Scientific MOOCs follower. Author of Airpocalypse, a techno-medical thriller (Out Summer 2017)


Welcome to the digital era of biology (and to this modest blog I started in early 2005).

To cure many diseases, like cancer or cystic fibrosis, we will need to target genes (mutations, for ex.), not organs! I am convinced that the future of replacement medicine (organ transplant) is genomics (the science of the human genome). In 10 years we will be replacing (modifying) genes; not organs!


Anticipating the $100 genome era and the P4™ medicine revolution. P4 Medicine (Predictive, Personalized, Preventive, & Participatory): Catalyzing a Revolution from Reactive to Proactive Medicine.


I am an early adopter of scientific MOOCs. I've earned myself four MIT digital diplomas: 7.00x, 7.28x1, 7.28.x2 and 7QBWx. Instructor of 7.00x: Eric Lander PhD.

Upcoming books: Airpocalypse, a medical thriller (action taking place in Beijing) 2017; Jesus CRISPR Superstar, a sci-fi -- French title: La Passion du CRISPR (2018).

I love Genomics. Would you rather donate your data, or... your vital organs? Imagine all the people sharing their data...

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Médecine de remplacement, e-santé, télémédecine : quel rapport ??

L'habitude (le travers) français est le cloisonnage, l'hyperspécialisation. De ce point de vue, parler de e-santé et de télémédecine sur un blog intitulé "éthique et transplantation d'organes", c'est mélanger les torchons et les serviettes, n'est-ce pas, on n'a pas idée ... La médecine holistique (holistic health), bien connue aux USA, qui considère la personne comme un tout et non pas comme équivalente à son organe malade, par exemple, ou à sa maladie chronique, est inconnue chez les Gaulois ... Et la convergence nanotech - biotech - medtech, alors ? ... Je m'explique ...

La médecine de remplacement, c'est la greffe et le prélèvement d'organes vitaux et de tissus. Tout récemment, des chirurgiens ont réalisé un exploit en Suède : greffer à un patient atteint d'un cancer une trachée artificielle, avec les cellules souches du patient - donc sans recourir à un donneur en état de "mort encéphalique", pas non plus besoin, pour le patient greffé, de prendre des médicaments anti-rejet à vie, qui causent de redoutables maladies : cancer, diabète, insuffisance rénale ... (lire) Les imprimantes 3D ont fait leur apparition : "Une imprimante à cellules : Un appareil extraordinaire a fait son apparition dans les laboratoires : l'imprimante 3D à cellules. En effet, il serait beaucoup trop long d'ensemencer une matrice extracellulaire d'un organe entier avec les techniques habituelles. L'imprimante ressemble à une banale imprimante de bureau, sauf que sa cartouche est remplie d'une 'bio-encre', les cellules." (Michèle Biétry, "Guérir avant d'être malade. Les promesses de la nanomédecine", Robert Laffont, 2011, extrait cité p.190, copyright Robert Laffont S.A., Paris, 2011).

Gageons que cette percée, en ce qui concerne la trachée, sera suivie d'effets pour la transplantation d'organes et de tissus autres que la trachée. La nanotechnologie et les cellules souches issues, par exemple, du sang de cordon ombilical, permettent en effet ces nouvelles techniques : fabriquer de la peau pour les grands brûlés, permettre à un foie de se régénérer ... Aujourd'hui la peau, la trachée, le foie ... demain les reins ? A quand le coeur ? Des micro-pompes à débit continu pour assister un coeur défaillant sont au point, rendant la transplantation cardiaque inutile dans certains cas - en fait, dans bien des cas -, le coeur artificiel de chez Carmat est en route ... A l'aide de la chirurgie assistée par ordinateur (le système da Vinci TM, de la société californienne Intuitive Surgical Inc. et Europe), le chirurgien opère à quelques mètres du patient, assis à une console qui restitue une image en 3D très haute définition du champ opératoire, tandis qu'il manipule, de la console, les trocarts porteurs d'instruments mini-invasifs qui vont opérer dans le corps du patient. Pour cela, plus besoin d'une large incision : quelques petits trous de quelques millimètres suffisent ... Cette méthode, largement utilisée aux USA, mais aussi un peu en France, par exemple au CHU de Nancy, permet de prélever le rein d'un donneur vivant ... On imagine aisément l'avantage d'une opération moins invasive pour le donneur vivant : cicatrice moins large, moindre risque d'infection et de complications post-opératoire, temps de récupération plus court, moins de douleur, retour à la vie active accéléré, temps d'hospitalisation raccourci ... Grâce à la chirurgie non invasive, ou "endoluminale" (par les voies naturelles), on peut opérer sans aucune incision. C'est le défi qu'a relevé avec succès la société américaine EndoGastric Solutions, par exemple, pour opérer du reflux gastro-oesophagien sans la moindre cicatrice ...

Rappelons que la télémédecine est l'utilisation des nouvelles technologies informatique à l'initiative du médecin ou autre soignant, tandis que la e-santé, c'est la même chose, mais à l'initiative du patient ... qui prend sa santé en main ... Eviter l'hypertension et le diabète, c'est éviter l'insuffisance rénale, qui conduit à la dialyse, puis à la greffe de rein ... 15.000 patients étaient en attente d'un organe en France en 2010, les deux tiers attendaient ... un rein ... Vieillissement de la population, déserts médicaux (banlieues chaudes, zones rurales) : comment assurer la prévention et le suivi de maladies chroniques devenant de plus en plus fréquentes - car la population vieillit - : grâce à la e-santé et à la télémédecine.

L'AppStore se met à proposer des applications permettant de prévenir le mélanome (cancer de la peau) : c'est l'Appli pour iPhone Skin Scan ; on peut aussi mesurer sa tension et son taux de sucre dans le sang grâce à son iPhone ou son iPad : Apple créé la station iHealth (lire), pour 99 EUR ... Un succès ... La société Withings lance aussi son tensiomètre sur iPhone et iPad (lire) ; Sanofi-Aventis France se met au medical device : leur nouvel appareil électronique permettant le traitement et le suivi du diabète sera mis en vente prochainement dans l'AppStore ... une façon de s'assurer plus de clients pour la commercialisation de l'insuline - fabriquée par Sanofi ou par un autre labo pharmaceutique ... Le projet METIS, dirigé par le Dr. Christian Ziccarelli, cardiologue, président du Centre National Professionnel de Cardiologie, permet le suivi à distance de patients souffrant d'insuffisance cardiaque ... Une alerte consultation d'urgence peut être déclenchée grâce à ce dispositif ... Un centre de e-santé se met en place au CHU de Toulouse (Directrice : Anne Decq) ; Lydie Canipel, du Centre d'études et de recherche pour l'intensification du traitement du diabète (CERITD), avec le logiciel Diabeo, montre comment la télémédecine change la prise en charge du patient diabétique de type 1 ... On pourrait encore continuer cette liste, et c'est heureux : la télésanté et la télémédecine se développent ... Même si la France est en retard. Mais nous avons tout de même un labo "biotech", LFB S.A. (PDG : Christian Béchon), le LESISS (Délégué Général : Yannick Motel) pour encourager et soutenir le développement d'acteurs (PMI-PME) innovants dans le domaine de la e-santé, de la télémédecine et autres domaines dits "2.0" ... On assiste, dans le domaine de la santé, à une convergence entre les nanotechnologies, les biotechnologies, la génomique ... Les cloisons qui existaient entre la biologie, la médecine, les nouvelles technologies sont tombées ... Alors, isoler la médecine de remplacement du reste de la santé 2.0 ... En France, la société IntegraGen est experte en génomique clinique (PDG : Bernard Courtieu) ... Inserm Transfert est une société privée, capitalisée par structure publique, de l'Inserm (Président du Directoire : Cécile Tharaud). Leur mission : manager des projets de nanotechnologie, de biotechnologie, de génomique, et trouver des financements pour ces projets ... La mission de valorisation économique et sociale de l'INSERM a été créée en 1983. En 2006 : l'INSERM délègue à INSERM Transfert l'intégralité de sa mission de valorisation. L'INSERM incube des projets, tout en ayant les chercheurs chez eux ... Conflits d'intérêts ? ... Philippe Cuq, Union des chirurgiens de France, nous parle de l'innovation technologique et chirurgicale : éviter le risque de déshumanistion, celui de dérives marketing d'un monde industriel et commercial, la "vraie" innovation devant améliorer la qualité, la sécurité, le service médical rendu, la performance, le confort du patient et du chirurgien ... Les domaines de l'innovation : l'imagerie pré-opératoire et per-opératoire, les voies mini-invasives, l'endoscopie, la coelioscopie, les techniques thérapeutiques endovasculaires, la réalité virtuelle et les simulateurs en 3D, la neuronavigation assistée par ordinateur GPS, la miniaturisation ... La chirurgie assistée par ordinateur (en urologie et en gynécologie, en chirurgie digestive) est économiquement non viable : le système lui-même coûte 2 millions d'Euros l'unité, à quoi il faut ajouter des besoins importants en formation des équipes chirurgicales, une maintenance à 43.000 EUR / an, des consommables coûtant, pour chaque intervention, entre 1.250 et 1.500 EUR ... P. Cuq propose de réaliser des études médico-économiques indépendantes, réactives afin d'évaluer et financer la "vraie" innovation technologique (coût de ces études ? Financées par qui ?), ainsi qu'un rendez-vous annuel entre partenaires conventionnels (UNCAM, UNOCAM etc.) ... On n'est pas sortis de l'auberge ...
 
Je salue tous ces acteurs innovants de la e-santé ou santé 2.0 qui sont venus présenter leur activité lors du Forum e-santé Innov'Tech Santé organisé par Les Echos les 30 juin et 1er juillet 2001 à Paris (voir), en particulier ces médecins qui ont rappelé la recette du succès pour la télémédecine en France : les médecins participent à un outil ; et non : les médecins s'adaptent à un outil. La télémédecine n'a pas de financement pérenne en France ... On peut saluer en particulier l'action du Dr. Jacques Chanlieu, directeur de l'Association Lorraine pour le traitement de l'insuffisance rénale (ALTIR) : chez les patients dialysés à domicile, souffrant d'insuffisance rénale, un logiciel peut désormais détecter, de manière préventive, une complication redoutable et fréquente survenant chez ces patients : l'oedème aigu du poumon ... ce qui permet d'éviter ladite complication, souvent mortelle une fois qu'elle survient, tout simplement en faisant de la ... e-prévention, c'est-à-dire de la prévention médicale assistée par ordinateur ... Le Dr. Jacques Chanlieu est toujours à la recherche de financements pérennes ... Le financement pérenne, c'est la maladie chronique de la télémédecine made in France ...
 
