Scientific MOOCs follower. Author of Airpocalypse, a techno-medical thriller (Out Summer 2017)
Welcome to the digital era of biology (and to this modest blog I started in early 2005).
To cure many diseases, like cancer or cystic fibrosis, we will need to target genes (mutations, for ex.), not organs! I am convinced that the future of replacement medicine (organ transplant) is genomics (the science of the human genome). In 10 years we will be replacing (modifying) genes; not organs!
Anticipating the $100 genome era and the P4™ medicine revolution. P4 Medicine (Predictive, Personalized, Preventive, & Participatory): Catalyzing a Revolution from Reactive to Proactive Medicine.
Upcoming books: Airpocalypse, a medical thriller (action taking place in Beijing) 2017; Jesus CRISPR Superstar, a sci-fi -- French title: La Passion du CRISPR (2018).
I love Genomics. Would you rather donate your data, or... your vital organs? Imagine all the people sharing their data...
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Enquête d'opinion sur le don d'organes auprès des personnels de santé
Ethique et transplantation d'organes : le point de vue du Pr. Bernard Devauchelle (CHU d'Amiens)
"Quelle légitimité avons-nous [les chirurgiens transplanteurs] pour parler de la transplantation et donc du don d'organe ? Quelle légitimité avons-nous pour parler également de 'l'euthanasie' ? Aucune autre que celle qu'en tant qu'individu nous pouvons être chacun d'entre nous le sujet du débat.Au nom de qui, au nom de quoi notre parole aurait plus de poids, ferait-elle davantage autorité ? Telle est la première question que, de manière un peu provocatrice, je nous retourne.Encore faudrait-il alors que chacun se taise, rétorquerait-on.Il en est de la transplantation d'organe comme de la bombe atomique : il s'agit in abstracto d'un progrès scientifique. Mais quel usage fait-on de ce progrès ?Faut-il, en matière de transplantation que le colloque singulier (cette relation particulière du médecin et de son malade) soit le seul lieu de réponse ? Ou faut-il que du débat public des règles s'inscrivent ? Le jeu démocratique y superposera ses propres règles.Le débat est biaisé, pensez-vous. Par le côté partisan et l'opacité du langage médical, sans doute ; par des considérations d'ordre économique et une 'bien pensance' politique, également.Mais sur de tels sujets le débat peut-il être transparent totalement ? Et chacun est-il prêt à entendre la vérité ? Et dans l'inconnaissance profonde dans laquelle nous nous trouvons, scientifiques et non scientifiques, la vérité de l'un ne peut être celle de l'autre. Dès lors, les questions que vous posez, nombreuses, trop nombreuses, pertinentes et trop pertinentes, ne relèvent-elles pas davantage de la philosophie ? Elles resteraient alors sans autre réponse qu'à redonner à l'individu sa liberté, donc sa responsabilité.C'est ce qui, fort heureusement, prévaut la plupart du temps en France en matière de 'Don d'organe' (mot abusif, j'en conviens comme vous), même si l'on pointe dans les discours officiels ou les situations particulières des déviances insupportables.Qui est donc prêt aujourd'hui à accepter cette part d'inconnaissance ? Faut-il penser, comme certains comités d'éthique, qu'elle devrait interdire toute initiative ? Ou bien, à l'instar de Jean-Luc MARION, faut-il revendiquer ce privilège d'inconnaissance, cette pudeur qui nous invite à ne pas vouloir tout comprendre ? Sans pour autant nous faire renoncer à agir. Je souscris volontiers à cette posture et j'en assume, à titre personnel, la responsabilité des conséquences qu'elle peut entraîner.J'aurai donc plaisir à partager avec vous plus avant sur ce sujet et sur les autres sujets que vous évoquez dans votre mail, même si mes disponibilités sont comptées. Puis-je vous suggérer la lecture d'un papier commis dans 'Ethique des pratiques en chirurgie', paru chez L'Harmattan, celle de l'ouvrage : 'La fabrique du visage', paru chez Brepols ? Je vous informe que nous organisons en 2012 un colloque d'une semaine consacré à la transplantation, qui se tiendra dans le cadre des semaines de Cerisy-la-Salle." Propos recueillis le 16/08/2010.
![]() | Pour commencer, le "cas" de cette femme en Afghanistan, au nez tranché par les Talibans, comme autrefois on coupait la main ou la langue aux voleurs et aux menteurs. Times Magazine (29/07/2010) titre : "Voici ce qui arrivera si on quitte l'Afghanistan". Premier commentaire recueilli il y a 10mn : "Bah, à quoi bon aller dépenser des sous pour aller lui greffer ou lui reconstruire un nez ? De toute façon elles sont toutes bâchées, les femmes, là-bas." |
![]() | “La question est celle de la défiguration. Elle constitue un handicap. Nous sommes aujourd'hui à un siècle de la Grande Guerre. Autrefois, les 'Gueules cassées' s'exhibaient, fières d'avoir défendu la patrie. Il y a eu toute une réflexion philosophique, intellectuelle, artistique sur le thème de la défiguration - un nouveau champ de réflexion créé au décours de la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, les canons esthétiques seraient plutôt à l'inverse : la défiguration exclue. On la cache et on se la cache." (Professeur Bernard Devauchelle). George Grosz : "Les piliers de la société". Peintre allemand de la Grande Guerre, Grosz pratique l'exagération caricaturale et montre avec vérisme l'état du monde de l'après-guerre. Il emprunte aux futuristes et aux dadaïstes la représentation dynamique et fiévreuse des grandes villes. |
![]() | Les piliers de la société allemande des années 30, ce sont les "gueules cassées" de la Grande Guerre. Ces "gueules cassées" vont jusqu'à déteindre sur toute la société, gangrenée de laideur. Pour Grosz, ce ne sont pas que les gueules des Allemands revenus de la Grande Guerre qui sont kaputt, ce sont aussi l'érotisme, le sexe, tous les aspects de la vie économique et sociale. Grosz montre que c'est toute la société allemande des années 30 qui aurait besoin d'un bon ravalement de la façade. Son tableau ci-contre est intitulé "Victime de la société". |
![]() | Chantal Sébire, un exemple médiatisé de la défiguration qui exclue : Au XXIe siècle, ce sont les gueules cassées qui sont victimes de la société : Chantal Sébire voulait mourir. Elle a refusé une opération qui la soignerait mais qui la défigurerait sans savoir qu'une chirurgie réparatrice était possible. Elle voulait "mourir dans la dignité" ... L'euthanasie ou l'exclusion pour cause de défiguration. Il y avait pourtant un troisième terme à ce dilemme : la chirurgie réparatrice de la face ... |
Dans son article, le Professeur Devauchelle explique comment l'environnement historique préside à la naissance de nouvelles normes - esthétiques entre autres. Chantal Sébire est entrée dans l'histoire. Quelles normes sociétales et chirurgicales pour demain, en ce qui concerne la défiguration et l'exclusion ? Un laboratoire américain fait pousser de la peau (épiderme, muscles) à partir de cellules souches permettant de recréer du tissus humain (voir). Cette technique encore expérimentale a déjà été testée su plusieurs patients. Des tests cliniques sont toujours en cours pour une méthode qui soulève un formidable espoir ... La greffe du visage, une technique d'avenir pour les nombreux brûlés et accidentés défigurés ?
Prélèvements "à cœur arrêté" : le nouveau visage inhumain des transplantations d’organes !
