines et de la fiction (mon domaine d'activité professionnelle), encore très peu exploré par le grand public - les France ADOT & cie se contentant de véhiculer dans le discours public un cliché selon lequel il y aurait transplantation utile - organes - contre transplantation futile - visage ... Ils n'ont rien compris ... Y a du boulot pour expliquer au grand public (en mode 2.0) les enjeux et le vrai visage de la transplantation faciale ... Les bioconservateurs ont la frousse de faire baisser le taux d'acceptation du don d'organes en parlant de don de "tissus composites de la face" ... Que le visage vienne pas nous foutre la pagaille dans les organes ! C'est déjà assez galère comme ça ! Une vraie politique de Gaulois 1.0 ... Soyons sérieux ... Nous sommes dans la France 2.0 ... quoique ...
2) Depuis mes 10 ans, je voulais être écrivain-danseuse-ou-chorégraphe et ai fait 10 ans de conservatoire (danse classique, moderne, jazz). Le problème, c'était mon nez. Mon professeur de danse roumain, beau comme un dieu (danseur étoile de l'opéra de Bucarest), n'a jamais pris la peine, durant toutes ces années où nous avions trois cours par semaine, de se souvenir de mon prénom. J'étais "La grande asperge au nez à piquer des gaufrettes" ... Quand j'étais à l'école maternelle, il a dû y avoir des gamins qui se sont moqués de mon nez, car dans une même journée, je suis tombée trois fois dessus, et bien que très petite à l'époque (8 ans je crois), je me rappelle (du haut de mes bientôt 43 ans) l'avoir fait exprès ... au moins deux fois ... Mon père (même nez) avait beau me dire qu'il fallait être fière d'avoir un nez béarnais ...
"Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral!"
... je le prenais, ainsi que Cyrano, mais surtout moi, victime d'une mauvaise farce génétique (deux mauvaises farces, en fait : j'avais aussi les dents en avant, d'où appareils dentaires en haut et en bas de la mâchoire avec crochets et barre des années durant, mais surtout, n'allez pas me lancer sur le sujet ...), pour un sacré looser ... Ma mère ne m'a autorisée à me faire opérer de mon nez que pour mes 18 ans ("quand-tu-seras-majeure") ... Le jour (ou le lendemain, je ne sais plus bien) de mes 18 ans, je me faisais opérer. J'avais moi-même trouvé mon chirurgien (le mari d'une de mes amies à mon cours de danse moderne, - beau comme un dieu, ce qui ne gâche rien) ... il m'avait expliqué qu'on parlerait de "déviation de la cloison nasale" (le pif de traviole ...) - comme j'étais tombée dessus plusieurs fois quand j'étais petite, ma mère m'avait amenée à l'hosto, j'avais eu des radios ... donc à cause de ladite "déviation" ce serait de la chirurgie réparatrice et non esthétique - la première étant prise en charge et l'autre pas ... Mon père a été ravi : je lui ai coûté moins cher durant ces quelques jours où j'ai été hospitalisée pour cette opération (logée et nourrie à l'oeil) et il ne m'entendait plus pester contre ce nez (je refusais de dire mon nez). Une paire de mois après l'intervention chirurgicale, j'étais très fière de montrer mon "nouveau nez" à tous mes proches et amis ...
Un chirurgien cardiaque m'expliquait en 2004 qu'en matière de ventricule cardiaque, ce qui est beau, c'est ce qui fonctionne ... c'est pareil, disait-il, dans l'aéronautique ... et donc, cela vaut aussi pour la chirurgie de la face, qui concerne la peau (téguments), les graisses, les glandes, les muscles et nerfs, mais aussi la structure du squelette. La peau, tout comme les organes, ne serait donc pas un simple revêtement de surface, que l'on pourrait retendre et remonter (et dégraisser) en incisant à peine. La chirurgie de la surface serait un mythe. La peau, profonde comme les organes ... pour travailler en surface (lifting), il faudrait s'enfoncer profondément dans les chairs ...