Même si la France passe de la 15ème à la 20ème place dans le classement "The Economist - Digital economy rankings" en 2010 - on n'est donc pas très bons pour intégrer les nouvelles technologies dans l'activité professionnelle (innovante ...) afin de progresser et d'accélérer une croissance qui est en fait une position immobile ... nos toubibs sont désormais capables de médicatwitter, c'est-à-dire "utiliser twitter lors de l’exercice de la médecine. Professionnel de la santé, vous…

•avez un patient qui vous pose problème. Vous envoyez un message à Twitter, la communauté médicale vous aide à poser le bon diagnostic.
•supervisez un robot qui pratique une opération inédite et cliquez pour envoyer les liens vers des photos permettant de suivre l’intervention,
•recevez par messages privés les résultats de contrôles effectués par des patients au moyen d’applications mobiles.
•gérez vos rendez-vous avec le réseau de l’oiseau gazouilleur.

Vous médicatwictez.

Médicatwitcter est un verbe qui recouvre un ensemble d’usages de Twitter lors de pratiques médicales .Si l’utilisation du réseau est lié à un soin, on utilise aussi le verbe 'twoigner'." Cela ne fait pas très sérieux, et pourtant, des procédures chirurgicales sont twittées, des données d'épidémiologie peuvent être glanées sur Twitter, tout cela pour le plus grand bénéfice des soignants et patients :

"Les professionnels de la santé l’utilisent pour suivre les publications et découvertes des médecins et organismes ou encore l’évolution d’une épidémie. Lors de la grippe A, les contributions sur le sujet se comptent en millions. Le débat sur le vaccin faisant rage, la difficulté fut de distinguer le bon grain de l’ivraie dans cette masse d’informations.

Des hôpitaux américains passent par Twitter pour rester en contact avec leurs patients. Ils les informent sur l’actualité de l’hôpital.

L’hôpital Henri Ford de Détroit est allé plus loin en tweetant en direct le retrait d’une tumeur du rein. Le chirurgien décrivait les phases de l’intervention que l’assistant envoyait au réseau. Le docteur Craig Rogers a expliqué que l'objectif dans le 'twittage' de l'opération était que les patients et soignants découvrent qu'une tumeur peut être retirée sans enlever le rein : 'Cette pratique élimine les barrières de la communication. Elle aide à comprendre quelque chose a priori effrayant', explique t-il.

Dans le même esprit, Robert Hendrick, a commenté en direct l'ablation de varices au laser que son médecin était en train de lui faire." (Souce)

Saluons une autre initiative en matière de santé 2.0, celle de MedicalPro TV, qui organisait vendredi 8 juillet une journée débat sur un plateau de web TV collaborative : "La santé 2.0 : rupture et continuité" (voir). Merci à Julien Sénéchal , social TV webcaststory, pour son invitation, j'ai été très heureuse de participer à cette émission de web TV collaborative en "vrai" modèle 2.0 ...

Une réflexion toute simple qu'on se faisait sur le plateau TV vendredi est : puisque tant de médecins sont (mal ou) peu informatisés, pareil (pire) pour les centres hospitaliers (établissements de santé), pourquoi tous ces braves gens ne passeraient-ils pas directement au "cloud" ou "nuage" ? Les données seraient hébergées sur un serveur situé hors du centre de santé ... ou hors du cabinet de médecine libérale ... Reste à savoir à qui appartiendraient les données ? Au patient ? Il y a un risque, inhérent à la propriété des données, mais comme tout risque, cela se gère ... Il est inconcevable que les données appartiennent aux institutionnels (Ordre & cie) bien qu'à mon avis ils voudront tirer la couverture à eux ... Julien Sénéchal m'a dit que le "cloud" dans le domaine de la santé était un des - si ce n'est Le - "dada" des plateaux web TV collaborative sur le thème de la e-santé qu'il organise ... D'autres à venir ...

Merci à Denise Silber (Basil Stratégies) pour nous avoir fait bénéficier de son expertise lors de cette journée d'échanges sur la santé 2.0 ...

Voici quelques intervenants dont vous pourrez apprécier les initiatives :

1) Morgan Remoleur, pharmacien :
http://www.jaibobola.fr/2011/07/e-sante-et-e-commerce-font-ils-bon-menage.html
Remedeo
http://www.remedeo.fr/
morgan@remedeo.fr

Une armoire à pharmacie virtuelle, suite à une thèse qui a obtenu un prix (thèse de l'année). Orange et SFR s'y intéressent, mais Morgan trouve cela trop limitatif et aurait aimé intéresser les experts sport santé et pharmaciens ... Mais les institutionnels qu'il s'est épuisé à rencontrer depuis 2 ans sont peu réactifs ... il est un peu déçu ... Son projet a l'air vraiment très intéressant ... Le pharmacien devient un commercial, rémunéré pour vendre certains médocs (pas les meilleurs, juste ceux qui permettent de faire la plus grosse marge) ... Or qui va-t-on voir en premier pour s'assurer qu'il faut aller consulter (ou si on peut s'en dispenser), donc première source d'info médicale pour nous : notre pharmacien ...

2) Sylvain Ordureau
http://www.usefulprogress.com/
Chairman and Founder (Université Paris Descartes, mais travaille à l'étranger : USA)
sylvain@usefulprogress.com

Sylvain a un nombre incroyable d'anecdotes sur le monde médical, ses biais financiers et déontologiques (parfois les deux vont de pair), les luttes de pouvoir entre mandarins, la désorganisation du système de santé ... Il a aussi une histoire incroyable (son invention d'imagerie médicale 3D l'a fait se retrouver en garde à vue !) ... Il gagne beaucoup d'argent - mais pas grâce à la France qui n'a rien fait pour les petites entreprises, comme il a dit à Sarko au G8 de l'internet récemment, où il a parlé à Marc Zuckerberg (Facebook) qui serait un "gentil" ... Sylvain, c'est un jeune de 38 ans, un peu façon mélange entre Largo et Simon dans "Largo Winch", avec une maturité et une intelligence bouillonnantes ... Médecin chercheur et serial entrepreneur ...

3) Nicolas Maille : IG Healthcare (logiciel santé)
http://www.ig-healthcare.fr/

4) Là c'est un contact de la grand-messe e-santé des Echos (citée plus haut) : Henri-Michel Tranchimand (from Paris), président du conseil de surveillance Santé Assistance
http://www.santeassistance.com/sante-assistance
http://www.docteurclic.com/
hm.tranchimand@santeassistance.com

Il s'agit d'un site internet où les usagers de la santé peuvent poser leurs questions à des soignants pour quelques Euros ... Une pré-consultation en ligne, en quelque sorte ... Henri-Michel s'est presque fait huer par l'Ordre des médecins ... Il a plein de patients francophones canadiens et suisses qui viennent sur son site, pour une pré-consultation ... La bas le toubib ça coute cher et avant d'y aller et d'éventuellement grignoter inutilement leur assurance complémentaire, les "patients" de ces pays veulent s'assurer qu'il y a besoin d'aller voir le toubib ...ou s'ils peuvent se dispenser de consulter ...

5) http://www.dialonics.com/
Hervé le Guillou, Business developer
herve.leguillou@dialonics.com
Hervé est basé à Lannion

6) Dr Ethan Ellenberg
http://www.words4health.com/
un moteur de recherche santé. Ethan est médecin. Je me sers à présent de ce moteur de recherche. Intéressant, surtout pour ce qui est des médicaments pouvant servir pour telle ou telle indication que l'on tape dans le moteur de recherche ... Mais ce n'est là qu'un exemple ...

Droits image :
http://www.blouse-medicale.net/page/4/

Ces biais déontologiques et financiers dans les établissements de santé qui génèrent une "perte de chance" pour les patients

Pour la définition de la "perte de chance", c'est ici.

Professeur Bernard Devauchelle, pionnier de la transplantation faciale, CHU d'Amiens : "L'hôpital public n'a aucune raison de s'effondrer. C'est une question de volonté et d'hommes." (Le Point, 23/09/2010)

"Mondialement célèbre pour avoir réalisé la première greffe de la face, le Pr Bernard Devauchelle dirige au CHU d'Amiens un service de chirurgie.

'L'hôpital public n'a aucune raison de s'effondrer dès lors qu'il est capable de donner les moyens à ses équipes d'innover et d'accomplir des progrès médicaux. Je suis plutôt optimiste. L'hôpital, c'est avant tout des hommes et des femmes. Certes, la contrainte budgétaire est importante. Certes, il y a un environnement réglementaire lourd et parfois pesant. Certes, l'esprit de certains médecins se fonctionnarise dans le mauvais sens du terme. Mais je n'ai rien contre les fonctionnaires, au contraire, je suis l'un des leurs, nous avons le sens de la gratuité et de la générosité et, tant que les équipes hospitalières garderont cette foi, l'hôpital sera capable de s'en sortir. Mais les établissements publics doivent faire des choix. Je pense que les CHU et les centres hospitaliers de grande taille doivent se spécialiser davantage. Mais, contrairement à l'idée devenue aujourd'hui dominante, je pense aussi qu'il faut redonner des moyens aux petits hôpitaux pour les petits soins de proximité, sinon les grands établissements seront engorgés et asphyxiés. Depuis plusieurs années, et dans plusieurs spécialités, des médecins du CHU se rendent en consultation dans des hôpitaux situés à 60, 80 kilomètres, et ça marche. Dans une région comme la nôtre, tout le monde n'a pas les moyens de faire une heure de route pour se faire soigner à Amiens. Enfin, il faut développer la télémédecine pour assister les équipes soignantes isolées et en difficulté et accompagner leurs malades. On a le droit de rêver : cela exige de l'argent, mais c'est avant tout une question de volonté et d'hommes.'" (Source)

Mon analyse de ces propos, à l'attention de l'Archevêque de Monaco, son Excellence Monseigneur Bernard Barsi et du Vicaire Général, Monseigneur René Giuliano ... Ravie d'apprendre que l'Eglise catholique monégasque jette un oeil distrait sur mon (modeste) blog de loin en loin ... Pour rappel : la religion catholique est inscrite dans la constitution monégasque, aucune greffe ni aucun prélèvement d'organes ne se déroulent sur Monaco ... tout se passe à Nice, où il existe un grand centre hospitalier habilité par l'Agence de la biomédecine pour le prélèvement d'organes vitaux sur "donneur" dit "décédé", donc en état de mort encéphalique ... Prochainement, j'ai l'intention de réaliser une interview du Dr. Fabienne Mourou, qui joue un rôle important dans le développement de l'activité autour du sang de cordon ombilical à Monaco ... Les banques de sang de cordon ombilical se développent à Monaco, tandis qu'en France, on commence à peine à se réveiller, après 30 années d'inertie en la matière ... Ladite banque doit-elle être privée ? Publique ? Partenariat public-privé ? Tandis qu'en France les Gaulois tournent en rond dans leur bocal, tout en ayant peur que le ciel leur tombe sur la tête s'ils développent des banques en partenariat public-privé (grande frilosité des politiques), Monaco la catholique et la pragmatique ("aide toi et le ciel t'aidera") s'active et apparemment n'a pas peur que le ciel lui tombe sur la tête ...