David Le Breton : “Le corps humain : regard anthropologique.” (15/12/2009)
Lors des Journées de l’Agence de la biomédecine, les 14 et 15 décembre 2009, l’universitaire anthropologue David Le Breton, auteur de "La Chair à vif" (Editions Métailié, 2008), avait fait une présentation très intéressante. Je me permets de mettre mes notes en ligne, en espérant qu’il n’y verra pas d’inconvénient, car sa présentation intéressera non seulement nombre d’acteurs de la santé qui n’ont pas pu assister à ces Journées de décembre 2009, mais aussi bien des usagers de la santé qui passent sur ce blog. Je salue au passage les spécialistes du pôle Sciences Humaines et Langues de la Médiathèque de Rueil-Malmaison, qui m’ont fait partager leur excellente connaissance de cet auteur. Pas de doute : cette présentation de David Le Breton va les intéresser !
Télécharger la présentation de David Le Breton : “Le corps humain : regard anthropologique.” (15/12/2009)
Trafic d’organes en Chine : de nouvelles preuves
Le trafic d’organes en Chine est institutionnalisé. Il s’effectue avec la complicité de l’armée. La Chine d’aujourd’hui, c’est un mélange détonnant entre un gouvernement totalitaire et un libéralisme économique effréné. Des avocats canadiens, des médecins et chirurgiens sont venus le 3 décembre 2009 à l’Assemblée Nationale, afin de faire le point, à grand renfort de faits et de preuves, sur le prélèvement sauvage d’organes humains en Chine.
Un homme, un discours
David Kilgour lit son discours. Cet avocat Canadien a occupé les fonctions de député puis de secrétaire d’Etat du Canada pour la région Asie-Pacifique. Avant de devenir parlementaire, il était procureur de la Couronne. Sa motivation ? "Je veux que ces trafics d’organes cessent en Chine." Même si les chirurgiens transplanteurs de Chine n’ont pas été pris le scalpel dans le sac, nous avons des preuves ! Le livre que nous venons de publier, "Prélèvements meurtriers : assassinats de pratiquants de Falun Gong pour leurs organes", réunit 52 preuves. Il est temps d’y croire ! |
Des faits, encore des faits, toujours des faits
Ce matin-là, trois hommes se sont relayés pour nous faire croire à l’incroyable. L’avocat Canadien David Kilgour, le Professeur Francis Navarro, chef du service de chirurgie hépato-digestive et de transplantation au CHU de Montpellier, qui a été enquêter en Chine et qui prépare un livre sur le sujet du trafic d’organes, le Professeur Yves Chapuis, ancien chirurgien transplanteur, membre de l’Académie Nationale de Médecine.
Des avocats activistes des droits de l’homme écrivent sur la Chine :
Le contexte :
Le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Manfred Nowak, a demandé une enquête en 2006, suite à des allégations, ou à ce qu’on pouvait supposer comme tel : des pratiquants du Falun Gong – sorte de yoga Chinois visant au développement spirituel du pratiquant, souvent bouddhiste – seraient emprisonnés et traités comme de simples réservoirs d’organes, afin d’alimenter un trafic lucratif. Début avril 2006, la coalition d’investigation sur la persécution du Falun Gong en Chine est établie. David Kilgour et David Matas commencent leur enquête. Depuis avril 2006, ils réunissent des preuves, publient des rapports.
On connaissait les Tibétains …
On connaît moins cette affaire des transplantations forcées, dont les pratiquants du Falun Gong sont victimes. Le Falun Gong consiste en une série d’exercices avec un fondement spirituel. Il a été interdit en Chine en 1999.
… Mais voici un refrain moins connu :
David Kilgour : “Le Falun Gong est essentiellement un ensemble d’exercices ayant un fondement spirituel. Ce mouvement a pris son essor en Chine après 1992. Initialement, le gouvernement a encouragé la pratique comme étant bénéfique pour la santé. En 1999, il était si populaire que le Parti prit peur : et si son hégémonie idéologique, sa supériorité en nombre allaient se trouver concurrencées par le Falun Gong ? Selon une estimation gouvernementale, le nombre de personnes qui pratiquaient le Falun Gong dans toute la Chine est passé de pratiquement zéro en 1992, à 70-100 millions de personnes. La pratique a donc été interdite par le Parti au pouvoir. Les pratiquants ont été invités à se rétracter. Ceux qui ont continué à pratiquer et ceux qui ont protesté contre l’interdiction ont été arrêtés. S’ils se rétractaient après leur arrestation, ils étaient libérés. S’ils ne le faisaient pas, ils étaient torturés. S’ils se rétractaient après avoir été torturés, ils étaient ensuite libérés. S’ils ne s’étaient pas rétractés après avoir été torturés, ils disparaissaient dans le système de détention chinois ou du travail forcé.”
Quelle est la différence entre un Chinois condamné à mort et un Chinois pratiquant du Falun Gong ?
David Kilgour : “Les détentions pour cause de pratique de Falun Gong présentent une caractéristique peu commune. Les pratiquants qui, de partout à travers le pays, étaient venus Place Tiananmen à Pékin pour faire appel ou pour protester ont été arrêtés. Ceux qui ont révélé leur identité à leur ravisseur étaient renvoyés vers leur localité d’origine. Leur famille était automatiquement associée à leurs activités de Falun Gong et subissait des pressions pour se joindre au mouvement organisé pour obliger les pratiquants à renoncer au Falun Gong. Leurs responsables au travail, leurs collègues, leurs chefs de gouvernement local étaient jugés responsables et pénalisés au seul motif que ces individus étaient allés manifester à Pékin. Pour protéger leur famille et éviter l’hostilité des personnes dans leur localité, beaucoup de pratiquants de Falun Gong détenus ont refusé de donner leur identité. Le résultat a été une population importante de pratiquants de Falun Gong en prison, dont les autorités ne connaissaient pas l’identité. De plus, aucun de leurs proches ne savaient où ils se trouvaient.”
En Chine, plus de 80 chefs d’accusation peuvent conduire à la peine de mort sans aucune forme de procès. Un exemple : la fraude fiscale. Les condamnés sont promenés dans la ville, portant une pancarte autour du cou. Cette pancarte est symbolique : elle symbolise la mort civile de ces individus, qui ont perdu toute identité sociale, puisqu’il y est écrit : “Je ne fais plus partie de la société”.
Prélèvements criminels
Sur qui prélève-t-on ces organes à des fins de trafic ? Sur des criminels condamnés à mort, ou sur des prisonniers pratiquants du Falun Gong ?
Que l’on soit pour ou contre la peine de mort, voilà qui ne peut être débattu ici. Faire des condamnés à mort d'un pays une source d'organes pour alimenter la vente d'organes dans le monde, ou pour greffer des patients en attente de greffe en Chine n'est tout simplement pas approprié. Il n'est pas nécessaire de se lancer dans un discours contre la peine de mort pour le comprendre. Il n’est pas non plus question de dire : tel condamné ne vaut pas la corde pour le pendre, c’est un vrai criminel, tandis que tel autre a eu le tort de ne pas applaudir au bon moment. La réalité en Chine est la suivante : vrais et faux criminels se trouvent tous deux promus contre leur gré au rang de réservoir d'organes, cela a été particulièrement vrai en 2006, 2007 et 2008. Redonnons la parole à David Kilgour, qui constate une diminution du nombre de condamnés à mort en Chine, tandis que, pour cette même période, les prélèvements d’organes et greffes continuent.
“Il y a une aversion culturelle en Chine pour le don d’organes et le prélèvement d’organes vitaux à partir de donneurs se trouvant en état de mort cérébrale. Il n’existe pas de système permettant de centraliser les listes de patients en attente de greffe et les potentiels donneurs d’organes, pas plus qu’on ne recherche une quelconque compatibilité entre donneur et receveur, ce qui signifie qu’il y a un énorme gaspillage d’organes.
