Le concept de mort encéphalique, qui date de 1968, a 40 ans. C'est en 1968 qu'un 'rapport' de Harvard remplaçait l'arrêt cardio-vasculaire comme signe de la mort clinique par celui de l'électro-encéphalogramme plat.
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Le concept de
mort cérébrale est validé aux USA le 5 août 1968, par la
déclaration de Harvard, et le 25 avril 1968 en France par la
circulaire Jeanneney. Dans le même temps, les deux pays se gardent bien de préciser les critères de cette
mort cérébrale : pour les Américains, ces critères doivent être établis en fonction des connaissances scientifiques, tandis qu'en France, si la circulaire de 1968 dit que l’élaboration des critères va être "imminente et proposée par l’Académie de Médecine", ces critères ne seront donnés que 28 ans plus tard, avec la
loi de la bioéthique de 1996 ! La France a donc eu quelques mois d’avance sur les Américains pour décréter que la mort cérébrale était un état de mort. En France, deux jours après la promulgation de cette circulaire, la première greffe à partir d’un donneur considéré en mort cérébrale avait lieu.
Le 2 septembre 2008, en Italie,
l'Osservatore Romano revient sur le critère de mort cérébrale :
"Le quotidien du Vatican remet en question la mort cérébrale comme critère de la fin de la vie dans un article publié (...) en première page, à l'occasion du quarantième anniversaire du 'rapport' de Harvard publié en 1968 qui remplaçait l'arrêt cardio-vasculaire comme signe de la mort clinique par celui de l'électro-encéphalogramme plat. Selon l'auteur de l'article, 'la justification scientifique d'un tel choix est remise en cause par de nouvelles recherches.' Citant des cas de femmes enceintes dans un coma irréversible ayant été maintenues en vie pour permettre la naissance de l'enfant, l'article affirme que 'l'idée que la personne humaine cesse d'exister quand le cerveau ne fonctionne plus (...) entre en contradiction avec le concept de la personne de la doctrine catholique et avec les directives de l'Eglise face aux cas de comas persistants'." (source)
La "règle du donneur mort" largement battue en brèche :Cette règle donne force de loi au principe selon lequel aucun prélèvement d'organes ne saurait avoir lieu sur un donneur d'organes dont l'état de mort n'aurait pas été reconnu de manière certaine et univoque. Bien sûr, il ne s'agit pas ici du don d'organes de son vivant, mais du don d'organes dits "cadavériques". Cette "règle du donneur mort" est donc remise en cause dans le cas de la
mort encéphalique, comme le montre l'article publié le 2 septembre 2008 dans le quotidien du Vatican. Notons néanmoins que dans le
discours de Jean-Paul II du 29 août 2000 aux participants du congrès international de la Société des transplantations, le défunt Pape se montre favorable au concept de mort encéphalique. Il faudra donc encore attendre pour savoir quelle position l'Eglise catholique adopte au sujet de la mort encéphalique.
Un article paru dans la presse suisse du 03/09/08 précise :
"Cet article de
L’Osservatore Romano explique ainsi que le 'rapport de Harvard', paru en 1968, a changé 'la définition de la mort, se fondant non plus sur l’arrêt cardiaque mais sur un encéphalogramme plat : dès lors, l’organe qui indique la mort n’est plus seulement le cœur mais le cerveau'. 'Il s’agit d’un changement radical de la conception de la mort - qui a résolu le problème du débranchement de la respiration artificielle, mais qui a surtout rendu possible les transplantations d’organes'." (
source)
Il semble donc nécessaire de redéfinir les conditions pour la transplantation d'organes. Pour le quotidien du Saint-Siège, "l’Eglise catholique aussi, consentant aux transplantations d’organes, accepte implicitement cette définition de la mort", même si elle le fait "avec beaucoup de réserves". "Aujourd’hui, de nouvelles recherches (…) mettent justement en doute le fait que la mort du cerveau provoque la désintégration du corps", affirme encore
L’Osservatore Romano. "Ces considérations ouvrent bien sûr de nouveaux problèmes pour l’Eglise catholique, dont l’acceptation du prélèvement des organes de patients morts cérébralement, dans le cadre d’une défense de la vie humaine intégrale et absolue, tient seulement sur la certitude scientifique présumée que ceux-ci sont effectivement des cadavres".
"Mais la mise en doute des critères de Harvard ouvre d’autres problèmes bioéthiques pour les catholiques : l’idée que la personne humaine cesse d’exister quand le cerveau ne fonctionne plus, alors que son organisme, grâce à la respiration artificielle, est maintenu en vie, comporte une identification de la personne avec ses seules activités cérébrales, et cela entre en contradiction avec le concept de personnes selon la doctrine catholique, et donc avec les directives de l’Eglise vis-à-vis des cas de coma persistant", ajoute le quotidien du Saint-Siège.
Pour
L’Osservatore Romano, le 40e anniversaire de la nouvelle définition de la mort cérébrale semble donc rouvrir la discussion qui avait eu lieu pour la première fois en 1968 lors d'un colloque sur la
mort encéphalique, d’un point de vue scientifique mais aussi au sein de l’Eglise catholique.
La notion de mort par "arrêt cardio-respiratoire persistant" également battue en brèche :
Dans le
New England Journal of Medicine (NEJM), revue médicale scientifique anglo-saxonne majeure, un article publié le 14/08/2008 concerne les prélèvements d’organes "à coeur arrêté" aux USA et au Canada. Cette technique de prélèvement d’organes, dite "à cœur arrêté", se pratique depuis plus de quinze ans aux USA et au Canada. Sa pratique en France est plus récente : une loi datant de 2006 autorise désormais la reprise de cette technique de prélèvement d’organes, afin d’étendre le
pool des donneurs d’organes face à la pénurie de greffons. Jusque là, en France, seuls les patients en état de mort encéphalique pouvaient être considérés comme donneurs d’organe(s). Depuis 2006 en France, une situation d’arrêt cardiaque peut faire de chacun de nous un donneur d’organes potentiel. Or l'état d'"arrêt cardio-respiratoire persistant" ne semble pas pertinent pour définir l'état de mort : l’article du NEJM soulève la question des limites des prélèvements "à coeur arrêté" – "Donation after Circulatory Death" en anglais (DCD). Cet article a été rédigé par le Professeur James L. Bernat, service de neurologie, Dartmouth Medical School, Hanover, New Hampshire, USA. (
lire).
La loi de 2006 en France, autorisant les prélèvements "à coeur arrêté", ainsi que la loi de bioéthique de 2004, qui a légiféré sur la
mort cérébrale, devraient donc faire l'objet de débats à l'occasion de la révision des lois de bioéthique, prévue à horizon 2009-2010. Notons que la loi de bioéthique de 2004, qui constitue une révision de celle de 1996, a toujours cours actuellement en France.
Les prélèvements d'organes seront-ils autorisés sur des personnes dont l'état n'équivaut pas à la mort ? Avant de pouvoir répondre à cette question, on peut constater qu'aujourd'hui, l'état de mort d'un point de vue légal et l'état physiologique réel (distinct de l'état légal) du donneur d'organes dit "mort" ne coïncident plus (
lire). Il est temps de convier le grand public à un débat autour de ce constat, car la pratique des prélèvements d'organes sur donneurs "morts" doit impérativement recueillir l'acceptation sociétale. Aujourd'hui, le don d'organes (organes
cadavériques) présuppose la mort du donneur. Qu'en sera-t-il demain, après invalidation des critères de mort sur lesquels reposent les prélèvements d'organes ?