 Quels sont ces biais déontologiques et financiers qui affectent l'organisation du système de santé avec ses différentes spécialités ou activités (transplantations d'organes, greffe de sang de cordon ombilical, chirurgie cardiaque, cardiologie, gynécologie, etc.) ? Pourquoi la télémédecine et la e-santé accusent-elles un net retard de développement en France ? Cela va-t-il s'arranger ? Quelle volonté politique pour promouvoir l'innovation dans la santé ? Que fait le gouvernement pour aider les petites entreprises qui souhaitent innover dans le domaine de la télémédecine et de la e-santé, dans celui de la chirurgie mini invasive assistée par ordinateur, ou encore dans celui de la chirurgie non invasive, dite "endoluminale", pour traiter, par exemple, le reflux gastro-aesophagien ? Les spécialités médicales et chirurgicales du futur (celles qui démarrent aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologies) seront-elles bientôt prises en charge par la Sécu ?

Dans le cadre de la création de l'Atelier e-Santé, ou Health iLab, en partenariat avec M. Jean-Michel Billaut, fondateur de l'Atelier Numérique BNP Paribas, et après plus de six années d'observation de l'activité de la médecine de remplacement en France (transplantations d'organes et de tissus), petit tour d'horizon nourri d'exemples et de situations bien concrètes, en 50 mn :

==> Présentation audio

Des questions ? Des commentaires ? N'hésitez-pas !
Au plaisir de vous lire ...
cath.coste@laposte.net

Registre national des refus et consentement présumé : carence démocratique dans la législation du don d'organes

J'ai reçu le message suivant :

"Bonjour, j'ai décidé de m'inscrire sur le Registre National des Refus, géré par l'Agence de la biomédecine. Mais ce registre est-il crédible ? J’en doute puisqu’il est géré par l’agence de Biomédecine qui est loin d’être un exemple de transparence, sachant que cet organisme fait avant tout de la propagande pour les greffes. Admettons que j’ai un arrêt cardiaque demain pont d’Austerlitz. Les secours seraient là très vite étant donné la proximité de La Pitié Salpêtrière. Disons que je meurs dans les dix minutes( et qu’est-ce que la mort ?). N’empêche que ces gens là n’iront jamais vérifier si je suis inscrit sur le registre national de refus du don d’organes avant de pratiquer des gestes invasifs sur mon soi-disant cadavre, style refroidissement corporel ou une circulation extra-corporelle. Je ne serais dans ce cas là pour eux qu’un réservoir d’organes jusqu’au moment où ils interrogeront la base de données de l’agence de biomédecine.

Depuis que je vous le lis, je me suis posé la question, et surtout depuis que les prélévements à coeur arrêté ont repris. J’aimerais bien que vous y répondiez."

La réponse de Catherine Coste, auteure du blog Ethique et transplantation d'organes : Bonjour et merci pour votre message. Vous mettez le doigt sur LA faille dans le système du "don" consenti, anonyme et gratuit, dans un contexte juridique de consentement au don de nos organes à notre mort : le "consentement présumé". Le registre national des refus, géré par l’Agence de la biomédecine, seul les personnels de santé y ont accès. Pas les usagers de la santé. L’usager de la santé (proche d’un potentiel donneur d’organes vitaux, par exemple) n’a aucun moyen de vérifier que les acteurs des transplantations consultent effectivement ce registre. D’ailleurs très peu de personnes y sont inscrites ... Selon une enquête visant à recueillir l'opinion des personnels de santé en général et celle des professionnels des transplantations en particulier, et lancée en septembre 2010 (Optido), les acteurs de la santé pensent que ce registre des refus ne sert à rien ... Il n’y a aucune obligation de preuve pour les acteurs des transplantations lorsqu’ils disent que la loi les contraint à examiner ce registre avant toute chose, lorsqu’un patient est identifié comme potentiel donneur. Cette obligation est théorique. Les proches d'un patient, n'ayant pas accès au Registre National des Refus, n'ont aucun moyen de vérifier si ledit registre a bien été consulté par les soignants, et si oui, à quel moment ... L'opacité du système est totale ... En pratique, l'obligation légale de consultation de ce registre des refus par les soignants (dès qu'un patient est identifié comme potentiel donneur d'organes vitaux) n’est pas toujours respectée, notamment dans le cas des prélèvements "à coeur arrêté", comme vous le mentionnez dans votre message. Les prélèvements "à coeur arrêté", ce sont les prélèvements de reins et foie à partir d’un patient qui a fait un arrêt cardiaque et sur lequel les manoeuvres de réanimation "ont échoué". Ledit patient se retrouve dans un état dit irréversible : c'est l'"arrêt cardio-respiratoire persistant" ; on parle de "prélèvements ’à coeur arrêté’" parce que c’est un terme plus rassurant (permettant d'éviter que le grand public se pose des questions) que "arrêt cardio-respiratoire persistant" ... Pourtant seul ce dernier terme correspond à la réalité physiologique et scientifique de la chose, c'est-à-dire du prélèvement de reins et de foie dit "à coeur arrêté" ...

Le consentement présumé est un consentement obligatoire.

L’Agence de la biomédecine dépend du ministère de la Santé. Elle a pour mission de promouvoir l’activité des transplantations d’organes dans tous les hôpitaux de France. Cette mission est inscrite dans ses statuts. La dernière loi bioéthique, votée en juin 2011, est l’oeuvre de l’agence de la biomédecine. Cette loi réglemente l’activité des transplantations d’organes et de tissus. Le citoyen usager de la santé n’a pas vraiment eu son mot à dire, pas plus qu’il n’est informé sur les "prélèvements à coeur arrêté", pour lesquels il est présumé consentant (loi) ... Rappelons que pour les prélèvements "à coeur arrêté", des manoeuvres de réanimation invasives, au seul bénéfice des organes à prélever, sont effectuées sur un patient avant même de pouvoir établir la volonté dudit patient ... Le Pr. Emmanuel Hirsch, directeur de l’Espace Ethique de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, a parlé d’un "grave déficit de démocratie dans la loi bioéthique de juin 2011" (Forum Innov’Tech Santé, Les Echos, Paris, 30/06 - 01/07/2011).

Mort encéphalique ("Brain death") : les juristes anglo-saxons commencent à s'intéresser au terme de "fiction juridique" ou "fiction légale" dans la définition de la mort

Aujourd'hui, les avocats américains se penchent sur cette "fiction juridique" que constitue cette "mort encéphalique" qui permet le prélèvement d'organes vitaux "post-mortem" ...

Outre-atlantique, les juristes commencent à s'intéresser au concept de "fiction juridique" ou "fiction légale" dans la définition de la mort. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que les critères scientifiques retenus pour annoncer un décès par "mort encéphalique", afin de pouvoir prélever des organes vitaux "post-mortem", ne correspondent pas tout à fait à la mort - mais à un état de coma dépassé. Cet état de fait, totalement absent du discours public sur le don d'organes, pose des problèmes d'éthique et de déontologie qui parviennent aux oreilles des juristes américains ... Je rappelle que dans les pays anglo-saxons, il y a le recours collectif ou "class action" ... pas encore introduits en France ... Au Canada, récemment, une famille a porté plainte suite à un diagnostic de "mort encéphalique" s'étant avéré un peu prématuré (lire) ...

Dans le Post précédent, il a été dit que les critères de diagnostic de la mort encéphalique varient d'un pays à l'autre. Tandis que la France réaffirme la validité des critères de diagnostic de la "mort encéphalique", la Harvard Medical School, qui avait en 1968 validé la "mort encéphalique" comme la mort sur le plan scientifique, fait depuis août 2008 marche arrière et souhaite revenir sur cette affirmation ... Aujourd'hui on sait que la mort encéphalique équivaut à un coma dépassé ... donc pas tout à fait à la mort ... Le discours public affirme pourtant le contraire, afin de promouvoir le don d'organes : il est bien question de donner nos organes après notre trépas, et non pendant icelle, ou icelui - ce que les juristes américains reconnaissent comme une "fiction juridique". La "fiction juridique" de la mort encéphalique ... Dans ce contexte, lutter contre la pénurie d'organes à greffer engendre une information (discours public) sur le prélèvement d'organes vitaux dit "post-mortem" qui ne s'affranchit jamais totalement de la promotion du Don ... ce qui pose des problèmes de déontologie médicale et d'éthique. Selon ces juristes, il faudrait reconnaître cette fiction juridique afin de sortir d'une impasse éthique et déontologique ... et, plus concrètement, d'éviter toute une série de "class actions" qui se profilent à l'horizon ... et d'anticiper un cas qui ferait jurisprudence en la matière ...
Am J Law Med. 2010;36(4):540-85 : "Can we handle the truth? Legal fictions in the determination of death." Authors: Shah SK, Miller FG.