La seule source importante pour les greffes d’organes en Chine, avant la persécution des pratiquants du Falun Gong, était constituée par les prisonniers condamnés à mort et exécutés. Le nombre de transplantations d’organes en Chine a connu une augmentation fulgurante, peu après l’interdiction de la pratique du Falun Gong. En revanche, le nombre de personnes condamnées à mort et exécutées n’a pas augmenté. (…) Avant le 01/01/2007, la peine de mort pouvait être décidée par des cours de justice régionales, les cours suprêmes du peuple. A partir du 01/01/2007, toute peine de mort décidée par une cour régionale devait être approuvée par la cour suprême centrale du peuple. Ce changement de procédure a eu pour effet de réduire de moitié le nombre de condamnés à mort, selon une estimation d’Amnesty International. La diminution du nombre de condamnés à mort signifiait que moins de personnes condamnées étaient disponibles pour fournir des organes. Selon Amnesty International, le nombre de prisonniers condamnés à mort et exécutés est en 2004 : 3.400 ; 2005 : 1.770 ; 2006 : 1.010 ; 2007 : 470 ; 2008 : 1.718. Les statistiques du gouvernement chinois montrent que le volume des greffes d’organes n’a pas diminué autant que cette source d’organes que représentent les condamnés à mort. Le Registre des greffes du foie de Chine rapporte les chiffres suivants : 2004 : 2.219 ; 2005 : 2.970 ; 2006 : 2.781 ; 2007 : 1.822 ; 2008 : 2.209. [Par comparaison, il y a quelque 900 greffes de foie chaque année en France, dont un tiers pour des cirrhoses alcooliques, 20% pour les hépatites virales et 12% pour les cancers, les retransplantations (après rejet d’un greffon) représentant 9% du total des greffes. Source : http://www.actions-traitements.org/spip.php?breve1575 ; Agence de la biomédecine]. L’année 2007 montre une augmentation des greffes du foie et, dans le même temps, une diminution des exécutions de prisonniers condamnés à mort et un changement dans la loi : désormais les hôpitaux doivent être autorisés par le ministre de la santé à effectuer des prélèvements d’organes, lesquels ne doivent plus répondre à la demande de 'tourisme des transplantations' (les patients étrangers venant bénéficier d’une greffe illégale) mais à celle nationale. Pourtant, la diminution de greffes de foie en 2007 est loin de correspondre à la diminution des exécutions de condamnés à mort. (…) En 2007, comment la Chine a-t-elle pu maintenir sa réduction du nombre de greffes du foie à seulement –34% face à l’obligation d’avoir une licence pour les hôpitaux non militaires réalisant des greffes, avec une réduction de 53% dans ce que les autorités chinoises prétendent être leur seule source d’organes [à savoir : les condamnés à mort] ? La seule réponse plausible est l’augmentation du nombre d’organes provenant de la seule source d’organes significative : les pratiquants du Falun Gong.”
Que vient faire le Falun Gong dans cette histoire ?
David Kilgour : “Le gouvernement chinois considère que le Falun Gong représente une menace réelle. Les communistes craignent que le Falun Gong puisse fournir une alternative viable à l’idéologie dominante communiste en Chine. (…) La population de détenus qui sont des pratiquants de Falun Gong se trouve avoir la taille suffisante et toutes les caractéristiques d’une grande ‘banque d’organes’. Ils sont le seul groupe de détenus qui puisse expliquer raisonnablement l’augmentation soudaine du volume des greffes entre les années 2000 et 2005. La conclusion de cette thèse est que les organes des pratiquants de Falun Gong détenus sont prélevés de manière systématique pour servir à l’industrie des greffes d’organes en Chine et que cette pratique est une forme industrialisée que prend la persécution du Falun Gong par le Parti communiste chinois.”
A-t-on oublié l'affaire du sang contaminé en Chine ?
Le trafic d’organes en Chine, un ballot de souffrance et de désespoir ?
Professeur Francis Navarro : "D’abord, en Chine, il y a eu les camps de prisonniers du Falun Gong, puis les condamnés à mort. Les sites internet le montrent : en Chine, on peut acheter un rein pour 80.000 USD. Des médecins militaires se chargent de ces prélèvements de reins sur les condamnés à mort, dans la minute qui suit l’exécution. En Chine s’est installée ce que j’appellerais la trilogie ‘peine de mort – condamnation – tourisme de transplantation’. Les Israéliens et les Coréens ont été les premiers patients à bénéficier de greffes en Chine. Je rappelle que dans les pays asiatiques, la pratique de prélèvement d’organes sur donneur décédé à cœur battant (c’est-à-dire maintenu en vie artificiellement, au moyen d’un respirateur) n’existe pas. L’inhumation du corps complet est obligatoire. La Société Britannique de Transplantations a été la première société de transplantation à réagir et à dire que les pratiquants du Falun Gong ont été les premières victimes de ces transplantations forcées. Ont suivi ensuite les condamnés à mort. J’ai réalisé une enquête sur le trafic d’organes au Pakistan, mais il faut bien dire qu’il existe toute une organisation mafieuse de trafic d’organes à l’échelle internationale ! Mentionnons qu’il existe un Prix Nobel américain qui est pour la vente d’organes (lire) ! Est-ce que demain, nous allons parler des organes de la même façon ? C’est une possibilité qu’un jour, un organe soit rémunéré. Dans un Etat américain, il existe, depuis deux ans et à titre expérimental, un programme de rémunération des organes. Ce que nous, chirurgiens, ne pouvons accepter : la pratique du prélèvement d’organes à partir de condamnés à mort. Mais on ne nous écoute pas ! Espérons que le livre de David Kilgour va réveiller les esprits. En 2007, j’ai fait circuler une pétition parmi mes collègues chirurgiens transplanteurs. Le but était de les faire signer, ainsi que les politiques, contre la peine de mort et ses conséquences sur le trafic d’organes en Chine. Mais les choses n’ont pas bougé. La sanction économique ne se fait pas attendre, pour peu que l’on montre certaines pratiques chinoises du doigt … "
En avant-première :
Le Professeur Navarro organise actuellement une conférence internationale sur le trafic d’organes. Elle devrait avoir lieu prochainement à Montpellier.
Professeur Yves Chapuis : “Il faut parler de la bonne conscience donnée par les responsables chinois en 2008”.
David Kilgour : “Vous voulez parler de cette loi de mai 2007 ?”
Professeur Yves Chapuis : “C’est exact.”
David Kilgour : “Depuis mai 2007, une loi vient réglementer les greffes, n’autorisant l’activité des transplantations qu’au sein d’hôpitaux pour lesquels une autorisation a été délivrée. Le Ministère de la santé a annoncé qu’à partir du 26 juin 2007, les patients chinois seraient prioritaires sur les étrangers pour l’accès à la greffe. Le Ministère de la santé en Chine a également interdit à toutes les institutions médicales se trouvant sur son sol de répondre à la forte demande du ‘tourisme de transplantation’, c’est-à-dire de pratiquer des greffes sur des patients en attente de greffe venus de l’étranger. Le gouvernement a annoncé en août 2009 que la Croix Rouge de Chine a mis en place un système de don d’organes, même s’il s’agit seulement d’un projet pilote impliquant une dizaine d’hôpitaux régionaux, et non d’un projet à l’échelle nationale. Ces premières tentatives de réglementation demeurent cependant insuffisantes.”