La transplantation faciale n'a rien à voir avec une simple chirurgie esthétique, c'est de la chirurgie utile - si je dis futile, c'est que je fais référence à la combinaison face + utile ... et non à l'adjectif futile ... Il est évident que des gens très défigurés ne peuvent pas avoir de vie sociale, leur visage se transforme en organe défaillant ... qu'il faut réparer, quitte à le remplacer ... les méthodes d'aujourd'hui, en ce qui concerne la transplantation faciale (micro-chirurgie), ne seront peut-être pas celles de demain (imprimantes en 3D pouvant produire de la peau, et pourquoi pas des nerfs et muscles ; cellules souches permettant de régénérer organes et tissus) ... Il nous faut à la fois s'occuper des patients d'aujourd'hui et préparer demain activement, sans brider la recherche ni l'économie ... On a déjà plus de 40 pour cent de nos jeunes au chômage en Europe ...
Il y a quelques jours un chirurgien me demandait d'où venait mon intérêt pour la transplantation faciale et la chirurgie esthétique. Je vois au moins deux points :
1) C'est un sujet très riche sur le plan des sciences humaines et de la fiction (mon domaine d'activité professionnelle), encore très peu exploré par le grand public - les France ADOT & cie se contentant de véhiculer dans le discours public un cliché selon lequel il y aurait transplantation utile - organes - contre transplantation futile - visage ... Ils n'ont rien compris ... Y a du boulot pour expliquer au grand public (en mode 2.0) les enjeux et le vrai visage de la transplantation faciale ... Les bioconservateurs ont la frousse de faire baisser le taux d'acceptation du don d'organes en parlant de don de "tissus composites de la face" ... Que le visage vienne pas nous foutre la pagaille dans les organes ! C'est déjà assez galère comme ça ! Une vraie politique de Gaulois 1.0 ... Soyons sérieux ... Nous sommes dans la France 2.0 ... quoique ...
2) Depuis mes 10 ans, je voulais être écrivain-danseuse-ou-chorégraphe et ai fait 10 ans de conservatoire (danse classique, moderne, jazz). Le problème, c'était mon nez. Mon professeur de danse roumain, beau comme un dieu (danseur étoile de l'opéra de Bucarest), n'a jamais pris la peine, durant toutes ces années où nous avions trois cours par semaine, de se souvenir de mon prénom. J'étais "La grande asperge au nez à piquer des gaufrettes" ... Quand j'étais à l'école maternelle, il a dû y avoir des gamins qui se sont moqués de mon nez, car dans une même journée, je suis tombée trois fois dessus, et bien que très petite à l'époque (8 ans je crois), je me rappelle (du haut de mes bientôt 43 ans) l'avoir fait exprès ... au moins deux fois ... Mon père (même nez) avait beau me dire qu'il fallait être fière d'avoir un nez béarnais ...
"Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral!"
... je le prenais, ainsi que Cyrano, mais surtout moi, victime d'une mauvaise farce génétique (deux mauvaises farces, en fait : j'avais aussi les dents en avant, d'où appareils dentaires en haut et en bas de la mâchoire avec crochets et barre des années durant, mais surtout, n'allez pas me lancer sur le sujet ...), pour un sacré looser ... Ma mère ne m'a autorisée à me faire opérer de mon nez que pour mes 18 ans ("quand-tu-seras-majeure") ... Le jour (ou le lendemain, je ne sais plus bien) de mes 18 ans, je me faisais opérer. J'avais moi-même trouvé mon chirurgien (le mari d'une de mes amies à mon cours de danse moderne, - beau comme un dieu, ce qui ne gâche rien) ... il m'avait expliqué qu'on parlerait de "déviation de la cloison nasale" (le pif de traviole ...) - comme j'étais tombée dessus plusieurs fois quand j'étais petite, ma mère m'avait amenée à l'hosto, j'avais eu des radios ... donc à cause de ladite "déviation" ce serait de la chirurgie réparatrice et non esthétique - la première étant prise en charge et l'autre pas ... Mon père a été ravi : je lui ai coûté moins cher durant ces quelques jours où j'ai été hospitalisée pour cette opération (logée et nourrie à l'oeil) et il ne m'entendait plus pester contre ce nez (je refusais de dire mon nez). Une paire de mois après l'intervention chirurgicale, j'étais très fière de montrer mon "nouveau nez" à tous mes proches et amis ...