Abstract
"Advances in life-saving technologies in the past few decades have challenged our traditional understandings of death. People can be maintained on life-support even after permanently losing the ability to breathe spontaneously and remaining unconscious and unable to interact meaningfully with others. In part because this group of people could help fulfill the growing need for organ donation, there has been a great deal of pressure on the way we determine death. The determination of death has been modified from the old way of understanding death as occurring when a person stops breathing, her heart stops beating, and she is cold to the touch. Today, physicians determine death by relying on a diagnosis of total brain failure or by waiting a short while after circulation stops. Evidence has emerged that the conceptual bases for these approaches to determining death are fundamentally flawed and depart substantially from our biological and common-sense understandings of death. We argue that the current approach to determining death consists of two different types of unacknowledged legal fictions. These legal fictions were developed for practices that are largely ethically legitimate but need to be reconciled with the law. However, the considerable debate over the determination of death in the medical and scientific literature has not informed the public of the fact that our current determinations of death do not adequately establish that a person has died. It seems unlikely that this information can remain hidden for long. Given the instability of the status quo and the difficulty of making the substantial legal changes required by complete transparency, we argue for a second-best policy solution of acknowledging the legal fictions involved in determining death. This move in the direction of greater transparency may someday result in allowing us to face squarely these issues and effect the legal changes necessary to permit ethically appropriate vital organ transplantation. Finally, this paper also provides the beginnings of a taxonomy of legal fictions, concluding that a more systematic theoretical treatment of legal fictions is warranted to understand their advantages and disadvantages across a variety of legal domains."

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21302846

Image : Edward Asner dans The Practice (source).

"Brain Death", Oxford University Press, mai 2011

"Brain death" est un ouvrage paru en mai 2011 chez Oxford University Press. Mon commentaire : Indispensable pour les acteurs des transplantations, puisque les critères de diagnostic de la mort encéphalique varient d'un pays à l'autre. D'autre part, la mort encéphalique équivaut à un coma dépassé ... donc pas tout à fait à la mort ... Dans ce contexte, lutter contre la pénurie d'organes à greffer engendre une information (discours public) sur le prélèvement d'organes vitaux dit "post-mortem" qui ne s'affranchit jamais totalement de la promotion du Don ... ce qui pose des problèmes de déontologie médicale, abordés dans ce livre. 

"Brain Death is a new, ambitious, and thoroughly researched work that draws heavily upon original research data but also is interspersed throughout with practical information for the practicing neurologist, neurointensivist, neurosurgeon, anesthesiologist, trauma surgeon and organ procurement organizations. The core of the text combines the science and practice of brain death determination. The author describes in the first five chapters the complex neurological evaluation and all the pitfalls. The book also discusses cultural beliefs, religious views, bioethical problems and many of the issues associated with organ procurement. Brain Death also includes a separate chapter that comprises 25 of the most commonly encountered problems in evaluating the brain dead patient and their corresponding answers, as well as a pocket card to assist with the documentation of brain death at the bedside. Brain Death is a complete treatise on the subject." (Amazon)

Le 8 juillet 2011 sur vos écrans : la santé 2.0 entre rupture et continuité

Vendredi 8 juillet 2011 de 9h00 à 16h00, je vous donne rendez-vous sur MedicalPro TV, la web TV collaborative des acteurs de l'écosystème médical 2.0, pour toute une session de tournages de plateaux débats : Santé 2.0 entre rupture et continuité.

La France a fait le choix des grandes entreprises, et donc de la culture du secret, qui va avec, toujours et partout. Les grands "labos" pharmaceutiques sont intéressés par des "devices" e-santé, par ex. Sanofi-Aventis France qui va commercialiser dans l'AppStore une appli "diabète" ; Roche et son directeur France, Yannick Pletan, qui, dans un entretien qu'il m'a accordé vendredi 01/07/2011 lors du Forum e-santé organisé à Paris par Les Echos (Innov'Tech Santé), a dit que Roche allait s'intéresser à la e-santé et non plus à la seule molécule ... Ai profité de l'occasion pour demander à M. Pletan si Roche allait arrêter ses essais cliniques en Chine, en ce qui concerne leur médicament anti-rejet Cellcept pour les patients greffés : on sait qu'en Chine, 10.000 transplantations sont effectuées chaque année, dans un contexte où la plupart des organes prélevés proviennent de condamnés à mort et autres prisonniers "politiques" ... Roche avait ainsi obtenu le Public Eye Award en 2010 : un prix dont ce "labo" se serait bien passé, puisqu'il s'agit de voter pour l'entreprise la plus irresponsable de l'année (déclaration de Berne et Greenpeace) ... Le gouvernement chinois tenterait de mettre fin à ce trafic ... mais lorsque la demande est là et que tous les acteurs qui participent à ce trafic ont à y gagner ... M. Pletan m'a répondu ne pas être au courant des essais cliniques en Chine en ce qui concerne le Cellcept ... Novartis avait aussi procédé à des essais cliniques pour un médicament anti-rejet (immunosuppresseur) en Chine, mais avait interrompu ces essais ... pour des raisons d'éthique ... Or selon Roche, l'obligation d'anonymat du donneur fait qu'un labo qui procède à des essais cliniques dans un contexte douteux n'a pas à se pencher sur la question de la provenance des organes ... Mais revenons à notre sujet : la santé 2.0 entre rupture et continuité.

La Molécule, ce Saint-Graal que les "labos" ne trouvent pas toujours ... ni toujours à temps ... et qui ne les fait plus vivre une fois que ladite molécule "tombe" dans le domaine public. Mais voilà : les grandes structures peinent à innover, c'est-à-dire à changer de métier .... Or pour vendre des appareils e-santé, les laboratoires pharmaceutiques vont devoir innover ... Ce qu'ils ne savent pas faire ... peinent à faire en ce moment ... Luc de Brabandère, fondateur du Boston Consulting Group leader sur le marché du conseil en matière d'innovation et de créativité pour les grandes entreprises (groupes multinationaux), a souligné à plusieurs reprises le caractère exceptionnel d'IBM, grand groupe qui a pourtant su innover (être créatif) : alors qu'IBM allait rater le train de l'innovation pour ses ordinateurs, son PDG a pris à part une poignée d'ingénieurs, en leur disant : "Vous allez créer les ordinateurs de demain et pour cela, surtout, ne faites pas de l'IBM ! Vous avez carte blanche ..." La créativité (ce qu'on appelle couramment l'innovation), on le voit par l'exemple d'IBM (qui aujourd'hui fait des logiciels et non plus des ordinateurs) passe par une rupture ... Ce que les grands groupes ne savent pas gérer ... Ils gèrent la continuitié (un peu plus de la même chose, en mieux, en plus joli, en mieux marketé) - non la rupture ... Le PDG d'Apple France, il y a quelque temps, avait repris cette image de "l'Empereur et des barbares" : l'Empereur, c'est cette multinationale qui risque gros à être créative, donc à rompre avec les recettes qui ont fait son succès par le passé. L'Empereur a tout et ne se remet donc pas en question, il a trop à y perdre. Le barbare, quant à lui, à tout à gagner à innover. Il veut la place de l'Empereur et n'a rien à perdre. Il peut tout tenter, tout risquer. Beaucoup de barbares s'y cassent les dents, mais il y a toujours un barbare pour renverser l'Empereur, au bout du compte ... Apple devient certes Empereur ... Mais il y a une poignée d'ingénieurs à Cupertino (Californie, siège d'Apple Inc.) qui ont carte blanche pour créer les produits de demain ... J'ai posé la question au sujet de cette volonté de rupture des labos pharmaceutiques au Boston Consulting Group (BCG, mais rien à voir avec le vaccin du même nom), en leur disant : "Vous savez que les labos pharmaceutiques, ces géants de la Molécule (médicament) veulent se mettre aux devices e-santé ? Qu'en pensez-vous ? Vont-ils vraiment le faire ?" La réponse du BCG n'a pas tardé : "Une multinationale du médicament qui se met aux devices e-santé, cela me fait penser à Sony ou Nokia qui invente l'iPhone ... Sony et Nokia, techniquement, avaient tout pour inventer l'iPhone, le projet était même dans leurs tiroirs, mais voilà, ces grosses structures peu flexibles n'ont pas inventé l'iPhone ... Apple l'a fait ..."

Encore faut-il que les devices e-santé éventuellement commercialisés par les "labos" pharmaceutiques ne viennent pas marcher sur les plates-bandes de la Molécule (médicament) ...

Obstacles culturels, mentalité de corporatisme du corps médical français : il faut certes rompre avec certaines habitudes, certains "business modèles", mais qui dit e-santé dit industrialisation, laquelle suppose une continuité : reprendre l'innovation et la développer à large échelle ...
 
MédicalPro TV, késako ??
 
"Techtoc.tv en partenariat avec Basil Stratégies vous proposent un dispositif permettant de porter nos réflexions sur l’univers de la santé 2.0 vers une nouvelle logique collaborative : la co-création de plateaux TV pour évangéliser autour de vos initiatives et réflexions sur la santé 2.0.

Sur une première journée expérimentale (positionnée le vendredi 8 juillet prochain) chacun peut décider à partir d’une liste de sujets sur la santé 2.0 ceux qui l’intéressent pour :

Y participer lors de l’enregistrement des tables rondes
Les commenter et provoquer ainsi les réponses qui seront apportées par les participants
Les regarder, tout simplement (en live le jour J puis en Video On Demand)

La liste complète des sujets est en cliquant ici. Il y a actuellement une douzaine de sujets au choix.

Vous verrez qu’en ayant un profil sur techtoc.tv il vous suffit d’un clic en vis-à-vis du sujet qui vous intéresse pour choisir entre :

Postuler (pour faire partie des intervenants-plateau) - Voter - Sponsoriser - Assister - Être alerté (de la mise en ligne).

Sur cette page vous pouvez comprendre les détails et l’esprit de l’opération, sans engagement financier (même si le sponsoring est possible, aucun débours n’est obligatoire, et les partenaires de Basil y sont les bienvenus : http://techtoc.tv/event/1379/social-media--web-2.0/sante-2.0/sante-2.0--entre-rupture-et-continuite)

Il s’agit donc d’utiliser l’opportunité d’une journée d’enregistrements de plateaux TV dans un contexte professionnel, pour :

Présenter votre offre face caméra (un peu comme ceci dans l’idée),
Se faire une opinion de ce que proposent les autres,
Se rencontrer entre pairs et networker comme il se doit,
Echanger sur les usages en vigueur, et avec des prescripteurs influents,
Se préoccuper des grandes tendances et partager on ou off live ses réflexions,
Poursuivre le travail de création d’un pôle d'influence structurant pour l’écosystème,

Et bien sûr générer des heures de programme TV pour toucher un public élargi en ligne : échanges de bonnes pratiques et promotion utile garantie.