Professeur Yves Chapuis : “Effectivement, on aurait pu avoir l’impression que l’ordre est rétabli. Nous pourrions être moins mal à l’aise. Or il n’en est rien. Ce n’est pas vrai que les choses ont changé. En Chine, l’organisation des prélèvements d’organes sur des pratiquants du Falun Gong et des condamnés à mort passe par les tribunaux et les hôpitaux militaires. Rien n’a changé ! Voyons les chiffres : 200 à 300 patients recensés en mort encéphalique en Chine. Or y sont effectuées quelque 12.000 transplantations par an (40.000 transplantations par an sur 2006 et 2007, selon certaines sources polémiques), tous organes confondus ! Si vous voulez le détail : 5.000 transplantations hépatiques ; 15.000 transplantations rénales ; 5.000 transplantations cardiaques, ... [A titre de comparaison, on réalise en France entre 4.000 et 5.000 greffes par an, soit dix fois moins qu'en Chine].
En Chine, les institutions de transplantation sont contrôlées par l’armée, ce qui signifie que les chirurgiens transplanteurs sont des personnels militaires. Les hôpitaux qui réalisent des transplantations sont contrôlés par l’armée. Le système est donc bien rôdé, et la loi de mai 2007 ne permet en rien de mieux contrôler la situation ! En Amérique du Sud, la situation du trafic d’organes est mieux contrôlée. Une Magistrate auprès de la Cour Suprême d’Argentine a enquêté et donné ses conclusions récemment. Je rappelle qu’en France, dans la seconde moitié des années 50, les premières transplantations d’organes (des reins) ont été faites en utilisant des condamnés à mort.”
[ Une anecdote quelque peu macabre : les premiers prélèvements de reins effectués en France dans cette situation l’ont été sur des condamnés à mort, guillotinés à la prison de La Santé. Juste après leur exécution, une équipe médicale se précipitait sur eux, afin de remplacer leur sang par des liquides de refroidissement, et une ambulance conduisait à l’hôpital ces "candidats" au prélèvement d’organes (reins)... Source : http://www.canalc2.tv/video.asp?idvideo=6012 ].
| De gauche à droite : Pr. Francis Navarro, Michel Wu, David Kilgour, Jianping Zhang (journaliste à “La Grande époque”), Catherine Coste | Professeur Yves Chapuis : “On a mis le doigt dans un engrenage terrible ! Il y a une attitude ambivalente, une ambiguïté extraordinaire de la part des chirurgiens et des politiques français !” |
A vous la parole !
"Ai été le 27/11 au colloque annuel du groupe éthique Maurice Rapin (soutenu par le laboratoire pharmaceutique Pfizer) dont le thème était la révision des lois bioéthiques, avec une partie de matinée consacrée aux prélèvements à coeur non battant.
Intéressant. Surtout d'entendre les médecins spécialistes exposer et se poser plein de questions (tout en ne remettant pas en cause la pratique) et la cheffe de l'Agence de la biomédecine, marteler a contrario ses certitudes en déclarant que les prochaines campagnes de communication (pour promouvoir la greffe) seront toutes axées pour marteler que les potentiels donneurs d'organes vitaux prélevés sont tous morts et archi-morts."
Ma réaction :
Merci pour cette information. Désolée, mais mon point de vue est que, dans le contexte d'un prélèvement d'organes vitaux sur un potentiel donneur en état de "mort encéphalique" ou "à coeur non battant", le constat légal de décès précède la mort physiologique de ce patient, justement afin de pouvoir réaliser un prélèvement. Comment prélever des organes vitaux sur un mort ?? La justification éthique du prélèvement repose-t-elle sur la mort de ce potentiel donneur d'organes qui, dans les faits, est mourant - même s'il est légalement mort ? ... Il serait temps d'envisager le don d'organes vitaux dans un contexte de fin de vie (loi Leonetti d'avril 2005), mais à lire votre témoignage, je comprends que ce n'est pas pour demain ...
Témoignage : Proche confrontée au don d'organes :
Je voudrais à présent parler d'un témoignage tout récent : il m'a été confié le 3 décembre 2009. Une mère a décidé de faire don des organes de sa fille s'étant retrouvée en mort encéphalique suite à un accident de la route. Suite à cet accord, elle a pu constater que sa fille a été réanimée durant deux bonnes heures avant que le prélèvement puisse s'effectuer. Elle a vécu cet épisode de réanimation (afin de maintenir les organes en vie artificielle, à des fins de prélèvement) comme une douloureuse épreuve, dont elle ne se remet pas, et se demande toujours si sa fille a souffert "par sa faute" (car elle avait autorisé le don d'organes). Aujourd'hui, elle dit : "Si j'avais su que les choses se passeraient ainsi, je m'y serais opposée". Certes, il s'agit d'un cas particulier. Mais il est révélateur. Si on cache aux familles confrontées au don d'organes vitaux ces problèmes de fin de vie dans le cadre d'un don d'organes, alors on pratique la politique du don forcé. Le don forcé, c'est un des dangers de l'industrialisation du don d'organes. Un autre de ces dangers : le trafic d'organes.
Le don ne peut être que libre, fruit d'un consentement éclairé, résultant d'une information. Il ne peut être le fruit amer de l'ignorance ("Si j'avais su ..."). La politique du don forcé (près de 14.000 patients en attente de greffe !! Voilà qui constitue une formidable pression !) ne peut aboutir à un consentement éclairé donné par les proches confrontés au don d'organes vitaux.
Le don forcé : un changement qualitatif induit par la quantité ?
Il constitue à mon avis un des dangers de l'industrialisation du don d'organes. Si on en arrive là, alors on pourra dire qu'entre le "don" d'organes vitaux (que j'appellerai le don forcé), le vol d'organes (les organes prélevés sur des condamnés à mort en Chine, sans le consentement de quiconque et avec la complicité de l'armée), et la vente d'organes (est-ce un vrai commerce ? S'agit-il d'une "vente forcée" ?), la différence est trop maigre. Bien plus qu'elle ne devrait l'être ! Elle devrait être énorme. Elle ne l'est pas. Dans ces trois cas (don forcé, vol, vente), on assistera (ou assiste-t-on déjà ?) à un changement qualitatif du don d'organes, lequel changement est induit par la quantité. Les listes de patients en attente de greffe explosent. Aujourd'hui, en France, 80 pour cent des quelque 14.000 patients en attente de greffe attendent un rein. Mais n'oublions pas, toujours en France, les quelque 600.000 patients non dépistés, atteints d'hépatite C et qui l'ignorent encore actuellement, et qui demain auront besoin d'une greffe du foie en urgence pour survivre. Aujourd'hui, la liste des patients en attente de greffe de rein explose. Demain, ce sera celle des patients en attente de greffe de foie. Nous pouvons bel et bien parler d'un changement qualitatif induit par la quantité. Ceux qui croient lutter contre l'industrialisation, la marchandisation des organes vitaux, en opposant le don, se font les alliés de cette industrialisation pour peu qu'il s'agisse d'un don forcé. Répéter que le don est un devoir, faire de la générosité un devoir de "don" (don forcé) d'organes, affirmer que le don est le contraire du repli sur soi et de l'égoïsme, c'est forcer le don, c'est aggraver les choses. Ceux qui forcent sur le don (don forcé) en croyant ainsi s'opposer à l'industrialisation ne font qu'éviter un péril pour tomber sur un autre, c'est à dire tomber de Charybde en Scylla, ou, comme disent les Anglo-Saxons, sauter de la poêle à frire dans le feu ("to jump from the frypan into the fire").
Quelle alternative ? Où se situe la vraie opposition ?