Visage(s)
Voici une photo ô combien politiquement incorrecte : pas passée par Photoshop ou autre logiciel qui efface les rides, allonge le cou et le visage, creuse les joues, blanchit les dents, etc.
Cette photo, objet du délit (de faciès ?), C'est une amie qui l'a prise dimanche dernier. Elle vient de me l'envoyer par e-mail. Son commentaire : "Je sais que tu n'aimes pas te voir en photo, mais je trouve que celle-ci est belle. Tu as le sourire naturel et respires la joie de vivre."
Ma réponse : "Ce sont surtout mes rides et mes dents que je déteste [mes dents - ne me lancez pas sur le sujet !!] qui respirent la joie de vivre !"
Quel meilleur support que cette photo pour une réflexion sur l'esthétique : qu'est-ce qu'une société qui retouche systématiquement toutes les photos mises sur internet, y compris les photos de vacances en famille ? Qu'est-ce que la beauté ? Qu'est-ce qu'un visage politiquement (in)correct ?
Quant au contexte de la photo : effectivement, j'étais très contente de voir mes parents que je vois peu, car ils ont leur vie monégasque (hyper mondaine) et j'étais toute contente de pouvoir les bichonner un peu la semaine dernière chez moi, en région parisienne.
Sur cette photo, ma mère et moi, elle moins ravie que moi, car elle découvre la neige et le froid, deux réalités qui lui sont étrangères ou si lointaines ...
La transplantation faciale a cinq ans
"En 2005, les professeurs Bernard Devauchelle, Sylvie Testelin, docteurs Christophe Moure, Cédric d'Hauthuille du CHU d'Amiens et le professeur Benoît Lengelé de l'Université catholique de Louvain, ont réalisé en collaboration avec l'équipe du professeur Jean-Michel Dubernard du CHU de Lyon la première greffe partielle du visage au monde(greffe du triangle formé par le nez et la bouche) sur une femme de 38 ans, Isabelle Dinoire. Cette opération eut lieu entre les dimanche 27 et lundi 28 novembre au CHU d'Amiens." (Wikipedia)
==> Lire cet article sur AgoraVox, journal citoyen en ligne.
==> Lire cet article sur AgoraVox, journal citoyen en ligne.
Cette technique nous paraît toute récente, et pourtant la première greffe des tissus composites de la face date d'il y a déjà cinq ans. Depuis, la France et l'Espagne se battent pour le label "première mondiale de la greffe totale de la face" : une "greffe totale du visage" a été réalisée le 27 juin par l'équipe du professeur Laurent Lantieri du CHU Henri-Mondor de Créteil sur un homme de 35 ans atteint d'une maladie génétique qui lui déformait le visage, tandis qu'un hôpital barcelonais affirme avoir été le premier à pratiquer une greffe complète en mars dernier (source). Le patient espagnol aurait "bénéficié" d'une greffe totale de la face (paupières comprises) alors que son état ne le nécessitait pas, ce qui lui fait courir de grands risques (plus d'immunosuppresseurs dont les effets secondaires type diabète et cancer ne sont pas anodins, impossibilité de fermer les yeux durant des semaines ...). D'autre part, selon les spécialistes français, des doutes subsisteraient quant à l'intégralité de la greffe, notamment en ce qui concerne les paupières et les mâchoires, sur ce patient espagnol (source).
Il semble, pour reprendre les mots du professeur Laurent Lantieri, que "l'histoire retiendra les greffes du visage."