Techtoc.tv a déjà une communauté de membres actifs qui font référence dans l’écosystème, a ainsi déjà produit près de 500 talkshows et draine 250.000 VU par mois."

Merci à MedicalPro TV, à Techtoc.tv et à M. Jean-Michel Billaut pour ces informations ... Et merci à M. Julien Sénéchal, de Techtoc.TV, pour son invitation à rejoindre les plateaux TV de demain, au 47 rue des Entrepôts à Saint-Ouen ... La web TV collaborative n'a pas fini de faire parler d'elle ...

David Servan-Schreiber : notre système de santé gaulois marche sur la tête ! 2

Suite du Post : "Notre système de santé gaulois marche sur la tête" : Je suis arrivée au forum e-santé organisé par le journal Les Echos (Eurosites George V), qui se tenait jeudi 30 juin et vendredi 1er juillet 2011 à Paris, avec en tête quelques phrases tirées du livre de David Servan-Schreiber : "On peut se dire au revoir plusieurs fois" (Robert Laffont, juin 2011) : David Servan-Schreiber, alias The doctor, écrit qu'il a eu la "naïveté d'aller suggérer à des responsables de la Sécurité sociale de consacrer un petit pourcentage de leur budget à l'exploration de voies nouvelles pouvant entraîner des économies substantielles." Il dit "être tombé de haut" : "Les administrateurs que j'ai pu rencontrer - des hommes intelligents et dévoués par ailleurs - étaient tellement obnubilés par l'idée de limiter les dépenses qu'ils semblaient incapables de comprendre l'intérêt d'investir un minimum pour trouver des façons d'économiser ...
A travers la santé, on s'aperçoit qu'on touche de plus en plus à toute une série de questions brûlantes qui constituent le problème de fond de notre époque (...) : on ne peut pas vivre en bonne santé sur une planète malade". C'est là où la santé rejoint l'écologie globale." [Ouvrage cité, pages 155-146]. Pesticides, fertilisants, radiations, industrie agro-alimentaire ... Dans tous ces domaines, analyse The doctor, "l'intérêt des consommateurs a déclenché celui de la presse, qui a entraîné en retour une plus grande prise de conscience." La e-santé fait partie de cette écologie globale. On ne peut saucissonner le corps humain par hyperspécialité ...  Lisez donc le livre de Michèle Biétry qui vient de paraître chez Robert Laffont : "Guérir avant d'être malade : les promesses de la nanomédecine". Nanomédecine, nanotechnologies, génomique, cellules souches, réparation et reconstruction des organes et des tissus, cancer, micro-chirurgie et chirurgie mini-invasive, vaccins : ces domaines ont parfois déjà (en partie) et auront de plus en plus une destinée commune : des découvertes dans l'un de ces domaines ont pu (pourront) entraîner des changements majeurs dans la thérapie d'un autre domaine. Exemples : la thérapie ciblée qui permet de traiter des cancers du sein, du poumon, du colon ou du rectum, le vaccin pour traiter le cancer du cerveau ou de la peau (mélanome), les cellules souches de sang de cordon pour régénérer de la peau humaine, guérir certaines formes de leucémie (en lieu et place de la greffe de moelle osseuse, plus contraignante pour le donneur), et maintenant : peut-être la nanomédecine pour régénérer des organes ? Médecine, biologie et technologie convergent.

On assiste à une convergence des biotechs, nanotechs et medtechs.

The doctor décrit son traitement, en particulier un vaccin pour traiter son cancer du cerveau (glioblastome de stade IV) : cela s'est passé à l'Université de Louvain, en Belgique - la méthode est récente et ne se fait qu'aux USA et en Belgique - pas en France :

"La méthode pratiquée à Louvain consiste à prélever 20 pour cent des globules blancs du malade puis, au laboratoire, à les mettre en contact avec la tumeur obtenue par la chirurgie, ce qui a pour effet de les sensibiliser aux protéines présentes à la surface des cellules tumorales. Par la suite, les globules blancs ainsi 'conditionnés' sont réinjectés à leur 'propriétaire' et agissent dans son organisme exactement comme un vaccin : ils alertent le système immunitaire contre tout élément suspect présentant ces protéines particulières à sa surface. Les petits soldats du système immunitaire vont alors traquer les cellules cancéreuses dans tous les recoins de l'organisme où elles pourraient s'être cachées. Comparées à ces 'frappes hyperchirurgicales', la chimiothérapie fait figure d'attaque au napalm, voire de tapis de bombes. (...) Selon les statistiques actuelles, le vaccin permet de 'nettoyer totalement' 20% des tumeurs. Un cinquième des cancers totalement guéris, c'est un score considérable." [Ouvrage cité pages 38-39].

La segmentation par maladie, par organe, qui fait équivaloir un malade à la maladie de son organe - maladie que seuls le médecin et le laboratoire pharmaceutique ont le pouvoir de soigner (et non le patient lui-même, encore moins des devices ou appareils électroniques de e-santé, l'information santé étant détenue par les seuls acteurs de la santé et non par les usagers de la santé) - : tout cela ne correspond pas vraiment à "l'interaction vitale" que The doctor constate dans notre organisme et notre psychisme : tout est lié, d'où l'importance de la prévention et du suivi d'une maladie chronique ou du cancer - les laboratoires pharmaceutiques commencent reconnaître ce phénomène d'"interaction vitale" - parce qu'ils y trouveraient leur intérêt, disent-ils (cela reste à voir) : ils se mettraient aux devices e-santé car les molécules (la Molécule !) c'est certes le Saint Graal mais le Saint Graal n'est ce pas on ne le trouve pas toujours ... et pas toujours tout de suite ... et une fois que les brevets de ladite Molécule tombent dans le domaine public ... il n'y a plus d'argent pour les labos ... Alors, prévention et suivi des maladies chroniques par la e-santé, notamment le diabète - qui cause tout un tas de maladies telles que l'insuffisance rénale (causée aussi par l'hypertension), une maladie de la rétine, ou encore des artères et des veines des jambes, ce qui peut conduire à l'amputation - voilà qui intéresse diablement les labos, à l'heure où la population vieillit, des banlieues ("neuf trois" et similaires) et certaines régions de province connaissent des phénomène de "désert médical" ... le diabète est un marché juteux ... Ecoutons The doctor nous expliquer cet intéressant phénomène d'interaction vitale : [ouvrage cité pages 139 et suivantes] :

"Il y a une vingtaine d'années, à l'époque où j'étais chercheur en neurosciences, j'ai beaucoup étudié les structures neuronales. J'étais frappé par le fait que le fascinant et vaste réseau de connexions qu'on appelle le cerveau est composé de cellules qui, prises individuellement, ne sont ni très intelligentes ni très compétentes. Mais dès qu'elles interagissent entre elles, elles donnent naissance aux facultés mentales les plus brillantes, comme la perception, l'intelligence, la créativité, la mémoire, etc. Ces phénomènes, que nous qualifions d'émergents parce qu'ils dépassent infiniment les capacités des entités dont ils sont issus, sont en réalité le fruit des actions et rétroactions qui ont constamment cours entre tous les neurones.
J'ai compris plus tard que le corps tout entier fonctionne aussi sur ce modèle de réseau : le foie interagit à chaque instant avec les reins, qui interagissent avec la tension artérielle, avec la qualité du sang, la production d'urine, les cocktails d'hormones, etc. Tout comme les systèmes de neurones, l'organisme produit lui aussi des propriétés émergentes. Et comme pour le cerveau, ces propriétés constituent une sorte d'intelligence, cette intelligence du corps, que nous sommes plus habitués à désigner sous le nom de santé.
Qu'est d'autre la santé, en effet, que la résultante d'un fonctionnement harmonieux et équilibré de tous les systèmes qui constituent l'organisme ? Quand ce fonctionnement se détraque, il ne sert à rien de s'acharner sur l'organe qui a l'air de flancher, le foie, le sang, le coeur, etc. Il faut chercher à restaurer l'équilibre de l'ensemble."

Notre système de santé serait-il organisé à l'image de ce constat ? Des médecins incités financièrement par la Sécu à télétransmettre les feuilles de soin, alors qu'ils ne reçoivent aucune aide financière pour s'informatiser et se former aux logiciels santé ... Se serait-on focalisés sur les feuilles de soin à télétransmettre comme si c'était là le but suprême de la télémédecine ? Et le monitoring (via l'outil informatique) de l'insuffisance cardiaque et du diabète par des médecins ? A la trappe, tout cela ... Lors de ce très intéressant Forum de e-santé organisé par Les Echos, on a pu apprendre que 50 pour cent des médecins seulement seraient informatisés de manière opérationnelle, avec un logiciel métier opérationnel et qu'ils savent utiliser (chiffres exacts inconnus, il s'agit d'une estimation donnée par les vendeurs de logiciels, même l'Ordre des médecins ne connaît pas le chiffre exact). 10 pour cent seulement des centres de santé (établissements de soins) sont informatisés de manière opérationnelle ... Le budget pour ce faire est à la Sécu, il est intact (de l'argent qui dort ...) ... La seule chose qui a intéressé nos aimables fonctionnaires de la Sécu était la télétransmission des feuilles de soin. Ils ont donné aux médecins libéraux une incitation financière pour télétransmettre (7 cts d'Euro par feuille de soin), mais pas d'incitation financière à s'informatiser. IL Y A DU BOULOT ... Le Ministère de l'industrie a mis en place une instance pour coordonner toutes les initiatives e-santé institutionnelles et autres, et tenter d'optimiser les avancées dans ce domaine (que deux personnes isolées ne travaillent pas sur le même sujet sans être au courant des travaux de l'autre), mais c'est tout récent : il y a de cela un an, durée pendant laquelle ladite instance a un peu patiné et cherché ses repères. Il s'agit du CNR-SDA, à sa tête le Docteur Alain Franco, qui est gérontologue ... mais qui serait prêt à coordonner d'autres domaines de e-santé que celui de la gérontologie ... En France le gouvernement veut que la e-santé prenne en charge le domaine de la dépendance : maladies chroniques des personnes âgées ... Mais il y a tout le reste ... Un gérontologue pour coordonner tous les secteurs de la e-santé, qui explosent ? C'est là un programme ambitieux ... mais réaliste ? ...