Si le don est un don forcé, la vraie opposition ne se situe plus entre le don et les autres formes d'industrialisation du don d'organes (vol, trafic, vente). La vraie alternative est organique et/ou mécanique : c'est le développement des organes de remplacement par les cellules souches, c'est le développement de l'assistance circulatoire mécanique ("mechanical circulatory support"), par exemple avec le "Berlin Heart" ("coeur de Berlin") : un coeur artificiel qui, aujourd'hui déjà, constitue une réelle alternative à la transplantation cardiaque.
Vers un changement de paradigme ?
Aujourd'hui, on nous répète que le don d'organes est le seul système trouvé pour éviter de tomber dans la vente. L'année 2009 qui s'achève a été celle du don comme Grande cause nationale : don d'organes, de sang, de moelle osseuse, etc. Ce traitement du don comme Grande cause nationale a-t-il permis de résoudre le douloureux et sempiternel problème de la pénurie d'organes à greffer ? Hélàs, non. Alors ... Est-on prêt pour un changement de paradigme ? Hélàs, non.
Pourtant, ce changement de paradigme majeur se fera. Trop de médecins, chirurgiens, philosophes, sociologues l'attendent, y travaillent, jour après jour. Ils travaillent à ce que le développement du coeur artificiel ne soit plus mis en concurrence avec le don d'organes, ce qui freine le développement de l'assistance circulatoire mécanique (le coeur artificiel). Ils travaillent à ce que le don de sang de cordon ombilical (tout à fait indolore et sans conséquence pour la santé du bébé et de la mère) ne soit plus mis en concurrence avec le don de moelle osseuse pour soigner certaines formes de leucémie - le don de moelle osseuse nécessite une anesthésie et une hospitalisation du donneur, contrairement au don de sang de cordon ombilical ...
Sommes-nous prêts à voir les alternatives qui existent ? Je souhaiterais rappeler ici les propos d'une sociologue américaine, Renée Fox, qui, dans son livre intitulé "Spare parts" ("Pièces détachées"), dénonce la "dérive d’un pouvoir médical excessif et des efforts faits par la société pour perpétuer sans fin la vie et réparer, reconstruire l’homme par le remplacement d’organe. Nous voulons nous séparer des souffrances humaines, du mal social, culturel, spirituel qu’engendrent ces excès sans limites."
Ayons l'honnêteté intellectuelle de voir la réalité des faits en face : le don d'organes est en pleine mutation : un changement qualitatif, induit par la quantité, est bel et bien à l'oeuvre dans les transplantations d'organes (don d'organes vitaux à partir de donneur "décédé"). Ce changement reflète bien cette dérive dont parle la sociologue américaine Renée Fox. Il nous faut sortir de cette dérive, qui constitue une grave menace pour le système du don d'organes - car avec ce changement qualitatif induit par la quantité, c'est bien tout le système qui est remis en cause. Voulons-nous de l'industrialisation du don d'organes ? Voulons-nous mourir en étant réanimé(e) deux heures avant d'aller au don d'organes ? Ou bien voulons-nous concrétiser ce changement de paradigme majeur qu'appelle de ses voeux la sociologue américaine Renée Fox ? En ce qui me concerne, j'ai fait mon choix.
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Journées Annuelles d’éthique du CCNE
Entre l'homme réparé et l'homme augmenté
Les Journées Annuelles d'Ethique du Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE), cette année les 24 et 25 novembre 2009 (Programme), constituent un point de rencontre et de débat entre spécialistes, institutionnels et citoyens sur les sujets de bioéthique.
Mes notes sur la partie "Travail avec les lycéens" :
==> Version PDF (Doc. PDF, 71 Ko.)
Lycée polyvalent Marseilleveyre, Marseille - "Le don".
Lycée Grand Chênois, Montbéliard - "Un cas de refus de greffe".
Des élèves de Marseille et de Montbéliard ont effectué une présentation commune sur le thème du don : don de gamètes, don d'organe de son vivant. Ces élèves ont été encadrés par leur professeur de philosophie (Marseille) et d’anglais (Montbéliard).
Un cas de refus de greffe ("binge drinking") : comment trancher entre justice inhumaine et injustice humaine ?
Vous pouvez écouter cet exposé sur le don. Attention, le son n'est pas excellent, il faut mettre vos haut-parleurs à fond et l'écoute avec casque marche mieux !
Version audio :
Don d’organes : il était une fois… la générosité
Télécharger le document PDF (10 pages, 160 Ko) : Don d’organes : il était une fois… la générosité
==> Lien
==> Lire cet article sur AgoraVox, le journal citoyen en ligne (lien)
Transplantation et clichés : Ils ont la peau dure !
Analyse de quelques clichés ou instantanés prêts à consommer sur laLe 7 septembre 2009, soit la semaine suivant le congrès de l’"European Society for Organ Transplantation" (ESOT) à Paris, on avait des nouvelles de la première "greffée du visage", Isabelle Dinoire. Il s’agissait d’une première mondiale de ce qui a été appelé "la greffe des tissus composites de la face".
« greffe du visage ».
==> [Lire cet article sur AgoraVox, le journal citoyen en ligne : lien]
"La greffe présente des résultats satisfaisants à trois ans, selon les derniers résultats présentés mardi au congrès de l’European Society for Organ Transplantation (ESOT) à Paris. En novembre 2005, les professeurs Bernard Devauchelle, Sylvie Testelin, docteurs Christophe Moure, Cédric d’Hauthuille du CHU d’Amiens et le professeur Benoît Lengelé de l’Université Catholique de Louvain, ont réalisé en collaboration avec l’équipe du professeur Jean-Michel Dubernard du CHU de Lyon la première greffe partielle du visage au monde (greffe du triangle formé par le nez et la bouche) sur une femme de 38 ans, Isabelle Dinoire. Cette opération eut lieu entre les dimanche 27 et lundi 28 novembre au CHU d’Amiens.
Cette patiente avait perdu une partie de son visage, dévoré par le labrador de sa fille, durant un coma causé par la prise de somnifères. Cette opération a reçu un avis favorable de la commission d’éthique. La polémique a porté sur sa fragilité psychologique (une rumeur faisant de cette prise de somnifères une tentative de suicide), sur l’identité à conserver avec le visage d’un autre, et sur le rôle de la presse anglaise qui a couvert l’évènement.
Un an après l’opération, un bilan fait état du retour de la mobilité et sensibilité de la zone greffée ; la patiente peut à nouveau manger, parler et sourire, et sortir en public sans attirer l’attention. Après dix-huit mois de recul, le résultat est toujours bon, avec seulement deux épisodes de rejets qui ont été maitrisés. La sensibilité au toucher et à la chaleur est devenue normale au bout de 6 mois [...]. Toutefois, malgré le succès
de la greffe, les risques de rejet sont grands. Il faut prendre un traitement à vie et faire des exercices pour récupérer la mobilité de son visage.
'La patiente a complètement retrouvé sa sensibilité ainsi que ses facultés motrices, ce qui autorise une fermeture totale de la bouche, lui permettant de manger, de boire et d’avoir une élocution normale. Les résultats esthétiques lui permettent une vie sociale normale’, indique l’équipe dans le résumé de sa communication.