Aujourd'hui, Isabelle Dinoire, patiente pionnière de la transplantation faciale, va bien et poursuit le cours de sa vie dans une région sinistrée sur le plan de l'économie (le Nord). Contrairement à certains professeurs de médecine, l'amour d'Isabelle Dinoire pour les médias est modéré. Elle a expliqué avoir un nouveau visage, tenant à la fois du sien, de celui de la donneuse, et d'autre chose : ce qu'elle imprime à ce nouveau visage, jour après jour, pour l'apprivoiser, pour vivre avec lui et grâce à lui. Ces faits ayant été établis, elle se contente de vivre sa vie, de faire au mieux, avec cette modestie et ce sens des réalités qui constituent son vrai visage, celui qu'elle nous donne à voir, de loin en loin, avec mesure et discrétion. On en oublierait presque qu'il s'agissait d'une "Première" mondiale. D'un côté le quotidien, de l'autre le spectaculaire. Je ne connais pas bien Isabelle Dinoire, mais (est-ce un paradoxe ?) il me semble qu'elle se situe plus du côté du premier que du second. Sa greffe du visage ne lui est pas montée à la tête. Mieux que des mots : prouver aux autres que cette greffe est éthique, au fil du temps, des rares interviews, qu'Isabelle mène avec l'élégance de la sobriété. Loin du Parisianisme des "Premières" nationales ou mondiales, Isabelle avance dans sa vie, les deux pieds bien sur terre, la tête sur les épaules. Une vie bien sage, bien rangée, pour prendre soin de cet extraordinaire don qu'elle a reçu, mais qui n'a pas le pouvoir d'effacer d'un coup de baguette magique les problèmes bien réels auxquels elle doit faire face au quotidien : ses filles à élever, le travail qui manque dans le Nord ... On la verrait bien dans L'Angélus du peintre Jean-François Millet ... Pas d'arrogance ni de malice, mais ce mot, cette pudeur qui font si ringard : l'honnêteté. Plus elle parle bas, Isabelle Dinoire, mieux on l'entend.
Loin de l'histoire des "Premières", pleine de bruit et de fureur. Ce qu'on entend dire, d'une voix mesurée, posée : "Je m'en serais bien passée, d'être La patiente pionnière des transplantations faciales. Mais puisqu'il le faut, je relève le défi." Qui peut mesurer à quel point notre visage est ancré au fond de nous, tel un organe vital ? Ceux qui ne croient pas que "ce que nous avons de plus profond, c'est la peau" (Paul Valéry) diront que cette histoire de vie ne peut bouleverser la morale publique. Un visage, ce n'est pas un rein ou un coeur. Ils diront que la transplantation faciale se fourvoie dans du hors-piste. Qu'ils regardent vivre Isabelle Dinoire, la silencieuse, la femme à l'ombre légère, loin du tapage médiatique fait par des impatients réclamant des organes. Où est le bazar bioéthique (Dr Véronique Fournier) ? Du côté de cette histoire de vie qui bouleverse la morale publique ou du côté des impatients qui ne cessent d'accuser autrui d'un manque de générosité qui tue chaque année toujours plus (XXX patients morts-faute-de-greffe) ? Faut-il industrialiser le don d'organes ? Faut-il industrialiser Isabelle Dinoire, en produire 15.000 comme elle demain (15.000 patients en attente de greffe, les deux tiers attendent un rein), accusant autrui d'un manque de générosité lors d'une émission grand public sur le don d'organes, pardon, de visage, martelant comme un seul homme : "Tout ce qui n'est pas donné est perdu !" ?
A l'occasion de ce cinquième anniversaire, on pouvait entendre le professeur Bernard Devauchelle sur RFI dans l'émission du 09/11/2010 : "Autour de la question" : "C'est quoi un visage ?"
Le professeur Devauchelle rappelle les conditions du don d'organes dit "post-mortem" : "la mort encéphalique équivaut à un état de coma dépassé, ce n'est donc pas tout à fait la mort." D'où la résistance de certaines cultures, le Japon notamment, à admettre le prélèvement d'organes et de tissus, fut-ce pour sauver des vies. Pour le professeur Devauchelle, ces résistances seraient "plus culturelles que cultuelles" ...
==> Ecouter l'émission (lien permanent).
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