M. Jean-Michel Billaut, économiste, fondateur de l'Atelier Numérique BNP Paribas, auteur du Billautshow, a perdu un bout de gambette il y a deux ans, à cause d'une mauvaise organisation de notre système de santé : le 15 n'a pas cru à une urgence (alors qu'il s'agissait d'un "anévrisme poplité", c'est à dire d'un AVC de l'artère poplitée, dans le creux du genoux), puis une fois que l'ambulance est enfin arrivée, il a fallu faire le tour de la contrée : un bloc opératoire ne pouvait pas recevoir le malade parce qu'il était déjà occupé, l'autre parce qu'il n'était pas équipé pour ce genre d'opération ... Résultat des courses : la jambe, opérée quatre heures plus tôt, aurait pu être épargnée ... Apparemment, dans l'économie du système de santé actuel, sauver la jambe d'un jeune papy (M. Billaut prenait sa retraite l'année de cet accident) n'est pas prioritaire ... Les institutionnels de la santé, pour peu qu'il veuille porter plainte, lui diront qu'il fallait faire plus attention, fumer moins, travailler moins, bouger plus ... Sans même connaître la personne à qui ils ont affaire ... Il y a certes un répertoire opérationnel des ressources pour l'Ile de France (ROR IF) : les médecins urgentistes s'informatisent pour améliorer la prise en charge des patients urgents ... Mais ce n'est pas encore tout à fait au point, et la chose ne concerne que l'Ile de France - et non les déserts médicaux dans les banlieues "craignos" ou des régions peu touristiques comme la Creuse ... J'étais à Cochin l'autre jour : déjà, pour gérer les box d'urgences sur place ... cela n'a pas l'air simple ... Que de stress (côté personnel de santé et patient) engendré par une organisation ... perfectible ? Y aurait-il perte de chance pour le patient, à cause de cette carence en organisation dans le processus de prise en charge et de soins du patient (l'outil informatique, les logiciels métiers jouant un rôle clé dans cette organisation, mais ils restent, trop souvent, absents du tableau) ? D'après l'Ordre des Médecins : pas encore, mais cela pourrait bien devenir le cas (à partir de quand, précisément ?) ; d'après certains patients et certains acteurs et observateurs du système de santé : oui, bien sûr, il y a perte de chance. Les outils informatique santé existent, la technique est là. Reste à accompagner le changement pour qu'il passe dans les moeurs ...
Voici le commentaire de M. Billaut : "Mon médecin de famille est 'informatisé' ... mais ce n'est pas triste ... Il y a informatisé et informatisé ... il utilise une application Windows fermée ... il se plaint que son Outlook est spammé ... je lui ai proposé d'utiliser un bon webmail avec un bon antispam ... etc. Le problème c'est que ces braves gens ne veulent pas modifier leurs habitudes, et surtout n'aiment pas trop s'informer ... et quand je lui parle de génomique etc. il me dit d'un air goguenard ... "mais pourquoi changer le monde ?" Pour que les gens ne perdent pas un bout de gambette à cause d'une mauvaise organisation de notre système de soins ? Pour que les David Servan Schreiber guérissent d'un cancer du cerveau ? Pour que les seniors (n'oublions pas les autres, merci pour eux) puissent gérer leur santé à domicile, le plus longtemps possible, y compris s'ils souffrent d'une maladie chronique ? Est-ce là ourdir le projet de transformer le monde en repère de pingouins transhumanistes, en quête d'immor(t)alité ? Pour ma part, je réponds : non. Arrêtez-moi si je fais erreur : j'ai comme l'impression que l'Ordre des médecins, pour sa part, répondrait : oui. Si au nom de la sacro-sainte confidentialité du colloque singulier patient-médecin il est normal de perdre un bout de gambette et de tourner le dos à l'avenir, alors ... nous pouvons et devons faire mieux pour organiser le système de santé en France.

"Nous sommes les rois du mille-feuille, en France !", disaient des médecins lors du Forum e-santé, parlant de l'organisation du système de santé gaulois. Je discutais avec le vice-président du Conseil de l'Ordre des Médecins lors de ce Forum. Il a salué le travail de Denise Silber, avec sa conférence Doctors 2.0 & You organisée en juin 2011 à la Cité Universitaire Internationale de Paris. Certes. Un travail indispensable, pour mettre en relation soignants et industriels, en ouvrant les frontières aux pays anglo-saxons ... On a l'impression que si elle n'était pas là pour faire ce travail, Denise, rien ou presque ne se ferait. Selon l'Ordre, il faudrait se méfier des suppôts de Satan : Google et Apple, en matière d'e-santé ... J'ai répondu un peu sèchement que face à l'inertie d'un système institutionnel qui peine à encourager l'essor de la télémédecine et de la télésanté en France (faute de moyens financiers), je préfère ceux qui font. L'hyper-organisation sans moyens (à force de payer ceux qui disent aux autres comment ramer sans ramer eux-mêmes on dépense des sous qu'on n'a pas ...) revient à la désorganisation. Conséquence : les projets sont freinés. Les dossiers sont enterrés (vivants). On paye un empilement de commissions pour qu'elles enterrent des projets de e-santé viables ?! ... Je suis sans voix ... Les Gaulois ont vraiment peur que le ciel leur tombe sur la tête ... Pas très pragmatiques, cette peur et cet empilement de commissions ... Un peu moins de personnes dans la barque qui disent aux autres comment ramer (en ayant bien soin de ne pas lever le petit doigt pour ramer eux-mêmes) ... Un peu plus de gens qui rament ... Mme Silber peut-elle porter à elle toute seule la e-santé en France ? Allons-nous avoir les miettes du marché asiatique et américain en matière d'appareils électroniques d'e-santé, de télémédecine ? Les laboratoires pharmaceutiques aimeraient sans doute en décider autrement. Mais vont-ils sauter le pas et vendre des appareils e-santé là où la molécule leur ferait gagner plus d'argent ? Les grosses structures peinent à changer de métier ... Seules les petites structures arrivent à innover ... Or pour vendre des appareils e-santé, les laboratoires pharmaceutiques vont devoir innover ... Ce qu'ils ne savent pas faire ... peinent à faire en ce moment ... Luc de Brabandère, fondateur du Boston Consulting Group leader sur le marché du conseil en matière d'innovation et de créativité pour les grandes entreprises (groupes multinationaux), a souligné à plusieurs reprises le caractère exceptionnel d'IBM, grand groupe qui a pourtant su innover (être créatif) : alors qu'IBM allait rater le train de l'innovation pour ses ordinateurs, son PDG a pris à part une poignée d'ingénieurs, en leur disant : "Vous allez créer les ordinateurs de demain et pour cela, surtout, ne faites pas de l'IBM ! Vous avez carte blanche ..." La créativité (ce qu'on appelle couramment l'innovation), on le voit par l'exemple d'IBM (qui aujourd'hui fait des logiciels et non plus des ordinateurs) passe par une rupture ... Ce que les grands groupes ne savent pas gérer ... Ils gèrent la continuitié (un peu plus de la même chose, en mieux, en plus joli, en mieux marketé) - non la rupture ... Le PDG d'Apple France, il y a quelque temps, avait repris cette image de "l'Empereur et des barbares" : l'Empereur, c'est cette multinationale qui risque gros à être créative, donc à rompre avec les recettes qui ont fait son succès par le passé. L'Empereur a tout et ne se remet donc pas en question, il a trop à y perdre. Le barbare, quant à lui, à tout à gagner à innover. Il veut la place de l'Empereur et n'a rien à perdre. Il peut tout tenter, tout risquer. Beaucoup de barbares s'y cassent les dents, mais il y a toujours un barbare pour renverser l'Empereur, au bout du compte ... Apple devient certes Empereur ... Mais il y a une poignée d'ingénieurs à Cupertino (Californie, siège d'Apple Inc.)  qui ont carte blanche pour créer les produits de demain ... J'ai posé la question au sujet de cette volonté de rupture des labos pharmaceutiques au Boston Consulting Group (BCG, mais rien à voir avec le vaccin du même nom), en leur disant : "Vous savez que les labos pharmaceutiques, ces géants de la Molécule (médicament) veulent se mettre aux devices e-santé ? Qu'en pensez-vous ? Vont-ils vraiment le faire ?" La réponse du BCG n'a pas tardé : "Une multinationale du médicament qui se met aux devices e-santé, cela me fait penser à Sony ou Nokia qui invente l'iPhone ... Sony et Nokia, techniquement, avaient tout pour inventer l'iPhone, le projet était même dans leurs tiroirs, mais voilà, ces grosses structures peu flexibles n'ont pas inventé l'iPhone ... Apple l'a fait ..."

Apple : "Think different" ... La question de savoir si l'on aurait raté une occasion de voir le monde autrement ? ... Un avis tout personnel : The doctor et Apple sont des challengeurs ... Quant à moi, je croquerais bien la pomme de l'innovation avec The doctor (même très malade) et Apple ... Steve Jobs est aussi très malade ... Les Google et autres Apple s'activent dans le domaine de la e-santé ... Il y a de la place pour toutes les initiatives de qualité ... Je crois que The doctor ne dirait pas autrement [ouvrage cité, page 141 et suivantes] :

"Si nous commencions à adopter un point de vue plus systémique au sein de notre propre médecine, ce serait déjà un pas en avant. Par exemple, devant une articulation douloureuse, si nous tentions de soigner non pas cette articulation-là, mais le problème plus global d'arthrite qui affecte l'organisme. Certes il est parfois utile d'intervenir sur un point particulier, comme l'appendice quand sa dysfonction met en péril tout l'organisme. C'est l'immense réussite de la médecine moderne, que je suis le premier à applaudir, d'avoir trouvé des méthodes efficaces dans les situations de crise comme un infarctus ou une pneumonie. Mais on ne peut ni comprendre ni préserver la santé si on se fonde sur le modèle étroit de telle ou telle intervention. La santé ne peut se concevoir qu'à l'échelle de l'organisme, voire à celle de la nature, tant il est vrai que tout est interconnecté. (...) Les cancérologues commencent à s'ouvrir à une vision plus systémique de leur métier. Ils ont cessé de se focaliser exclusivement sur 'la tumeur'. Ils intègrent progressivement la notion plus riche de 'terrain' et s'intéressent maintenant à la nutrition, à l'activité physique, à la dimension psychologique ..."