Il convient de souligner qu’Isabelle Dinoire a enduré deux épisodes de rejet aigu, aux jours 18 et 212, qui se sont heureusement résolus après trois ‘bolus’ de corticoïdes. Après un traitement initial par immunoglobulines, ‘tacrolimus’ (Prograf, Astellas), ‘prednisone’ (Cortancyl, Sanofi-Aventis) et ‘mycophénolate mofétil’ (Cellcept, Roche), son régime de maintenance consiste désormais en ‘prednisone’, ‘mycophénolate mofétil’ et ‘sirolimus’ (Rapamune, Wyeth). L’échange du ‘tacrolimus’ par le ‘sirolimus’ est justifié en raison d’une baisse de la fonction rénale six mois après l’opération, qui s’est de nouveau normalisée après cet ajustement thérapeutique. Le ‘sirolimus’ a par ailleurs entraîné une altération du profil lipidique, ’facilement contrôlée par des statines’, précisent les auteurs. ’Trois ans après la greffe, le bilan de ses résultats et de ses complications demeure satisfaisant’, concluent-ils." (source)Prochainement, lundi 3 novembre à 20h 45 sur NT1, dans l’émission "REPORTERS", on pourra suivre un entretien exclusif avec Isabelle Dinoire. En avant-première, voici un extrait de cet entretien (07/09/09) :
« [Journaliste :] Ce visage aujourd’hui, c’est un nouveau visage, c’est votre visage, c’est quelqu’un d’autre ?
[I.D. :] C’est quelqu’un d’autre. [Pause, Ndlr.] Enfin : ce n’est pas elle, ce n’est pas moi, c’est une autre. Au début, vu qu’on m’avait expliqué que c’était comme si c’était un drap qu’on posait sur mon visage, je pensais que j’allais plus me ressembler, mais en réel, pour moi, il y a quand-même une partie à moi et une partie à elle.
[Journaliste :] Alors, votre partie à vous ? Montrez-nous … allez-y !
[I.D. :] Ma partie à moi, c’est le front, les joues, et ici, jusqu’au menton (elle passe deux doigts de chaque main sur le tour de son visage, jusqu’à ce que les doigts des deux mains se rejoignent sous le menton, à la base du cou). Tout le reste appartient à la donneuse.
[Journaliste :] C’est un nouveau visage, mais est-ce que c’est aussi une nouvelle vie ?
[I.D. :] Oui, je pense, quand-même. Il faut s’habituer … Il faut s’approprier le visage, et tout ça, enfin, disons que ce n’est pas comme les autres greffes. ». Source.
On est frappé par le ton très affirmatif d’Isabelle Dinoire au début : "C’est quelqu’un d’autre". On apprend de la bouche d’Isabelle Dinoire que, sans doute aucun, ce visage, c’est quelqu’un d’autre. Les frontières sont donc bien délimitées : il y a la partie du visage à soi, il y a celle qui appartient à l’Autre (la donneuse), et il y a cet ensemble, qui n’est ni tout à fait soi-même ni tout à fait l’Autre. Ce visage, dans sa globalité, est autre. Si on regarde dans le détail, on trouve dans cet "autre" visage des éléments à soi, et des éléments de l’Autre (la donneuse). Isabelle (que l’on me permettra ici d’appeler par son prénom) vit et sait tout cela, elle a ses repères et ses marques. Depuis fin 2005, elle travaille à transformer ce "drap sur son visage", tout théorique, en réel, intime et social.
Mais en quoi consiste cette "nouvelle vie" qu’elle "pense" mener ? Il faut "s’approprier le visage et tout ça (…)". Que représente cette catégorie générique ou générale, vaste ou vague ("tout ça") ? "Tout ça" est mis dans la perspective des "autres greffes", autrement dit : il y aurait la greffe de "visage" d’un côté, et la greffe d’organes vitaux comme le cœur, les reins, le foie, les poumons, de l’autre. Et s’approprier ce visage "autre", cela signifierait : le placer dans une perspective : le "tout ça" signifie la mise en perspective de la greffe du visage – justement par rapport à une greffe "classique" (celle d’organes). Cette greffe du visage serait différente. Il y a la greffe du visage ; et les autres greffes. Certes, les organes ne se voient pas comme le nez au milieu de la figure. Cette mise en perspective va loin : Isabelle, qui n’a pourtant pas subi de greffe(s) d’organe(s) en plus de la greffe des "tissus composites de la face", effectue l’effort (au quotidien ?) de comparer (ou de mettre en perspective) sa greffe (du visage) par rapport aux "autres greffes" (celles d’organes). Il y aurait donc nécessité absolue de voir que la greffe du visage n’est pas une greffe "normale". La greffe du visage serait une greffe "à part".
Prenons à présent des nouvelles d’une autre patiente. Il s’agit de la jeune Hannah Jones, une adolescente britannique dont le refus d’une greffe du cœur avait été médiatisé en novembre 2008. Cette pétillante ado avait fait une leucémie dès son plus jeune âge. En rémission suite à une chimiothérapie, on n’avait pas tardé à découvrir que la chimiothérapie avait provoqué chez la jeune Hannah une grave insuffisance cardiaque. Après plusieurs opérations du cœur et des années d’hospitalisation ne lui laissant que trop peu (pas !) de répit pour profiter de la vie, Hannah avait refusé une greffe du cœur qui devait soi-disant lui "sauver la vie". Cruelle réalité : cette greffe risquait de causer le retour de la leucémie contre laquelle elle avait dû lutter à grand renfort de courage et de temps. A l’époque de son refus de la greffe, Hannah était encore un petit gabarit, de surcroît affaiblie – trop pour assurer la réussite de la greffe, ou même l’implantation avec succès d’un cœur artificiel. Hannah avait alors affirmé son "droit de mourir à la maison", loin des traumatismes infligés en milieu hospitalier ("I’ve had too much trauma"). Toute greffe ne serait-elle donc pas bonne à prendre ? Ce n’est pas ce que dit le discours public. La question des transplantations d’organes est extraordinairement riche et complexe. Le discours public tend précisément à donner à penser … le contraire ! Reprenons le fil de l’histoire d’Hannah : Les mois passent. Notre ado profite de la vie, y prend goût. Au lieu de mourir à la maison, elle se retrouve aux urgences en plein été, cette fois-ci pour une histoire de rein. L’état d’épuisement de son cœur a gravement endommagé ses reins. Sans transplantation – pas de rein, mais du cœur – c’est la mort à brève échéance (dans son cas, la dialyse visant à suppléer à la fonction rénale n’est pas possible, le cœur est trop affaibli). Entre-temps, Hannah a pris des forces, elle n’est plus affaiblie comme lors de la première proposition de greffe en novembre 2008, et la jeune ado s’est développée. Hannah accepte la greffe de cœur. Sa mère, infirmière en soins intensifs, qui avait quitté son emploi pour pouvoir se consacrer à Hannah et à ses autres enfants, précise après l’opération : "C’est le cœur d’un(e) autre qui bat dans sa poitrine". Cette histoire poignante nous enseigne au moins deux vérités qui ne sont pas toujours dites aux patients en attente de greffe et/ou usagers de la santé :- toute greffe n’est pas toujours bonne à prendre "les yeux fermés", (souhaitons qu’Hannah gagne de nombreuses années de vie grâce à ce nouveau cœur, pourquoi pas un cœur artificiel pour permettre au cœur greffé de se reposer dans quelques années, lorsqu’Hannah aura le gabarit adéquat pour l’implantation d’un cœur artificiel ?). Hannah, aidée de sa mère, prépare un livre intitulé "Hannah’s choice" ("Le Choix d’Hannah"), à paraître en mars 2010 aux Editions Harper Collins.
- Les propos d’une greffée de la face ne diffèrent en rien de ceux d’une greffée du cœur. Interviewée après l’opération, Hannah a dit : "(…) je sais que ce cœur est différent du mien" ("(…) I know it’s different") (source). Ce cœur qu’elle a reçu, ce n’est ni le sien, et, au fur et à mesure que le temps passera, ce ne sera plus non plus celui du donneur ou de la donneuse : à force de battre dans sa poitrine, ce cœur deviendra … autre. Différent.
Isabelle, notre greffée du visage, ne dit pas autre chose : ce visage, "ce n’est pas elle [la donneuse, Ndlr.], ce n’est pas moi, c’est une autre".
Cœur autre. Visage autre. Ni soi-même, ni le Donneur ou la Donneuse, mais autre.
Il est intéressant de remarquer que dans la première partie de cet extrait d’interview, Isabelle est affirmative. Ce visage est autre. Elle le sait, le vit. Puis elle nous parle de cette "nouvelle vie" : "Il faut s’approprier le visage, et tout ça, enfin, disons que ce n’est pas comme les autres greffes." Là, elle s’excuse presque de son anormalité. Elle est beaucoup moins assertive ou affirmative. Je dirais presque que ça sent la leçon apprise par les psychologues hospitaliers qui assurent le suivi post-greffe. Un visage, ça se voit ; pas un organe. Certes, mais si la réalité dépassait … le cliché ?
Et si, chère Isabelle, ces "tissus composites de la face" qu’on vous a greffés fin novembre 2005, votre visage "autre", étaient comme le nouveau cœur d’Hannah : ce cœur, il est "différent". Et si, chère Isabelle, la greffe du visage n’était pas si différente d’une greffe d’organe ? J’ai pris à dessein l’exemple du cœur, organe chargé de symbole : siège des sentiments, de l’honneur, de la foi chrétienne, de l’âme, etc. "Avoir du cœur" (du courage), c’est "ne pas perdre la face". Et si, chère Isabelle, c’était vous qui aviez à apprendre aux psychologues hospitaliers (et à nous usagers de la santé), et non l’inverse ? Je vous préfère lorsque vous êtes assertive, sûre de vous. "Ce visage, c’est quelqu’un d’autre. Ce n’est pas moi, ce n’est pas elle [la donneuse], c’est une autre". Comme c’est bien vu ! Votre "disons que ce n’est pas comme les autres greffes" sent, quant à lui, un peu trop la leçon apprise, la concession, le consensus (trop mou). Vous vous excusez de n’être pas comme les autres [greffés] ? A mon humble avis : nul besoin. Paul Valéry ne disait-il pas : "Ce que nous avons de plus profond, c’est la peau" ? Plus profond que nos organes : la peau. Y a-t-il, selon Paul Valéry, plus profond que la peau du visage ? Fi des idées de Paul Valéry : il y aurait la greffe de visage ; et la greffe d’organes. Il ne faudrait pas "mélanger les torchons et les serviettes" : voilà ce que dit le (présumé) "consensus social". Existe-t-il vraiment ? Par qui a-t-il été créé ? Le visage se situerait sur le plan de l’identité sociale ; pas les organes qui, eux, ne se voient pas. Et ces milliers de patients en attente de rein, qui subissent les contraintes quotidiennes de la dialyse, si invalidante sur le plan social et professionnel ? Pour ces patients, si leurs reins ne se voient pas à l’œil nu comme le visage, les contraintes sociales qui résultent de leur insuffisance rénale, elles, se voient comme le nez au milieu de la figure : impossibilité de travailler à temps plein, de mener des études dans de bonnes conditions, d’aller à l’école (absentéisme dû à la dialyse). L’identité sociale, professionnelle, l’identité tout court du patient en attente de greffe de rein : autant d’identités grevées par la dialyse. Visage égale identité ? Pas seulement ! Allez donc demander à un patient en dialyse. J’ai rencontré des patients qui ont reçu un rein et qui peuvent échapper à la dialyse. "Ca a changé ma vie !", m’ont dit certains, tandis que d’autres souffraient de complications. Ceux pour qui la greffe de rein a changé la vie, et qui comparent l’avant et l’après greffe, ne me semblent pas si étrangers à une Isabelle Dinoire privée de vie sociale et professionnelle lorsqu’elle était défigurée, avant sa greffe. "Les résultats esthétiques lui permettent une vie sociale normale", indique l’équipe chirurgicale qui a greffé "les tissus composites de la face" chez Isabelle Dinoire, dans le résumé de sa communication (cité plus haut).
"Quel mal y a-t-il à greffer un organe qui ne se voit pas ? Mais greffer un visage qui se voit, c’est différent. Voilà qui pose des questions d’éthique." Telles sont les sages paroles des spécialistes – à tout le moins, lesdites sages paroles me furent délivrées par un oncle médecin à la retraite.
En d’autres termes, une greffe de pancréas ou de reins ne poserait pas de problèmes d’éthique, serait bien plus anodine qu’une greffe de visage. "Le visage, ce n’est pas anodin. Mais je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un qui s’oppose à la transplantation [au prélèvement et à la greffe, Ndlr.] de pancréas", disait récemment un spécialiste de la transplantation (Dr. Renaud Gruat, Médecin anesthésiste-réanimateur au Centre Hospitalier de Pontoise, coordinateur du réseau nord-francilien de prélèvements d’organes et de tissus à l’Agence de la biomédecine, lors d’un passage télévisé au « Magazine de la santé » en juin 2009). Il faut certes requérir l’accord des proches du potentiel donneur car le prélèvement d’une partie du visage de ce potentiel donneur touche à l’intégrité physique du corps du donneur. Certes. Maintenant, cher lecteur, imagine l’inimaginable. Le prélèvement multi-organes : en présence de la coordinatrice ou du coordinateur des transplantations, sur le corps d’un donneur en état de mort encéphalique, des équipes chirurgicales s’affairent : deux chirurgiens plus un instrumentiste, pour chaque organe ou tissu prélevé : les organes sont le cœur, le foie, les reins, les poumons, les intestins, l’ilot pancréatique (pancréas) ; les tissus sont les valves, les vaisseaux, les cornées, et plus récemment : des "tissus composites de la face" (visage). Tout cela pour sauver, prolonger ou améliorer le confort de 7, 8, peut-être 9 vies … A partir d’un seul donneur ! Mais peut-on parler de "respect de l’intégrité physique du donneur" lorsque le corps qui reste après un prélèvement multi-organes n’est plus qu’une enveloppe vide ? Des yeux sans cornées, un corps sans organes vitaux, ni valves, ni vaisseaux sanguins. Une telle vision cauchemardesque empêcherait n’importe quel proche de faire son deuil. Le corps qui est présenté à la famille est donc un corps "restauré", reconstitué. Pardonnez-moi, je vais être provocante à dessein : un corps rembourré comme une poupée de chiffon ? Ne vaudrait-il pas mieux que la famille voit le corps avant, et seulement avant le prélèvement d’organes et de tissus pour dire adieu, plutôt qu’après l’opération ? Certes le "trompe l’œil" chirurgical peut faire des merveilles (donner l’illusion que le corps a toujours ses organes, ses "tissus composites de la face", ses cornées ou yeux, etc.). Cette illusion est d’ailleurs inscrite dans le règlement : les équipes chirurgicales de prélèvement des tissus et organes sont tenues d’être en mesure de présenter un corps "restauré" à la famille. Voilà qui peut donner bonne conscience au corps médical – travail bien fait : on a restauré le corps du donneur, et en plus 8 à 9 vies vont être changées ! – mais qui ne va pas forcément faciliter le deuil des proches, en tout cas pas de TOUS les proches …
Cher lecteur, continue à imaginer l’inimaginable encore un instant. Comment peut-on prélever des organes vitaux (cœur, poumons, foie, etc.) sur un mort ? Comment récupérer des organes en état de marche sur un cadavre, afin de les transplanter chez un receveur ? Pour cela, il faut que les organes qui vont être opérationnels chez le receveur aient été prélevés sans dommage vital sur le donneur … mort. Mission impossible. On ne peut pas prélever des organes morts, les greffer et leur redonner vie par magie. Les organes du "mort" sont maintenus en vie, le temps du prélèvement. Un mort avec des organes vitaux maintenus en vie, c’est un mourant. Le "mort", lorsqu’on l’amène au bloc pour le prélèvement d’organes, est donc un patient en toute fin de vie. Certes il est mort sur le plan légal (la mort encéphalique équivaut à un constat légal de décès), mais il s’agit là d’un constat de décès anticipé. Sur le plan physiologique, notre donneur est un réservoir d’organes viables. Ce n’est pas là la définition d’un mort. Mort : "qui a cessé de vivre", dit le dictionnaire. Certes, la personne "a cessé d’exister comme un tout". Mais ce réservoir d’organes qui "a cessé d’exister comme un tout" n’est pas encore un cadavre refroidi. Il faut savoir que dans le cadre d’un prélèvement de "tissus composites de la face" à partir d’un donneur en état de mort encéphalique, ce prélèvement interviendra après le prélèvement des organes vitaux tel qu’il aura été autorisé par les proches du donneur.