"Je suis persuadé que la médecine a atteint la limite d'un modèle fondé sur la recherche du 'médicament miracle'. Il existe quelques maladies que nous pouvons soigner très bien avec un seul médicament : l'insuline, par exemple, pour le diabète. (...) Mais on ne voit pas comment on pourra trouver 'le' médicament qui résoudra des problèmes de plus en plus systémiques, comme l'obésité, le cancer, ou l'hypertension artérielle. On peut espérer réduire la tension artérielle grâce au médicament, on ne soignera pas le problème de fond de cette façon. On ne pourra pas trouver 'la' molécule contre la maladie des artères coronaires, car cette affection touche l'ensemble des artères : aucun médicament ne peut les 'nettoyer' toutes. En revanche, la preuve a été apportée que trente minutes de vélo d'appartement, cinq fois par semaine, étaient plus efficaces à cet égard que la pose d'un stent !
En réalité les deux types d'approches sont utiles et -c'est là toute ma conviction- parfaitement complémentaires. (...) Le principal obstacle au développement de cette médecine intégrée, c'est qu'elle n'offre aucune occasion de gagner beaucoup d'argent. Quand un laboratoire pharmaceutique découvre un médicament ou met au point le stent, c'est le jackpot : le brevet va rapporter des sommes fabuleuses. Mais si on découvrait qu'en se massant un certain point d'acupuncture on pouvait réduire de 30% le besoin d'anti-inflammatoires, ce principe ne serait pas brevetable ni ne pourrait alimenter une industrie. Seule la Sécurité sociale pourrait y trouver son compte, mais pour des raisons difficiles à comprendre, ce n'est pas non plus le cas. (...) Il est (...) démontré que deux points d'acupuncture réduisent de 60% les besoins de morphine après une opération. Pour m'être souvent occupé de vieilles personnes après une chirurgie, je n'ai aucun doute sur l'intérêt de réduire les doses. Car les personnes âgées sous morphine deviennent confuses, font des cauchemars, ont des hallucinations. Elles tombent de leur lit la nuit et se cassent le col du fémur. Et elles finissent par mourir à l'hôpital. Quel que soit le plan sur lequel on se place, humain, médical ou économique, la seule chose rationnelle à faire c'est de leur prescrire cette acupuncture. Tragiquement, on ne le fait pas. Pourquoi ? La seule explication que j'ai pu trouver, c'est que ça ne fait gagner de l'argent à personne."

The doctor termine (ou presque) son livre par une profession de foi dont le pragmatisme n'a d'égal que l'embarras dans lequel elle nous plonge : [ouvrage cité pages 148-149] : "Une commission de l'INSERM l'a reconnu : la responsabilité de facteurs environnementaux est considérable dans l'épidémie de cancers actuelle. Ces facteurs vont de la pollution atmosphérique aux radiations, en passant par la gamme infinie des molécules chimiques présentes partout autour de nous. C'est à la racine du problème qu'il faudrait s'attaquer : mettre fin à l'empoisonnement de l'environnement et réformer l'industrie agroalimentaire. Au lieu de quoi 97% de notre effort de recherche est tourné vers les méthodes de soin et de détection ... Je suis de ceux qui pensent que notre santé est intrinsèquement liée à celle de notre environnement. Guérissons notre planète pour nous guérir."

Nul doute que la e-santé et la télémédecine ont un rôle à jouer dans le domaine de l'écologie globale - humaine et environnementale. "A travers la santé, on s'aperçoit qu'on touche de plus en plus à toute une série de questions brûlantes qui constituent le problème de fond de notre époque (...) : on ne peut pas vivre en bonne santé sur une planète malade. C'est là où la santé rejoint l'écologie globale." [Ouvrage cité, pages 155-146]. Pesticides, fertilisants, radiations, industrie agro-alimentaire ... Dans tous ces domaines, analyse The doctor, "l'intérêt des consommateurs a déclenché celui de la presse, qui a entraîné en retour une plus grande prise de conscience."

Si les institutionnels de la santé tels que l'ASIP Santé (Dossier Médical Personnel), la Haute Autorité de la Santé, les Conseils de l'Ordre des Médecins et Pharmaciens ne permettent pas aux initiatives indispensables en matière de e-santé et de télémédecine de prendre leur essor, nul doute que l'intérêt des consommateurs déclenchera celui de la presse, qui entraînera en retour une plus grande prise de conscience ... La chose aurait-elle déjà eu lieu ? Lors de ce Forum e-santé, j'ai cru voir plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques tendre l'oreille lorsqu'il était question de e-santé et de télémédecine ... A condition que le développement des appareils électroniques de e-santé ne vienne pas marcher sur les plates-bandes de la molécule (du médicament) ...

En e-santé, bien sûr, les Google et autres Apple, IBM, Dassault Systèmes Santé (oops j'oubliais Orange, mais bien sûr cette liste n'est pas exhaustive) n'ont pas dit leur dernier mot ... La fête ne fait que commencer ...

Extraits cités : David Servan-Schreiber : "On peut se dire au revoir plusieurs fois", Robert Laffont, Paris, juin 2011, copyright Editions Robert Laffont S.A., Paris, 2011.

David Servan-Schreiber : notre système de santé gaulois marche sur la tête !

En France, le lectorat féminin connaît bien le Docteur David Servan-Schreiber (alias DS : heureusement qu'il y a un DS pour nous faire oublier tous les DSK !) : le Rika Zaraï de la médecine et de l'alimentation naturelle anticancer, mais en plus scientifique, en plus sexy, en plus branchouille (geek), bref, The Doctor ... Je lis TRES attentivement son dernier livre qui vient de sortir : "On peut se dire au revoir plusieurs fois" - juin 2011, Robert Laffont, ledit livre caracole déjà en tête du palmarès des ventes (n°3 au classement Amazon) ... Les lecteurs et journalistes sont au rendez-vous (lire) ... Les femmes raffolent des geeks (mon mari en est un :-) : "Les recherches auxquelles David Servan-Schreiber contribue se concentrent sur des applications informatiques en médecine, ainsi que la simulation sur ordinateur des réseaux de neurones qui modulent les états émotionnels." (Wikipedia)

Ce grand monsieur de la médecine de prévention est très malade : son cancer est revenu au grand galop. Un glioblastome de stade IV (cancer du cerveau) ...

"Depuis la rechute de mon cancer en juin 2010, j'ai subi trois opérations, une radiothérapie, deux protocoles de vaccin et un traitement antiangiogénique. La forme sous laquelle est revenue cette tumeur est beaucoup plus agressive que celle avec laquelle j'ai vécu pendant dix-huit ans. Il s'agit d'un glioblastome de stade IV, dont les pronostics sont parmi les plus mauvais de tous les cancers, avec une médiane de survie de quinze mois. Cela signifie que la moitié des personnes atteintes de cette tumeur vivent moins de quinze mois après le diagnostic, et l'autre moitié plus de quinze mois." [Ouvrage cité, pages 48-49].

DS a-t-il écrit un livre pour faire pleurer dans les chaumières ? Non point : il nous livre un constat courageux. Et pour tout dire embarassant. Le mandarinat médical (et chirurgical) et les laboratoires pharmaceutiques font leur beurre non sur la prévention (d'où la haine envers la médecine chinoise en france, justement basée sur la prévention) mais sur le "soin" (traitements et médicaments aux très lourds effets secondaires, parfois le remède est aussi grave que le mal, voire pire) une fois la maladie déclarée, car le domaine de la prévention, véritable enjeu de santé publique pourtant, n'intéresse pas les pouvoirs publics - les Gaulois considèrent sans doute qu'il vaut mieux guérir (= prolonger la maladie dans bien des cas) que prévenir ... Vous saviez déjà que les Gaulois marchent sur la tête ... Ici M. Jean-Michel Billaut, fondateur de l'Atelier Numérique BNP Paribas et auteur du Billautshow glisse un petit commentaire : "Non seulement ils marchent sur la tête, mais de plus ils ont peur que le ciel ne leur tombe dessus ..." - commentaire plein de tendresse et d'ironie.

Comprenez-nous bien : il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain. J'ai suffisamment de contacts dans les grands laboratoires pharmaceutiques pour savoir (je ne vous apprends rien) :
1) que certains ont à leur tête des médecins nobélisables (brillantissimes)
2) que certains ont une éthique (déontologie) là où d'autres en ont moins, voire pas ou si peu ...

Le marché de la prévention serait "un problème de riche" (peigner la girafe, quand il n'y a rien de mieux à faire ... ce qui est loin d'être le cas en France ma brave dame) ... Là encore, nos Gaulois marchent sur la tête : quand on manque de médecins dans les campagnes et les banlieues dites "craignos", quand les traitements invasifs contre le cancer coûtent une fortune et permettent de gagner quelques mois mais que l'échéance est inévitable, quand les greffes réclament de (coûteuses) prouesses technologiques, logistiques, des sacrifices (accepter de donner les organes vitaux d'un proche alors qu'il n'est pas encore refroidi) ... alors c'est que notre système de santé n'est plus si performant ... qu'il donne beaucoup à certains et, pour ce faire, prive d'autres ... Solidarité et égalité des chances mon oeil ... Le marché de la prévention est un problème de pauvre : parce que les ressources ne sont pas infinies, il nous faut mettre le paquet sur la prévention ... Parce qu'on reconnaît les limites et les risques de dérive du système de santé actuel (cf. le travail sur la refonte du système du médicament) ... on agit ... en amont ... Les nouvelles technologies, tout le monde s'en sert dans la vie courante, privée et professionnelle. Pourquoi la médecine et les personnels de santé devraient-ils se priver de ce champ des possibles, certes à ne pas confondre avec le chant des sirènes, et rester à l'époque des Amish sous prétexte de colloque singulier médecin-patient ? Pas besoin d'avoir fait Centrale ou l'ENA pour en arriver à l'équation :

Atelier e-santé + combat anticancer de David Servan Schreiber = même combat : PREVENTION