En ce qui concerne le constat de décès du potentiel donneur d’organes sur le plan de l’éthique : les prélèvements d’organes vitaux et ceux de "tissus composites de la face" posent des problèmes d’éthique strictement identiques. Le "dogme" ou la "règle du donneur mort" (je reprends entre guillemets les termes que l’on trouve dans les articles scientifiques sur le sujet) interdisent de se poser des questions sur la mort du donneur d’organes : le donneur est mort, c’est inscrit dans les lois bioéthiques de 2004, ce sont des "organes cadavériques" qui sont prélevés. Et pourtant, le 06/05/09 avait lieu à l’Académie Nationale de Médecine à Paris la rencontre intitulée : "Prélèvements et greffes d’organes" : "Consentement présumé, relations avec la famille, donneurs décédés et vivants, gratuité et anonymat." Le Professeur Bernard Devauchelle, chef de service de chirurgie maxillo-faciale, CHU d’Amiens, "celui qui a greffé Isabelle Dinoire", comme disent les media (ou médias), a parlé à cette occasion des prélèvements d’organes comme d’une "cérémonie" : je cite :"Cette cérémonie du prélèvement d’organes se fait avec un respect du corps de celui qui est encore en vie et qui ne le sera plus après, ça c’est un point important qu’il convient de souligner." (Source : http://www.espace-ethique.org/fr/video_am_bioethique.php)
Il a également rappelé cette réalité : le donneur d’organes est "mourant", non "mort".S’agirait-il là d’un point de vue purement personnel, qui n’engagerait que le Professeur Devauchelle ? Il ne m’a pas semblé entendre quiconque protester dans l’assemblée, parmi les éminents Professeurs membres de l’Académie Nationale de Médecine alors présents. Il ne s’agit donc pas, ou pas seulement, d’une prise de position à titre personnel, lorsque le Professeur Devauchelle rappelle que le donneur d’organes en état de mort encéphalique est mourant et non mort. Le Professeur Devauchelle est d’ailleurs, faut-il le rappeler, rompu à la pratique des prélèvements et greffes d’organes et de "tissus composites de la face". En tant que pionnier de la "greffe de la face", il a sans aucun doute une vision aigue des problèmes éthiques posés par les prélèvements et greffes d’organes.
Il n’est d’ailleurs pas le seul. Des spécialistes américains du diagnostic de la mort encéphalique et des prélèvements "à cœur arrêté", appartenant pour certains à la prestigieuse Harvard Medical School, réclament depuis août 2008 ce que l’on pourrait appeler un ambitieux "changement de paradigme" : la "règle du donneur mort" aurait vécu, et même si cette règle a été utile lors des débuts des transplantations, il conviendrait à présent de s’en affranchir, pour plus de transparence, et non pour modifier la réalité de pratiques de prélèvement d’organes qui invalident depuis longtemps cette "règle", ou ce "dogme" (qui a valeur légale) du "donneur mort". Depuis longtemps, la justification éthique des prélèvements d’organes ne serait plus la "règle du donneur mort", alors même qu’aux débuts des transplantations, il a été dit que c’était parce que le donneur d’organes était mort que les prélèvements d’organes vitaux sur son corps étaient possibles. (Source).
Je disais donc qu’il me semble que les prélèvements d’organes vitaux et ceux de "tissus composites de la face" posent des problèmes d’éthique strictement identiques, en ce qui concerne le constat de décès du potentiel donneur d’organes sur le plan de l’éthique, car dans les deux cas, le donneur d’organes en état de mort encéphalique est un patient en toute fin de vie. La mort encéphalique équivaut à un coma dépassé. Sur le plan médical, aucun patient n’a jamais réchappé à un coma dépassé, qu’il ait été fait don des organes de ce patient ou non. Voir la mort encéphalique comme un constat de décès anticipé sur le plan légal afin de permettre le prélèvement d’organes chez un patient en coma dépassé permet de se poser la question de la toute fin de vie du donneur d’organes. Le Professeur Devauchelle n’élude pas cette question lorsqu’il dit : "Cette cérémonie du prélèvement d’organes se fait avec un respect du corps de celui qui est encore en vie et qui ne le sera plus après, ça c’est un point important qu’il convient de souligner." (Propos cités plus haut).
Finalement, le prélèvement d’organes comme le pancréas (pour soigner le diabète), qui n’ont pas la portée symbolique du visage ou de "tissus composites de la face", ne va pas sans soulever des questions d’éthique. Prélèvement d’organes, prélèvement de "tissus composites de la face", même combat : quelle fin de vie pour le donneur d’organes et de tissus ?
Certains clichés ont la peau dure, ils seraient pourtant à nuancer : la greffe du visage, ce n’est pas la même chose que les autres greffes ; le prélèvement d’organes sans portée symbolique tels que le pancréas ne pose pas de problèmes d’éthique, contrairement au prélèvement de "tissus composites de la face" …
Et que dire de la transplantation rénale : plus de 13.700 patients en attente de greffe, la majorité attend un rein. Côté donneurs : va-t-on élargir, modifier les critères de la mort pour trouver plus de donneurs de reins afin de faire face à la pénurie de "greffons" ? Côté patients en attente de greffe : sur quels critères établir des règles de répartition des "greffons" parfaitement équitables, dans un contexte de pénurie de "greffons" (222 patients morts en 2008 "faute de greffe") ?
Vous avez dit "faute" ?
Elargir, modifier les critères de la mort afin de pouvoir prélever plus de reins : et si la transplantation rénale posait des problèmes d’éthique pesant autrement plus lourd dans la balance que ceux liés à la transplantation de "tissus composites de la face" ? Pourquoi existerait-il tout juste un droit à la greffe pour une Isabelle Dinoire d’un côté, et une obligation à la greffe – ou droit opposable à la greffe – pour les milliers de patients en attente de greffe de rein de l’autre ? Pourquoi deux poids deux mesures ? Le don d’organes n’est pas un dû, ni un droit opposable, ni un devoir. Le don d’organes est un don.
Pour les chiffres de la greffe, voir le site de l’Agence de la biomédecine :
http://www.agence-biomedecine.fr/agence/les-chiffres.html