Revenons à ces vérités peu confortables qui émergent du bouquin-testament de DS, selon la formule consacrée : DS a du se battre trop durement pour que certaines vérités commencent à émerger, ce qui aurait causé le retour de son cancer ... Pourtant, grâce à sa méthode anti-cancer, il aurait (très bien) vécu 19 ans avec une tumeur au cerveau qui ne permet pas, statistiquement, de vivre plus de 6 ou  7 ans ... Donc la méthode marche ... Mais jouer les Rika Zaraï et essuyer les moqueries du mandarinat médical gaulois, cela épuise l'organisme ... et cause le retour de le tumeur, selon le cercle vicieux : stress - infection - tumeur ... Les traversées du désert sont de piètres promenades de santé ... Même pour un toubib victime de son succès ... Mauvais pour la "cohérence cardiaque" (ici, iciici et ici) ... DS avoue qu'il n'a pas "su trouver son calme intérieur" ... et qu'aujourd'hui, "il le regrette" ... Nous aussi ... Ce que DS nous a appris - et voilà qui n'est pas près de sortir de nos petites têtes dures : voilà ce qu'il faut faire pour ne plus avoir peur que le ciel nous tombe sur la tête :
"Je réitère aujourd'hui cette affirmation : il faut nourrir sa santé, nourrir son équilibre psychique, nourrir ses relations aux autres, nourrir la planète autour de nous. C'est l'ensemble de ces efforts qui contribue à nous protéger, individuellement et collectivement, du cancer, même si nous n'obtiendrons jamais de garantie à 100%." [Livre cité, page 60]. Certes, dans la vie comme dans l'amour, il n'y a pas de garantie, ma brave dame ... "Ce que j'ai appris d'essentiel dans les vingt dernières années de ma carrière scientifique, c'est aussi la plus grande découverte de l'écologie moderne : il s'agit de l'idée simple et fondamentale que la vie est l'expression de relations au sein d'un réseau, et non pas une série d'objectifs ponctuels poursuivis par des individus distincts. C'est aussi vrai des fourmis, des girafes, des loups que des humains. Pour ma part, c'est à travers mes relations avec tous ceux qui se passionnent pour ces idées d'écologie humaine que j'ai eu la chance d'exprimer ma créativité et de contribuer à la communauté. Qu'ils en soient remerciés." [Ouvrage cité, page 50].
"J'ai souvent déclaré que je pratiquais tout ce que je recommande dans Anticancer. C'est vrai dans l'ensemble, sauf sur un point : en m'imposant un rythme de travail harassant et au total excessif, je n'ai pas assez pris soin de moi, et ce depuis bien des années. Ce surmenage remonte en fait à la publication de mon livre précédent, Guérir. Les témoignages d'intérêt et de reconnaissance que j'ai reçus m'ont rendu si heureux que je me suis donné à fond dans la défense de ces idées. J'ai pris l'habitude de voyager en France, en Europe, mais aussi en Asie, aux Etats-Unis et au Canada. Je me suis infligé d'innombrables décalages horaires, dont on connaît l'effet négatif sur le système immunitaire via la production d'hormones de stress comme le cortisol et le bouleversement des rythmes naturels de base.
Ce grand dérèglement de mes rythmes biologiques a culminé l'année précédant ma rechute. Anticancer avait été très bien reçu aux Etats-Unis et j'étais constamment sollicité par les médias. La défense de ces conceptions me tenait tellement à coeur que j'en ai purement et simplement oublié de me ménager. (...) [J]'étais littéralement épuisé. C'est à la suite de cela que la tumeur a réapparu.
Avec le recul, je pense que j'étais animé par une envie très humaine d'oublier ma condition [terme anglo-saxon pour désigner la maladie, Ndlr.], de me sentir 'normal', de mener ma vie 'comme tout le monde'. Je crois surtout que je me suis laissé aller à une sorte de péché d'orgueil, car j'en étais venu à me sentir quasi invulnérable. Or il ne faut jamais perdre son humilité face à la maladie. Personne ne possède d'arme invincible contre elle, les meilleures techniques de la médecine moderne peuvent être mises en déroute. C'est une grave erreur d'oublier à quel point la biologie est déterminante. (...) Il ne faut pas s'épuiser, il ne faut pas se surmener. Une des protections les plus importantes contre le cancer consiste à trouver un certain calme intérieur. Je n'ignore pas que pour tous ceux qui font des métiers pénibles, du travail de nuit, les trois-huit, ce conseil n'est pas facilement applicable. Pas plus que pour ceux qui ont des enfants en bas âge, ou des adolescents, ou qui doivent voyager beaucoup.
Pour ma part je n'ai pas réussi à trouver ce calme, et aujourd'hui, je le regrette. Je n'ai pas su rester proche de la nature et des rythmes naturels. Je suis intimement persuadé que la fréquentation d'un bois, d'une montagne, d'un rivage apporte quelque chose de formidablement ressourçant, peut-être parce qu'elle nous permet de nous caler sur le rythme des saisons, ce qui doit contribuer à l'équilibre et à la guérison de l'organisme. Je ne connais pas d'études scientifiques qui étayent cette intuition. Mais l'idée que l'harmonie avec la nature soit un des moyens de nourrir la santé du corps est cohérente avec toute une série de vérités établies. (...)
La notion de 'stress positif' a joué un rôle ans le peu d'importance que j'accordais à la réduction des sources de tension. J'avais découvert, en écrivant mes livres, qu'il existait une variété fascinante de stress, bénéfique tant pour l'esprit que pour le corps, et qui nous pousse à nous dépasser. Grâce à elle, nous découvrons des ressources insoupçonnées au fond de nous-mêmes et réussissons à repousser nos limites. Des études ont montré que des périodes brèves de stress positif pouvaient renforcer le système immunitaire.
Ce stress 'bénéfique' est à l'opposé du stress 'négatif', mieux connu, qui génère un sentiment d'impuissance et de blocage, ce qui a pour effet de créer de la tension dans l'organisme. (...) On sait que le sentiment d'impuissance affaiblit le système immunitaire et provoque l'inflammation. Ce qui favorise les processus tumoraux, mais aussi toute une série d'autres problèmes, comme les affections cardiaques, l'hypertension, le diabète, l'arthrite ...
Si le stress 'positif' est sans conteste un des grands moteurs de la puissance vitale, je pense aujourd'hui qu'il agit parfois comme une drogue sur le psychisme. On peut devenir 'accro' au stress positif (...). C'est peut-être ce qui m'est arrivé quand, comblé par mon travail, j'en ai oublié les exigences de mon organisme ...
D'où la queston de l'importance relative des actions anticancer. Y en a-t-il de plus importantes que d'autres ? Y en a-t-il d'indispensables ? Dans Anticancer, j'ai listé un grand nombre de facteurs en me fondant sur des études scientifiques, mais je n'ai suggéré aucun classement par ordre d'importance. (...)
A la lueur de ma dure expérience, je suis tenté de mettre quant à moi l'accent en premier sur l'absolue nécessité de trouver la sérénité intérieure, et de la préserver, notamment à l'aide de la méditation, des exercices de cohérence cardiaque et surtout d'un équilibre de vie qui réduise au maximum les sources de stress. En second, je place l'activité physique, dont on ne dira jamais assez l'importance. Et en ex aequo, la nutrition, dont je suis heureux de voir que le rôle est désormais reconnu, y compris par certains cancérologues qui ont d'abord contesté mon message au moment de la parution d'Anticancer." [Ouvrage cité pages 61 - 69].

© Editions Robert Laffont, S.A., Paris, 2011

Combien coûte une greffe à la sécurité sociale en moyenne ?

Ce matin je vous parlais de l'intelligence économique des transplantations d'organes : question posée au Docteur Alain Atinault, Agence de la biomédecine : combien coûte une greffe à la sécurité sociale en moyenne ? Quelles sont les différences de coût selon l'organe greffé, autrement dit, quel est l'organe qui coûte le plus cher à greffer ?

"Chaque année, près de 15 000 patients ont besoin d'une greffe. 4 708 transplantations ont été réalisées en 2010, couvrant moins du tiers des besoins. L'an passé, 304 personnes étaient en attente d'une greffe du cœur. Sur 3 049 sujets recensés en mort encéphalique - dont une grande majorité après un accident vasculaire cérébral -, 1 476 seulement ont pu faire l'objet d'un prélèvement d‘organes." (France ADOT). L'organe le plus demandé est le rein (concerne les deux tiers des 15.000 patients en attente de greffe), puis vient le foie, ensuite le coeur ... et les poumons ...

Le don d'organes post-mortem est entièrement gratuit et ne coûte rien à la famille du "donneur". Cette famille généreuse n'est pas récompensée financièrement pour le don, puisque, quel que soit le nombre d'organes vitaux et de tissus donnés (peau, cornées, tissus composites de la face, tendons, valves, artères), la somme touchée par les généreux donateurs sera invariablement ... ZERO EUROS. Pour autant, ces organes "donnés" sont au centre d'enjeux financiers considérables. La greffe, combien ça coûte ? Voici la réponse du Dr. Atinault :

"Les tarifs des greffes pour ce qui est appelé les GHS (groupe homogène de séjour) varient en fonction de l’organe greffé et de la 'gravité' de la greffe au niveau du receveur :

Pour la transplantation rénale les tarifs vont de 11.632 EUR à 32.000 EUR
Pour la transplantation hépatique de 21.900 EUR à 47.600 EUR
Pour la transplantation cardiaque de 19.700 EUR à 58.500 EUR
Pour la transplantation pulmonaire de 18.000 EUR à 62.000 EUR

Il s’agit là des tarifs concernant l’acte de greffe et l’hospitalisation qui suit mais pas du suivi à long terme des greffés."

Rappelons que chaque patient greffé doit prendre à vie des médicaments, entre une vingtaine et une trentaine de pilules par jour en moyenne : les anti-rejet ou médicaments immunosuppresseurs ... Reste à quantifier le coût de cette prise en charge du traitement immunosuppresseur par la Sécu ... Plus le suivi médical : une biopsie très fréquente dans les premiers mois qui suivent la greffe (cardiaque par ex.), pour vérifier qu'il n'y ait pas rejet de l'organe greffé, puis de moins en moins fréquente, au fur et à mesure que passent les années (suivi bi-annuel au bout de quelques années) ... plus les autres actes médicaux pour le suivi post-greffe, à court et à long terme ...